Eric Mouzin, un père combatif comme au premier jour

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Eric Mouzin ne veut pas s’appesantir sur ses états d’âme. Il n’aime pas parler de ses espoirs ; il tait son désarroi. Depuis trois ans et la disparition de sa fille Estelle, seule l’avancée de l’enquête l’intéresse. « Il faut réussir : point. » Bien sûr, chaque année, en décembre, « avec Noël, le réveillon, ça va mal ». Mais pour lui, « c’est toute l’année que c’est difficile ». La journée, il travaille. En tant qu’expert dans une compagnie d’assurances en risque industriel. La nuit, il cogite. Apprenti enquêteur, il fait tout pour retrouver sa fille. « Mon but n’est pas de mener une enquête parallèle. Je n’en ai pas les moyens et je n’ai rien à reprocher aux policiers. » Il se « contente » donc de faire remonter les informations qui lui paraissent significatives. Et tente de sensibiliser, sans relâche. « Au bout de trois ans, il y a un effritement compréhensible de la mobilisation. C’est un sujet noir. On finit par lasser. » Récemment, il a envoyé la photo d’Estelle à des entreprises, dans toute la France, car « pour Aurélia [une enfant de 6 ans enlevée en novembre et retrouvée après 36 heures, ndlr], ce sont les avis de recherche à grande échelle qui ont fait craquer les ravisseurs ». Eric Mouzin ne se décourage jamais. Il a pourtant dû renoncer au numéro d’appel destiné aux compagnes et aux proches de pédophiles : « Au bout de deux mois, je ne supportai plus de rentrer chez moi le soir pour parler pendant deux heures de viols ou de tortures. » De même, il a abandonné l’idée de fédérer des parents de disparus : « Il aurait fallu rémunérer quelqu’un. On n’en avait pas les moyens. » En revanche, il espère toujours créer une structure comme Child Focus, en Grande-Bretagne, pour compiler les données sur les enfants disparus. Et pour continuer à y croire. M. Ha.

mobilisation L’association Estelle organise un rassemblement à Guermantes, avenue des Deux-Châteaux, demain à 11 h 30. Et appelle les pouvoirs publics à redoubler d’efforts pour « lutter contre ces actes inqualifiables ».