Ici, la république répare l'ascenseur social

Hélène Colau et Alexandre Sulzer

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L'année a été partagée entre sport (en haut) et travail, parfois tard le soir (en bas).A Sourdun, la rentrée médiatisée dans les dortoirs (en haut et à gauche) a laissé la place au sérieux des conseils de classe (à droite).
L'année a été partagée entre sport (en haut) et travail, parfois tard le soir (en bas).A Sourdun, la rentrée médiatisée dans les dortoirs (en haut et à gauche) a laissé la place au sérieux des conseils de classe (à droite). — S. Pouzet / 20 MinutesS. Pouzet / 20 MinutesS. Pouzet / 20 MinutesS. Pouzet / 20 MinutesS. Pouzet / 20 Minutes

malgré l'enthousiasme des élèves, c'est plus mitigé. « Les chambres, ça le fait pas trop », grimace Audrey.

Vendredi 25 juin. Dernier jour. Les assistants d'éducation font l'état des lieux des dortoirs. Olivier est surpris : « Il n'y a pas de dégradation, pas un seul tag ! » Aristote, élève de 3e, a aimé cette année « de découverte ». « Au début, mes copains de Dammarie-lès-Lys se moquaient de moi et de mon école d'intellos mais c'est fini, ils l'ont accepté. » Aimée est moins convaincue : « Regardez, c'est gris et vieux. Mais c'est vrai : je bosse mieux ici. »
C'est ce coin isolé de Seine-et-Marne, touché par le départ d'un régiment entier de hussards, qui avait été choisi pour ce dispositif pilote de l'Education nationale. 114 élèves viennent de passer une année scolaire à l'internat d'excellence de Sourdun. Le concept ? Permettre à des collégiens et lycéens, qui présentent un fort potentiel mais vivent dans des conditions sociales difficiles, d'étudier en internat, entre cours et activités sportives et culturelles. 20 Minutes les a suivis tout au long de l'année.

Dimanche 30 août 2009. La rentrée, devant les caméras. Des musiciens de l'Opéra national de Paris ont été invités pour un petit concert devant les parents d'élèves. Parmi eux, le père de Mounir, pas franchement heureux à l'idée de ne plus voir son fils que le week-end : « Si tu ne te sens pas bien ici, je viens te chercher. »

Lundi 15 février 2010, 20 h. Après leur journée de cours, les élèves montent retrouver l'internat. Du côté des filles, c'est plutôt calme. Les chambrées se reforment dans la bonne humeur. Mais bientôt, plusieurs élèves fondent en larmes. Si le conseil de classe qui s'est tenu ce soir-là a confirmé les progrès de certains élèves, d'autres voient leurs rêves d'effondrer. Dounia, originaire de Saint-Denis, a obtenu les félicitations. Elle pourra aller en 1e S, pour entamer des études de pédopsychiatrie. Katia, elle, a vu sa moyenne plonger. Elle devra sans doute s'orienter vers une filière technologique, et donc quitter Sourdun à la rentrée prochaine. Chez les garçons, l'ambiance est détendue, les élèves courent dans les couloirs. Après une heure et demie de gentil chahut pour les uns, de révisions pour les autres, extinction des feux.
Samedi 10 avril. Journée portes ouvertes. Les élèves se sont mis sur leur 31 pour faire découvrir l'établissement à leurs futurs camarades. Le club scientifique, les voyages en Inde et au Royaume-Uni… Les activités présentées ont de quoi faire envie. Carole est venue avec sa fille Joanny parce qu'« elle a des capacités et je ne veux pas qu'elle gâche sa scolarité. Au début, quand une assistante sociale m'a parlé de cet internat, j'étais sceptique, la coupure familiale me faisait peur. Mais les enfants ont l'air encadrés, contrairement à son collège actuel où c'est souvent le bazar. » Du côté des postulants, malgré l'enthousiasme des élèves, c'est plus mitigé. « Les chambres, ça le fait pas trop », grimace Audrey.