Le Marais tente de rester gay

Tiphaine Réto

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Le Central a fermé en octobre. Sa transformation en bijouterie a provoqué une onde de choc. La librairie, installée depuis 1983, attire les familles le week-end. Le Spyce a ouvert il y a un mois à la place d'un club emblématique.
Le Central a fermé en octobre. Sa transformation en bijouterie a provoqué une onde de choc. La librairie, installée depuis 1983, attire les familles le week-end. Le Spyce a ouvert il y a un mois à la place d'un club emblématique. — S. ORTOLA / 20 MINUTESS. ORTOLA / 20 MINUTESS. ORTOLA / 20 MINUTES

«Là, c'était le premier bistrot gay du Marais. Un petit troquet où se croisaient folles, cuirs et PD à moustaches. Je ne sais pas si c'est encore homo… » Hervé Latapie encadre des promenades dans le « triangle d'or » du quartier gay. Ce jour-là, en contant les grandes et petites histoires de la communauté, il égrène aux coins des rues la liste des bars disparus.

« Plus que des fringues

ou des opticiens ! »
Parmi les plus emblématiques, Le Central, remplacé depuis peu par un bijoutier. « Ca a fait un choc parce que c'était l'un des plus anciens et qu'une autre activité a pris la place, explique Rémi Calmon, du Syndicat National des Entreprises Gaies. Mais c'est le principe de la libre entreprise. » Un principe qui ne plaît pas à tous. « Regardez autour de vous, avance Walter Paluch. Ce ne sont plus que des fringues ou des opticiens ! » Lui tient la librairie homosexuelle Les Mots à la bouche, installée rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie depuis 1983. Et observe, chagrin, la mutation du quartier : « Les lieux de convivialité, c'était ça l'âme du Marais. On va finir comme Saint-Germain : un quartier embourgeoisé. » Même avis pour Hervé Latapie : « Mais que faire ? Dans les années 1980, on lançait un bar avec rien. Aujourd'hui, c'est dur de racheter une affaire ici. » Selon la Chambre des Notaires de Paris, le 4e arrondissement est passé de 3 800 € le m² en 1990 à 9 300 € en 2010. Et les établissements qui ouvrent font face à d'autres enjeux. « Autrefois, le bar était le lieu de drague des gays, explique Rémi Calmon. On y passait forcément pour rencontrer du monde. Aujourd'hui, il y a Internet ! »
Autre temps, autres mœurs. Les habitués du quartier le savent. « L'identité du Marais, c'était aussi le militantisme, observe Walter Paluch. S'afficher dans les bars n'était pas anodin. » Des combats devenus des acquis pour une nouvelle génération moins revendicatrice. « Les jeunes ne fréquentent pas que des lieux communautaires parce qu'ils ne veulent pas être réduits à leur sexualité », remarque Rémi Calmon. De quoi s'interroger sur la survie d'un quartier gay ? La question n'effleure pas ce couple transi qui s'embrasse parmi les promeneurs de la rue des Archives. « Il y aura toujours besoin d'un territoire, même symbolique. Est-ce que ce sera ici ou ailleurs, ça, c'est difficile à prévoir. »