Locataire et victime de squat

William Molinié

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Naziha, dimanche, devant son appartement occupé (2e étage) depuis 5 mois.
Naziha, dimanche, devant son appartement occupé (2e étage) depuis 5 mois. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Comment se faire squatter son appartement et se retrouver hors de chez soi en moins de quarante-huit heures… En novembre dernier, Naziha, 50 ans, décide de quitter Champigny (Val-de-Marne) pour Pontault-Combault (Seine-et-Marne) où elle a trouvé un logement social à côté du RER. Elle y réalise quelques travaux, le remet à neuf la journée et rentre dans son ancien appartement le soir. Le 13 novembre 2010, alors qu'elle n'y est pas retournée depuis deux jours, elle trouve porte close. La serrure a été changée. A travers la fenêtre de la cuisine, elle aperçoit un micro-ondes, un frigo, une table. A l'évidence, son appartement est squatté. Elle porte plainte. Les policiers constatent que son logement est habité mais ne délogent pas les occupants. Pendant leur enquête, ils parviennent toutefois à recouper quelques informations. « Il s'agit d'un individu que nous n'avons pas encore identifié mais dont nous savons qu'il repère des familles dans le besoin d'un logement. Il leur fait alors signer de faux contrats de location. Et demande trois à quatre fois le montant du loyer en cash », raconte le commissaire de Pontault-Combault. Selon lui, trois faits similaires ont été recensés dans la ville. Les squats dans les HLM ne datent pas d'hier (lire ci-dessous). Mais les occupants visent la plupart du temps des logements vacants. « Vous allez sur internet, vous trouvez des modes d'emploi pour squatter. Mais rien pour les victimes. Pas même une association », déplore Naziha.
Cette dernière, qui a pu conserver son ancien logement, n'est pas au bout de ses peines. Le bailleur social s'est retourné contre elle et lui réclame le règlement des loyers et des charges. La dernière facture, qui date du 5 mars, s'élève à 2 357,85 €. « Elle doit s'assurer de la bonne tenue de son bien. Nous ne sommes pas responsables de l'intrusion de tiers. C'est à elle de demander leur expulsion », assure Philippe Poignant, directeur gérance d'Espace habitat construction, le bailleur. « Je n'y ai jamais mis les pieds à part pour faire des travaux. Et en plus, je dois payer les loyers ainsi que leurs charges ? Mais c'est le monde qui tourne à l'envers », s'énerve Naziha. Elle, refusant de payer, et le bailleur n'acceptant pas de « supporter seul » le coût de l'escroquerie, l'affaire pourrait bien aller jusqu'au tribunal. En attendant, la maire PS de Pontault-Combault, Monique Delessard, enverra « aujourd'hui ou demain » une lettre au bailleur pour exiger « plus de solidarité » envers Naziha, jugeant « inadmissible qu'on lui demande de payer les loyers ».