Quand l'hôpital se déplace dans la rue

REPORTAGE Les maraudes médicalisées apportent un peu de chaleur aux SDF les nuits de grand froid...

William Molinié

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Les bénévoles de l'Ordre de Malte vont à la rencontre des SDF pour apporter des soins médicaux et du réconfort à ceux qui dorment dans la rue les soirs de grand froid.
Les bénévoles de l'Ordre de Malte vont à la rencontre des SDF pour apporter des soins médicaux et du réconfort à ceux qui dorment dans la rue les soirs de grand froid. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

«La rue fait une sélection. Les SDF résistent bien mieux que nous au froid.» Torse nu et l'haleine alcoolisée, Christian se laisse ausculter dans l'ambulance de l'Ordre de Malte. Le médecin bénévole écarte les vêtements infestés de poux à l'extérieur du véhicule, stationné à l'entrée du métro Billancourt à Boulogne (Hauts-de-Seine).

«C'est surtout dans la tête que ça gratte»

En à peine deux semaines, la vermine, visible à l'œil nu, est devenue un vrai cauchemar pour ce SDF de 49 ans. Son dos est parsemé de lésions, creusées par les démangeaisons. «C'est surtout dans la tête que ça gratte. ça rend fou», soupire-t-il, mal à l'aise dans ses nouveaux habits. Mardi encore, les bénévoles de l'Ordre de Malte ont sillonné le 92 pour apporter des soins médicaux aux sans-logis.

Un cabinet médical ambulant qui déplace «l'hôpital au chevet des démunis», précise le docteur Guy Lessieux, un responsable de l'ordre hospitalier. Cette assistance médicale est vitale pour ceux qui refusent d'aller dans un centre d'hébergement d'urgence durant les nuits de grand froid.

On lui a enlevé toutes ses dents

Danielle, ancienne médecin-colonel dans l'armée, s'approche de l'église de Colombes. «Il y a quelqu'un?» Pas de réponse. L'homme qu'elle recherche n'est pas sous l'arbuste qui lui tient de refuge habituellement. «Avec la neige, il a dû aller dans un centre. Le mois dernier, son pied n'allait pas bien. Il faut le surveiller», explique la bénévole.

«J'ai vu sur des SDF des chaussettes incrustées dans la peau. Chez l'un d'entre eux, on y a même trouvé des vers », poursuit-elle. Un peu plus loin, Corinne et Bernard sont sur le point de se coucher. La jeune femme rentre de l'hôpital. On lui a enlevé toutes ses dents. Ses gencives sont à vif. Les fils chirurgicaux l'irritent, mais elle ne veut pas de médicaments. «Leur échelle de douleur est différente», analyse Philippe-Amaury, 23 ans, étudiant à la Sorbonne, qui vient une fois par mois donner un coup de main à la maraude médicalisée.

«On remarque qu'il y a davantage de femmes et de jeunes qu'il y a une dizaine d'années », constate sœur Monique, l'infirmière. Ce qui nécessite un « suivi médical rigoureux des grossesses». Un appel oriente l'ambulance vers la Celle Saint-Cloud (Yvelines) où une SDF dit avoir vomi.

Sur place, la vieille dame, allongée dans la gare SNCF, réclame simplement une soupe. «Je ne vous donne pas mon nom, parce que je ne me connais plus», murmure-t-elle, emmitouflée dans une couverture. «Il y a un nombre important de fous dans la rue», conclut la médecin.

Associations

Pendant la période hivernale, d'autres associations viennent renforcer le dispositif du Samu social dans la région: la Croix rouge française, la Protection civile, les Transports automobiles municipaux et les Restos du cœur.