La RATP accusée de prendre les colis suspects à la légère

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La RATP prend-elle toutes les précautions face à la menace terroriste ? C'est ce que contestent les syndicats CGT, Unsa et FO qui ont déclenché hier une alarme sociale pour « non-respect de la note […] sur les colis suspects mettant en danger les agents et les usagers ». Cette procédure – ultime étape avant l'appel à la grève – fait suite à une série d'incidents, dont le dernier date du vendredi 1er octobre.

Quand un cadre zélé ouvre le colis
Dans la matinée, une valise abandonnée est signalée dans un RER A à la station gare de Lyon. « Un périmètre de sécurité a été mis en place en attendant l'intervention des démineurs, mais un cadre un peu zélé a ouvert la valise. Le même scénario s'était produit quelques jours plus tôt sur le métro 7bis », s'indigne Laurent Gallois, délégué Unsa, qui dénonce depuis des mois des manquements aux règles de sécurité. Pour les syndicats, les textes sont pourtant clairs. En cas de paquet abandonné, la Régie doit évacuer le public et s'abstenir de toute manipulation jusqu'à ce que la police prenne le relais. « Normalement, les agents de la RATP n'ont pas à toucher les objets », confirme la Préfecture de police (PP). De son côté, la Régie martèle qu'elle « respecte strictement les procédures », mais qu'il « existe une part d'interprétation pour déterminer si un colis est suspect ou non ». C'est également la RATP qui décide, en collaboration avec la PP, d'interrompre le trafic en cas de paquet douteux.

227 interventions en septembre
Alors que les interventions des démineurs pour colis suspects se sont multipliées dernièrement (227 en septembre 2010 contre 138 en septembre 2009), « la direction privilégie la régularité du trafic à la sécurité et demande aux machinistes de continuer de rouler », estime Daniel Le Cunff, délégué CGT. Certains agents tirent la sonnette d'alarme. Comme Catherine, conductrice sur le RER A. Le 28 septembre, elle a exercé un droit de retrait et stoppé son train alors que sa hiérarchie l'enjoignait à passer par la station Châtelet, où un colis suspect était signalé. « Dans le contexte actuel, on ne peut pas se permettre de prendre les choses à la légère. Nous avons tous en mémoire les attentats de 1995 », justifie la conductrice.Julien Solonel