Les dealers de crack passent à la barre

JUSTICE Huit personnes comparaissent à Bobigny pour avoir participé à un vaste trafic à Saint-Denis...

William Molinié
— 
Le quartier de la gare de Saint-Denis était devenu un repère de toxicomanes.
Le quartier de la gare de Saint-Denis était devenu un repère de toxicomanes. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Les policiers de Seine-Saint-Denis surnommaient cette pizzeria «Crack House». Huit personnes comparaissent jusqu'à ce soir devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour détention et vente de stupéfiants. Ils sont soupçonnés d'avoir été les organisateurs du vaste trafic de crack qui s'est installé dans le quartier de la gare du RER D de Saint-Denis en 2008 et 2009. Un réseau en partie démantelé à l'issue d'une action policière dans une ancienne pizzeria, transformée en squatt et véritable maison du crack.

Recette de 3 000 euros par jour

Depuis plusieurs années, le quartier de la gare est un repère de toxicomanes. Au plus fort de l'activité en 2008, jusqu'à 300 personnes s'approvisionnent ainsi chaque jour dans l'ancienne pizzeria de la rue Catulienne. La grande pièce accueille jusqu'à une dizaine de dealers. Ces derniers vendant leur came aux drogués, qui peuvent consommer sur place, dans les étages. 

Au fond, la cuisine, véritable laboratoire où la cocaïne, planquée dans le faux plafond et les recoins, est mélangée à du bicarbonate de soude, pour en faire du crack, sur des plaques de cuisson artisanales. Des caméras de surveillance sont posées par les trafiquants pour surveiller les allers-retours des dealers. Après neuf mois d'investigations, les policiers décident de passer à l'action. 

Fin janvier 2009, ils organisent une descente dans l'ancienne pizzeria. Trente-cinq personnes sont interpellées. Trente relâchées. «Aujourd'hui, on n'est que huit à passer devant la justice. Trois seulement à comparaître détenus. On veut nous charger pour les autres», s'emporte Ahmed B. Il nie être une tête du réseau. Pourtant, à son domicile, les policiers découvrent 38.135 euros en liquide ainsi qu'une machine à compter les billets de banque. Les enquêteurs estiment sa recette quotidienne à 3.000 euros. Déjà condamné pour des faits similaires, il risque jusqu'à vingt ans de prison. Tout comme son acolyte, un certain «Vegeta», que son avocat juge à l'inverse «trop petit pour porter tout seul le chapeau».

Le trafic a perduré

Après le démantèlement de la filière africaine aux abords de la gare de Saint-Denis, les policiers ont découvert un ancien entrepôt, quai de Seine, reconverti en établissement de nuit pour consommateurs de crack. Depuis, le trafic a trouvé preneur, notamment avec les Antillais. «Il y a eu un vrai travail d'enquête des policiers. Mais le quartier n'a pas été éliminé des toxicomanes et du trafic de crack», estime Florence Haye, l'adjointe PC à la tranquillité publique de Saint-Denis.