Les grands musées veulent collectionner les mécènes

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Avoir les moyens de ses ambitions. C’est pour rester l’un des plus grands musées au monde que le Louvre a été le premier musée français à parier pleinement sur le mécénat, ces dons de particuliers fortunés ou d’entreprises. Aujourd’hui, ils représentent près de 14 % de son budget (23 millions sur 165 millions d’euros). Parmi les dons de marque, celui du prince saoudien Al-Waleed, qui va offrir 17 millions d’euros pour le financement du futur département des arts islamiques. Ou encore les 7 millions d’euros apportés conjointement par le Crédit Lyonnais, Accenture et Blue Martini pour réaliser le site Internet. Deux exemples parmi d’autres, de plus en plus nombreux. Au total, 57 millions d’euros ont été récoltés au cours des trois dernières années. Ce qui donne forcément des idées aux autres musées parisiens, qui adoptent la même démarche. Le tournant a eu lieu au début de l’année 2003. Coup sur coup, deux lois sont votées qui permettent aux entreprises de déduire de leurs impôts 90 % de la somme pour l’acquisition d’une oeuvre d’art exceptionnelle et 60 % pour les autres formes de mécénat (restauration des salles, des oeuvres...) C’est le ministre de la Culture de l’époque, Jean-Jacques Aillagon, sensibilisé par son ancien poste de patron du Centre Pompidou, qui a ouvert la brèche : le Louvre s’y engouffre. La direction du musée crée une cellule spéciale chargée de trouver des fonds. Elle réunit aujourd’hui une douzaine de personnes. « On ne pouvait pas continuer de tout faire reposer sur l’Etat, comme cela avait été le cas pour le grand Louvre », explique-t-on au musée. Le raisonnement est le même à Versailles, puis dans plusieurs musées municipaux. Et pour cause : « Tous les types d’entreprises s’y mettent, explique le Louvre. Des multinationales comme des PME. C’est bon pour leur image. Les salariés, ceux de Total par exemple, peuvent entrer gratuitement. Et les entreprises peuvent organiser des soirées privées ou disposer d’espaces commerciaux. » Ce qui ne manque pas d’en faire rager certains. « Il faut faire attention à trouver un juste équilibre et à ne pas tout mélanger. Les couches Pampers ont-elles vraiment leur place au musée de sculpture Emile-Antoine Bourdelle, comme ce fut le cas au mois de juin ? », s’interroge le groupe des Verts à Paris. Selon la Mairie, « tous les musées du monde font ça. Un musée, c’est une entreprise. » La Ville confie toutefois réfléchir à l’élaboration d’une charte éthique en 2006, qui servira à clarifier les partenariats signés lors de Paris-plage ou de Nuit blanche. Le Louvre, lui, s’est déjà doté d’une charte de ce type, « gage de transparence ». La pratique est de plus en plus acceptée et même la Réunion des musées nationaux, qui disait jusqu’à présent craindre pour l’indépendance de sa politique culturelle, a décidé de s’adapter à cette nouvelle donne en 2006, notamment pour faciliter la réouverture de l’Orangerie. Sans qu’elle ait à en rougir. Michaël Hajdenberg