La routine explosive des démineurs parisiens

SECURITE Sollicités dix fois par jour depuis la mi-septembre, ils veillent à rester toujours vigilants....

Alexandre Sulzer

— 

Ce robot est l'un des nombreux moyens utilisés pour « neutraliser » un colis suspect.
Ce robot est l'un des nombreux moyens utilisés pour « neutraliser » un colis suspect. — A. ROUGIER / 20 MINUTES

Il est 10h, François et Jean-François arrivent au laboratoire central de la préfecture de police (LCPP), dans le 15e arrondissement. Ces deux démineurs reviennent de la mairie du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) où un individu a déposé une valise et assuré qu'une bombe s'y trouvait avant de partir en courant. Le bagage ne contenait finalement que des vêtements. «C'est assez fréquent», souligne, fataliste, François.

Une garde 24 heures sur 24

«L'année s'annonçait calme, raconte Denis Lamotte, chef de section déminage du pôle explosifs, interventions et risques chimiques de la PP. Mais depuis un mois et demi, on intervient beaucoup.» Les chiffres des colis suspects, et des fausses alertes à la bombe en témoignent (lire encadré). Malgré l'actualité, le dispositif de travail des 24 démineurs parisiens n'a pas été modifié.

Deux équipes de garde de deux personnes se relaient 24 heures sur 24, l'une au labo l'autre rive droite. Temps moyen d'une intervention: 20 minutes. 60% se déroulent dans les transports en commun ou les gares, les autres sur la voie publique. «Le danger, c'est que notre vigilance baisse, met en garde Denis Lamotte. La psychose actuelle nuit au discernement.» François confirme: «Si la routine s'installe, on s'expose trop, on a tendance à se laisser aller.»

D'où le besoin d'alterner les modes d'intervention: robot, rayons X, disrupteur – une sorte de canon à eau à très haute pression – pinces, caméra à fibre optique… «Neutraliser un objet suspect, ce n'est pas "petit a, petit b", il faut à chaque fois s'adapter», insiste François qui reconnaît que «ce n'est pas la montée d'adrénaline à chaque fois. Par exemple, mercredi, on nous a appelés pour un sac plastique suspect qui se trouvait depuis deux heures dans un métro en voie de garage…» «Je ne reproche jamais à mes collègues de nous avoir appelés pour rien, complète Jean-François. A chaque fois, on doit partir en intervention comme si elle était à haut risque…» Ce jour-là, le LCPP sera sollicité six fois.

chiffres

Les démineurs sont appelés en moyenne dix fois par jour depuis le 17 septembre. De janvier à septembre 2010, ils ont reçu 1.013 appels d'urgence contre 467 en 2009. Au cours du mois de septembre, ils ont été sollicités pour 11 alertes à la bombe (6 en septembre 2009) et 28 véhicules suspects sur la voie publique (27 en septembre 2009). Le 4 octobre, la police a reçu 39 alertes à la bombe depuis le début de l'année, soit autant que sur l'ensemble de 2009.