Les détenus de Fleury s'évadent en contant

William Molinié

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Hamed Bouzzine, conteur depuis 33 ans.
Hamed Bouzzine, conteur depuis 33 ans. — A. GELEBART / 20 MINUTES

« Noël, c'est vraiment une période difficile à vivre en prison. On est loin de la famille. Alors ça permet d'atténuer les mauvaises envies pour ceux qui voudraient se suicider », lâche froidement Marc*, trente-quatre ans, qui s'apprête à passer son troisième Nouvel an à Fleury-Mérogis (Essonne). Pour la première fois, il assiste à une des animations que le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) propose au sein de la maison d'arrêt. Depuis une semaine et jusqu'à demain, le festival « Fleury fait ses contes » permet à près de 150 détenus d'oublier durant deux heures l'environnement carcéral.

« Pas de tabou » dans les contes
Devant eux, Hamed Bouzzine, conteur depuis trente-trois ans, raconte ses histoires. Des légendes de génies aux contes de Touaregs en passant par l'épopée de Gilgamesh, l'artiste marocain offre images et odeurs aux sens des détenus. « J'essaie aussi d'y mettre du fond. De parler de prison et de vols. Il n'y a pas de tabou », explique le conteur. « ça nous change de la promenade et de la bibliothèque », lance un prisonnier de 29 ans.

Vitres cassées, froid et punaises
Régulièrement, l'observatoire international des prisons (OIP) pointe du doigt les conditions de détention à l'intérieur de ce centre pénitentiaire, le plus grand d'Europe. Vitres cassées, froid en hiver, cellules infestées de punaises… Début décembre, encore, l'OIP a demandé dans un courrier à l'administration pénitentiaire d'y remédier. « C'est vrai qu'il fait froid partout ici », poursuit un détenu. Il ajoute : « Hamed nous a apporté un peu de chaleur. » En tout, sept conteurs se seront succédé durant le festival à Fleury-Mérogis. L'administration pénitentiaire ne sait pas encore si l'expérience sera reconduite l'année prochaine.