Le parquet de Bobigny ne veut pas de procès

William Molinié

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Mes Mignard et Tordjman, les avocats des familles des victimes.
Mes Mignard et Tordjman, les avocats des familles des victimes. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Un non-lieu sans surprise. Vendredi, la procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Sylvie Moisson, a annoncé avoir requis un non-lieu à l'encontre des deux policiers mis en cause dans la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre 2005. Les deux adolescents s'étaient électrocutés dans un transformateur EDF où ils s'étaient réfugiés après avoir fui la police. Un drame qui avait déclenché trois semaines d'émeutes dans les banlieues de l'Hexagone. Dix-huit mois plus tard, deux fonctionnaires de police ont été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger ».

Un réquisitoire de 36 pages
Des bandes radiophoniques de la nuit du drame laisseraient entendre que les policiers savaient les deux jeunes en danger : « Je pense qu'ils sont en train de s'introduire sur le site EDF. […] S'ils rentrent […], je ne donne pas cher de leur peau », entend-on de la bouche d'un policier. Des mots « formulés comme une hypothèse », défend Me Daniel Merchat, l'avocat des policiers. « Le parquet a jugé que les policiers ignoraient que les jeunes étaient rentrés dans le transformateur. Il n'y a aucune faute retenue contre eux et la tenue d'un procès serait donc injustifiée », poursuit-il. Son contradicteur, Me Jean-Pierre Mignard, ne s'étonne pas du réquisitoire de 36 pages. « Nous n'attendions pas moins de la part de la procureur de Bobigny. Mais c'est une décision très politique. Elle s'interdit de froisser les policiers dans son département », regrette-t-il. C'est désormais aux deux juges d'instruction qui suivent le dossier de renvoyer ou non l'affaire devant le tribunal correctionnel. Une décision qui pourrait intervenir rapidement si aucune des deux parties ne fait d'observations. Une chose est sûre, « si les juges confirment le non-lieu, nous ferons appel », annonce Me Mignard.

« Provocation »
Du côté de Clichy-sous-Bois, cette annonce du parquet passe pour une « provocation », à un mois et demi seulement du 5e anniversaire des émeutes. « C'était le jour de l'Aïd. Ça devait être une fête pour tous les musulmans. Les familles sont sous le choc mais gardent espoir », souligne Samir Mille, président de l'association Au-delà des Mots, une association de Clichy-sous-Bois créée après les émeutes. Il s'attend à des débordements liés à cette annonce dans la ville. « Comment voulez-vous qu'on calme nos jeunes quand déjà en 2005, on leur disait qu'on réglerait nos comptes par la justice. Aujourd'hui, elle nous a désavoués », poursuit-il. Aujourd'hui, le nouveau gymnase de Clichy-sous-Bois, qui avait brûlé en 2005, est censé être inauguré en grande pompe avec la visite de Fadela Amara. « Je peux vous dire qu'on va tout faire pour gâcher de manière pacifique leur fête », conclut-il.

5 ans de procédureAprès la mort par électrocution dans un transformateur EDF des deux jeunes en octobre 2005, une enquête de l'IGS a été ouverte. En décembre 2006, elle conclut que les deux jeunes étaient bien poursuivis par les policiers sans pour autant établir des manquements. En février 2007, deux policiers sont mis en examen pour non-assistance à personne en danger. L'enquête est close à la fin du mois de juillet 2009. Vendredi, le parquet de Bobigny a requis un non-lieu pour les deux policiers.