Tour du monde des déchets à La Villette

Magali Gruet
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La poubelle du Parisien aisé provient d'un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Les produits de luxe y tiennent une place de choix.
La poubelle du Parisien aisé provient d'un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Les produits de luxe y tiennent une place de choix. — Photos Bruno Mouron et Pascal Rostain

Ils ont vidé les poubelles de treize foyers dans le monde, et exposeront ce travail pour la première fois le 16 septembre à La Villette*. Les photographes Bruno Mouron et Pascal Rostain, connus pour leurs images des poubelles de stars hollywoodiennes à la fin des années 1980, ont entamé depuis cinq ans une démarche plus sociologique. « Yann Arthus-Bertrand a fait la terre vue du ciel. Nous, on fait la terre vue de ses déchets », s'amuse Pascal Rostain.

Impossible d'éviter les clichés
Ils s'étaient penchés sur le cas de Paris en 2007, et avaient réalisé deux images : l'une à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), dans un foyer aisé. L'autre à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), dans un foyer modeste. Dans la première, des emballages Dior et des bouteilles d'Evian. Dans la seconde, de la bière et de la soupe en poudre. « Le résultat a un côté caricatural que l'on ne souhaitait pas. Mais c'est la réalité de ce que l'on a trouvé. On ne triche pas », prévient Bruno Mouron. Ils filment toutes leurs interventions, de la poubelle à la prise de photo, pour preuve de leur bonne foi.
Partout ils mettront la main sur un soda américain bien connu. « Notre travail révèle un véritable effacement de l'identité culturelle des pays. Nous consommons tous les mêmes produits », constate Pascal Rostain. Mais l'opération révèle parfois quelques surprises. Ils ont par exemple montré le dépouillement des déchets du Malawi. « C'est l'un des pays les plus pauvres du monde, mais aussi le plus propre, car ils n'ont rien. Donc ils ne jettent rien. La moindre bouteille en verre est recyclée en pilon, les cornes de maïs sont brûlées pour le chauffage », raconte Pascal Rostain.
Les photographes vont continuer leur tour du monde, jusqu'à obtenir 50 clichés, mais cherchent un mécène « pour ne pas y être encore dans cinquante ans ». « Notre travail est utile, le CNRS nous a demandé de garder précieusement nos travaux, car ils seront utiles dans le futur. Imaginez que l'on ressorte les déchets de Louis XVI !»