Les habitants de Clichy-sous-Bois: «C'était long, mais on l'a enfin eu ce procès»

REPORTAGE Les habitants soulagés après la décision de renvoyer deux policiers devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Zyed et Bouna...

William Molinié

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Deux cents personnes se sont rassemblées lundi à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, morts il y a trois ans jour pour jour dans un transformateur électrique, a constaté une journaliste de l'AFP.
Deux cents personnes se sont rassemblées lundi à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, morts il y a trois ans jour pour jour dans un transformateur électrique, a constaté une journaliste de l'AFP. — Stephane de Sakutin AFP/Archives

Pas de liesse populaire à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) mais un soupire de soulagement en apprenant la décision, vendredi, de renvoyer devant le tribunal correctionnel les deux policiers mis en examen dans l’affaire Zyed et Bouna. Les deux juges d’instruction de Bobigny ont estimé qu’ils devront comparaître pour «non assistance à personne en danger». 

«Cinq ans pour se décider»

«C’était long, mais on l’a enfin eu ce procès. On va pouvoir savoir ce qu’il s’est réellement passé cette nuit-là », raconte Bilal, 20 ans, à l’entrée de La Forestière. «Tout le monde connaissait un proche ou un ami qui avait fréquenté Zyed ou Bouna. C’est bien qu’il y ait un procès. Surtout pour leur famille», poursuit le jeune homme, un kebab à la main. Il ajoute: «Mais franchement, cinq ans pour se décider et en arriver là, c’est vraiment long». Devant le lycée Alfred Nobel, personne n’est encore vraiment au courant. La nouvelle semble être passée inaperçue. «Ah bon! Mais je croyais qu’il n’y aurait pas de procès de toutes façons», s’exclame un lycéen de 17 ans. Lui et ses camarades peinent à le croire. Ils disent vouloir «attendre le résultat du procès».

Ramener la sérénité dans la ville

Les policiers de la nouvelle brigade spéciale de terrain (BST) – ancienne Uteq –, ne font pas de commentaire. «On revient tout juste des Bosquets. Les jeunes sont vraiment calmes», lance le chef de patrouille. Mohammed, 54 ans, espère que cette décision va «ramener la sérénité à Clichy-sous-Bois». A l’inverse, dans un commerce du Chemin de la Tourelle, un homme d’une quarantaine d’années qui ne veut pas donner son prénom confie: «Je trouve ça injuste de poursuivre les flics. Moi, j’en ai fait des conneries dans ce quartier. Mais à l’époque, ils nous coinçaient, on ne tentaient pas de s’échapper. On se rendaient. C’est ce qu’auraient dû faire les deux adolescents». Plus bas, au Chêne-Pointu, on vient tout juste d’apprendre la nouvelle à la télévision de la brasserie du coin. «Franchement? Je m’en fiche. Ça ne changera rien. Les deux gosses sont morts, ils ne vont pas ressusciter», lâche un retraité, amer.