Christophe Girard, à double emploi

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Lever, chaque matin à 5 h 30. Chez LVMH jusqu’en milieu de matinée. Puis à la mairie. Déjeuner rapide. Retour à la mairie, puis chez LVMH, avant un théâtre ou un concert, chaque soir. Pas de dîner mais, au milieu de tout ça, « piscine ou kiné une à deux fois par semaine ». Christophe Girard, âgé de 49 ans, assure pouvoir faire entrer deux journées en une seule, quasiment deux vies dans une vie. Le tout, en parfait contorsionniste, sans jamais souffrir de la moindre courbature. Popularisé par Nuit blanche, mis en lumière par sa récente démission des Verts, l’adjoint à la Culture de Bertrand Delanoë entoure de beaucoup plus de discrétion sa carrière de directeur de la mode au sein du groupe LVMH. « Pas un emploi fictif », prévient-il d’emblée. Et alors que les commentateurs s’alarment de voir Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, inaugurer, aux côtés de Bernard Arnault, le nouveau magasin Vuitton, aucun ne s’étonne que l’élu parisien demeure l’un de ses plus proches collaborateurs. Christophe Girard n’a pour l’heure jamais été attaqué sur ce point. A l’annonce de la fermeture de la Samaritaine, rachetée par LVMH en 2001, Jean-François Legaret, maire UMP du 1er, s’était bien étonné qu’il soit le premier des adjoints à réagir, mais sans virulence extrême. Girard avait estimé « rassurant » que LVMH « ne tergiverse pas avec la sécurité ». C’est peut-être au sein des Verts que la situation dérangeait le plus. « Beaucoup de militants me reprochent d’avoir gardé mon emploi dans un groupe qui, crime absolu, fait des bénéfices », confiait-il ainsi hier au Journal du Dimanche. Recruté au sein du groupe en 1999, il avait demandé, en cas d’arrivée de Delanoë à la mairie, à bénéficier d’un mi-temps. « Elu, ce n’est pas un métier, estime-t-il. On ne peut pas avoir que des retraités ou des rentiers parmi les politiques. Bernard Arnault a tout de suite accepté. Il considère que la démocratie ne s’en porte que mieux. » Les affaires aussi ? « Qu’on m’apporte des preuves qu’une fois, il y a eu confusion des genres », se défend Christophe Girard. Lorsque Givenchy (LVMH) est choisi pour réaliser la garde-robe de la délégation Paris 2012 à Singapour, ou lorsqu’Oswald Boateng, son styliste star, organise son défilé dans les salons de l’Hôtel de Ville, lorsque le groupe verse 1,5 million d’euros à la dernière minute pour la candidature parisienne aux JO, Christophe Girard, fidèle parmi les fidèles de Delanoë, joue-t-il les intermédiaires de choix ? « Jamais, jure-t-il. Cela s’organise entre services. Ils n’ont pas besoin de moi. » Pour prouver sa probité, il finit par confesser une « intervention ». Oui, « une fois », Christophe Girard a mélangé mode et politique. Une fois, il a « mis en rapport » un confrère avec l’adjointe parisienne au Commerce, Lyne Cohen-Solal. « Pour régler les problèmes de défilé de... Chanel. » L’un des concurrents de LVMH. Décidément trop bon. Grégory Magne