La bataille de Stalingrad

DROGUE Arrivé au terme de sa rénovation, le quartier doit encore régler ses problèmes de crack...

William Molinié

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Les toxicomanes de la place de la Bataille-de-Stalingrad (19e) consomment discrètement derrière les barrières de chantier (en h.). Lundi soir, les policiers ont saisi 12 galettes de crack sur un dealer à proximité de la place.
Les toxicomanes de la place de la Bataille-de-Stalingrad (19e) consomment discrètement derrière les barrières de chantier (en h.). Lundi soir, les policiers ont saisi 12 galettes de crack sur un dealer à proximité de la place. — A. GELEBART / 20 MINUTESA. GELEBART / 20 MINUTESA. GELEBART / 20 MINUTES

De mémoire de riverain, il y a toujours eu du crack autour du bassin de La Villette (19e). Au plus fort, fin 1990, des centaines de toxicomanes squattaient la place de la Bataille-de-Stalingrad, minée par l'insécurité. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une quarantaine à y consommer de façon régulière «la drogue du pauvre» (lire encadré), assez discrètement au bord de l'eau, sous les colonnes en face du café-restaurant tendance, le 25° Est. Ils dorment ici, derrière des barrières récupérées sur les chantiers du quartier.

«Une population qui dérange»

Les toxicomanes, la plupart SDF, reviennent s'approvisionner dans le secteur depuis le démantèlement en 2009 de l'énorme trafic de crack à la gare de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). «Le problème pour les riverains, c'est qu'ils engendrent des délits connexes: vols à la tire pour se procurer de l'argent, vols à l'étalage pour manger, alcoolisation sur la voix publique», énumère Stéphane, capitaine de police au commissariat du 19e. Un commerçant du bassin nous confie qu'il emploie depuis un mois un vigile de 15h à 22h30, pour sécuriser sa terrasse. «Des femmes viennent faire des passes pour quelques euros dans nos toilettes pour se payer leurs “cailloux”», poursuit une serveuse.

Depuis quelques semaines, les opérations de police s'intensifient pour empêcher le retour des crackeurs. Celle de lundi soir a été impressionnante. Une quarantaine de fonctionnaires étaient mobilisés, dont des effectifs venus d'arrondissements voisins ainsi que des compagnies de sécurisation. Bilan de l'intervention : trois toxicomanes et un dealer interpellés, un couteau, des pipes et douze galettes de crack saisis.

«La répression ne fait que les déplacer. La preuve, vingt ans après, ils sont toujours là», explique Pierre Chapard, coordinateur du Réseau français de réduction des risques. «La physionomie du quartier a changé. Même si tous ne sont pas méchants, ça amène une population qui dérange», lâche-t-on au 25° Est. Les riverains pensent que l'ouverture en juin prochain de la Rotonde, transformée en restaurant haut de gamme, va contribuer à faire partir les crackeurs. Sans doute. Mais ils trouveront un autre endroit, plus loin. Peut-être seulement à une centaine de mètres.

«La drogue du pauvre»

Le crack, dérivé de la cocaïne, est facile à fabriquer et donc bon marché, moins de 10 euros le «kif». Il est vendu dans les cités autour de Stalingrad. Parfois, les dealers ravitaillent les drogués directement sur place.