Les véhicules les plus polluants bientôt interdits dans Paris ?

ENVIRONNEMENT Le dispositif a été rendu possible par la loi Grenelle II...

alexandre sulzer

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Dans la Zapa de Londres, les poids lourds trop polluants doivent acquitter un péage d'environ 230 € par jour depuis février 2008.
Dans la Zapa de Londres, les poids lourds trop polluants doivent acquitter un péage d'environ 230 € par jour depuis février 2008. — D. BEREHULAK / GETTY IMAGES / AFP

Des zones de l'agglomération parisienne ou des grands axes interdits aux véhicules les plus polluants? C'est la réflexion que souhaite entamer la Ville de Paris qui doit remettre demain, au nom du syndicat d'études Paris Métropole, une lettre d'intention à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) pour lancer des études de faisabilité sur l'expérimentation d'une zone à faibles émissions polluantes (Zapa, lire l'encadré).

Le diesel dans le collimateur

Ce dispositif, qui existe dans d'autres pays européens et qu'a créé la loi Grenelle II, permet d'interdire ou de restreindre une aire aux véhicules les plus polluants (poids lourds, cars, voitures anciennes…) et, en particulier, à ceux qui émettent des particules fines et du monoxyde ou du dioxyde d'azote (NO), les plus nocives pour la santé. «Nous allons étudier plusieurs scénarios du point de vue de l'efficacité atmosphérique», indique-t-on au cabinet du maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë. L'impact social et économique sera aussi regardé à la loupe.

Le champ des possibles est vaste entre interdiction pure et simple de certains véhicules ou restriction de circulation selon les conditions de pollution atmosphérique du jour. Toute la réflexion dépend également des décrets d'application de la loi Grenelle II qui doivent préciser, dans les mois qui viennent, quels véhicules auront une vignette verte, rouge, orange selon les normes d'émission…

«On ne peut se limiter aux particules, il faudra aussi prendre en compte les émissions de CO2 [qui agissent sur le réchauffement climatique]», prévient le «zapatiste» Denis Baupin, adjoint (Verts) à la Ville en charge de l'environnement. Dans le collimateur: les diesel.

Un péage oui, mais pas n'importe où

Un péage à l'entrée des axes les plus fréquentés, comme l'A86, «n'est pas exclu», indique-t-on à la Ville où seule l'option d'une entrée payante dans Paris est proscrite. «Il faut limiter la pollution à l'échelle de là où elle est produite, c'est-à-dire au niveau métropolitain», souligne l'entourage du maire.

En clair: mieux vaut étendre la Zapa au périmètre contenu dans l'A86 ou sur les voies rapides à l'intérieur de l'A86. La préfecture de police, qui sera associée aux études, privilégierait des petits territoires, comme certains arrondissements.

«Des mesures symboliques et politiquement explosives», selon la Ville, réticente à cette option. Et soucieuse de partager les risques avec d'autres collectivités auprès d'une opinion pas forcément acquise. La région Ile-de-France, que Paris aimerait associer, est beaucoup plus prudente.

«Nous serons attentifs au report sur les transports en commun, ce qui pourrait renforcer leur saturation», précise le cabinet du président (PS) Jean-Paul Huchon. Un collaborateur de la Ville remarque que rien ne sera décidé avant les législatives de 2012.

Europe

Selon l'Institut d'aménagement et d'urbanisme, les Zapa, présentes dans 10 pays, permettent une diminution du trafic. A Berlin, les émissions de particules diesel ont été réduites de 24%. Dans 9 villes des Pays-Bas, l'amélioration de la qualité de l'air est en revanche «moins importante que prévue».