La contamination : histoire d'un drame en trois actes

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Le déménagement des collections amiantées de Versailles au site François-Mitterrand (13e) est aujourd'hui considéré par la direction de la BNF comme « une décision hâtive et erronée »

Retour sur un enchaînement de faits qui ont conduit à l'exposition à l'amiante de magasiniers, de salariés extérieurs et de lecteurs pendant plus de vingt ans

Acte 1 : la contamination à Versailles (1981-1996) La dégradation du flocage amianté sur les plafonds du site de Versailles, construit en 1970, est constatée dès 1981

En 1983, un premier prélèvement dans l'atmosphère réalisé par le Laboratoire d'étude des particules inhalées (Lepi) met en évidence « une pollution notable par des fibres d'amiante »

Ce labo public note en 1987 « une contamination spécifique de l'air ambiant » d'un niveau « non négligeable »

La direction de la BNF change de labo pour les tests réalisés entre 1988 et 1995

Le Laboratoire d'hygiène et de contrôle des fibres minérales (LHCF) trouve des niveaux d'amiante inférieurs aux seuils d'alerte

« Ce laboratoire est proche du lobby des industriels de l'amiante », dénonce aujourd'hui Michel Parigot, président du comité anti-amiante de Jussieu et expert au comité d'hygiène et de sécurité de la BNF

Acte 2 : la décision de déménager (1996-1997) C'est la dégradation du plafond amianté qui conduit la direction de la BNF à fermer le site de Versailles

Pourtant, il est conclu que les ouvrages ne sont pas contaminés

Un premier rapport réalisé par la société Socotec en juillet 1996 préconise un désamiantage des livres avant déménagement

Mais un second, en octobre 1996, effectué sur des livres signalés par la direction, estime qu'un dépoussiérage simple suffit

« Tous les choix découlent de cette interprétation aujourd'hui contestée », souligne Agnès Saal

Aucune protection particulière n'est prise lors du déménagement

Michel Parigot accuse la direction de « s'être basée sur les analyses qui l'arrangeaient »

Acte 3 : la contamination sur le site de Tolbiac (1997-2005) Le site de Versailles est définitivement fermé et reste désaffecté à ce jour

Syndicats et direction enterrent le sujet sur la foi des dernières analyses de 1996

Mais en 2004, le contexte a changé : plusieurs affaires de contamination à l'amiante ont été médiatisées, une réglementation qui oblige à un repérage de l'amiante dans les bâtiments et à un suivi médical des travailleurs potentiellement exposés est née

Le syndicat FSU demande alors des tests sur les livres ramenés de Versailles

« Tout le monde pensait qu'ils seraient négatifs », avoue la FSU

Trois séries d'analyses sont menées entre juillet et décembre 2005

Seuls les derniers sont alarmants : sept mesures sont supérieures à l'exposition des travailleurs de l'amiante

La direction décide alors le désamiantage

Et au lieu de lancer une enquête administrative réclamée par les syndicats, diligente un audit interne

Sophie Caillat