Les maisons closes ouvrent leurs portes

Magali Gruet et Cécile Rabeux

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Dans les années 1930, les maisons closes étaient autorisées à Paris, mais étroitement surveillées par la police mondaine. Leurs devantures étaient très discrètes, pour ne pas choquer les passants. Aujourd'hui, le Delaville Café (en bas à droite) n'a conservé de cette époque que l'escalier majestueux qui montait aux chambres.
Dans les années 1930, les maisons closes étaient autorisées à Paris, mais étroitement surveillées par la police mondaine. Leurs devantures étaient très discrètes, pour ne pas choquer les passants. Aujourd'hui, le Delaville Café (en bas à droite) n'a conservé de cette époque que l'escalier majestueux qui montait aux chambres. — A. GELEBART / 20 MINUTES, PREFECTURE DE POLICE, MUSEE DE L'EROTISME, DR

« Dans les archives, on constate que les clients venaient de tous les milieux sociaux, de l'ingénieur en passant par l'artiste ou le dentiste ». L'architecte Paul Teyssier publie aujourd'hui « Maisons closes parisiennes »*, consacré aux bordels des années 1930. Il réalise ses premières recherches pour son mémoire de fin d'étude, il y a six ans, et se consacre à l'architecture des lieux.
Des lieux coupés de l'extérieur
« Le point commun de tous les bordels de l'époque c'est qu'ils étaient très fermés sur l'extérieur, comme coupés du monde. Mais une fois à l'intérieur, on avait l'impression de voyager, avec des chambres aux thèmes exotiques. » Il étend ses recherches à l'aspect sociétal des maisons closes. Les archives de la police construisent son sujet. « Je suis tombé sur des rapports de police qui racontaient les partouzes, les décors, les ambiances ». Aujourd'hui, il ne reste quasiment plus rien des lieux qu'il décrit. Comme au Delaville café, boulevard Bonne Nouvelle, où seules les initiales des anciens propriétaires gravées dans une fresque témoignent du passé sulfureux de cette « maison de plaisir ». « De la maison close, il ne reste que l'escalier et les mosaïques, confirme la responsable du café. La moitié des clients sont au courant et viennent pour ça. Les autres, ça leur plaît quand ils l'apprennent. » Si les établissements sont tombés dans l'oubli, le sujet reste bel et bien d'actualité. « Lorsque j'ai commencé mes recherches on en parlait moins, mais maintenant les maisons closes reviennent sur le devant de la scène politique. C'est important de réfléchir la prostitution avec son lieu, plutôt que de la nier et de la rejeter en périphérie », estime l'auteur.