« On ne dort plus. Les scooters toute la nuit sous ma fenêtre, c'est devenu insupportable »

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Pendant plusieurs semaines, 20 Minutes a suivi les huissiers de justice parisiens, volontaires au service de nuit. Les constats qu'ils sont amenés à dresser sont divers : problèmes de bruit ou d'odeurs, accidents, ou différends entre professionnels du monde de la nuit…

Les constats de bruit et d'odeurs. Dans l'entrée de cet immeuble du 2e, l'odeur de crevette est insupportable. Et pour cause, la partie commune est utilisée comme une arrière-cuisine par un traiteur asiatique de sushis qui y entrepose ses poubelles. Me Aulibé enregistre sur son dictaphone tout ce qu'il constate. « Minuit trente-cinq, départ d'une motocyclette de livraison. » Problème, le traiteur n'est autorisé à livrer que jusqu'à 23 h. « On ne dort plus, les scooters toute la nuit en dessous de ma fenêtre, c'est devenu insupportable », explique Frédéric, architecte de 28 ans. Il assure avoir déjà informé la préfecture de police. « Les policiers sont venus, l'affaire est passée au tribunal de police. On aura une décision en septembre. L'huissier, il est là pour constater les dommages et que je sois dédommagé », ajoute-t-il. Le professionnel atteste que l'activité du traiteur dépasse les horaires limites. Et surtout l'odeur dans la cage d'escalier. Parfois, la gêne est plus difficile à repérer. Ainsi, un mois plus tard, un autre huissier est appelé dans le 6e à cause d'un sauna dont le bruit de la soufflerie dérangerait les voisins. « Je n'ai rien entendu. Comme par hasard, le ventilateur s'est arrêté quand je suis arrivé », raille-t-il. « Certaines personnes sont obsédées par le bruit. Elles se concentrent dessus et finissent par n'entendre que ça », ajoute-t-il. Pour une preuve irréfutable, son client peut lui demander de poser des sondes olfactives, ou mesurer le bruit ambiant.

Les constats des pros de la nuit. L'huissier et son client se retrouvent vers 1 h du matin devant une discothèque du 8e. « Faut faire discret, les videurs me connaissent », prévient l'homme âgé d'une trentaine d'années. En février dernier, des coups de feu ont été tirés à la sortie d'une soirée, faisant deux blessés. Depuis, l'organisateur de la soirée du dimanche soir est pris pour responsable et l'accès à la salle lui est refusé. Le contrat n'est donc plus respecté et c'est désormais une autre société d'événementiel qui utilise son créneau. L'huissier remarque par ailleurs que le concept de la soirée de son client a été repris. « Ils utilisent les mêmes réseaux sociaux et communiquent de la même manière. J'appelle ça de la concurrence déloyale », détaille Me Eric Albou.

Les constats d'assurance. Dégâts des eaux, incendies, fuites de gaz… Pour certains accidents, mieux vaut avoir une preuve de l'huissier en cas de litige devant un tribunal. « Elle est irréfutable », fait remarquer l'un d'entre eux. Après l'inondation du central téléphonique de Beaujon dans le 7e, il y a deux semaines, France Télécom a fait appel aux huissiers. « Heureusement d'ailleurs, car près de 30 000 abonnés ont été privés de téléphone fixe et d'Internet pendant plusieurs jours. Ils feront marcher les assurances », poursuit-il.W. M.