La brigade anti-Keufs se défend à la barre

William Molinié

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Stéphane Da Silva, originaire de La Courneuve, est le créateur des tee-shirts BAK 93.
Stéphane Da Silva, originaire de La Courneuve, est le créateur des tee-shirts BAK 93. — S. ORTOLA /20 MINUTES

En provocateur averti, Stéphane Da Silva a enfilé un de ses tee-shirts pour lesquels il était poursuivi, hier, devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Un vêtement aux lettres évocatrices : BAK 93, comme « Brigade anti-Keuf ».

Poursuivi plusieurs fois
A 36 ans, cet artiste, que son avocat avoue « torturé comme Van Gogh », veut aller jusqu'au bout. Quitte à saisir la cour européenne de justice pour faire valoir sa liberté d'expression. Problème, le ministère public considère « outrageante » la marque qu'il a lancée. Les policiers aussi d'ailleurs. Le 12 octobre 2006, Stéphane est contrôlé à Drancy à bord de son véhicule. Raison invoquée ? Un volume sonore de sa radio jugé « supérieur aux normes ». C'est surtout son tee-shirt et celui de son ami, Armand, que les policiers remarquent : « Brigade Anti Karcher » et « Brigade Anti Keuf Korrompus », floquées de têtes de mort et d'armes en croix. Les deux hommes sont emmenés au commissariat, les lots de vêtements sont saisis et le parquet décide d'ouvrir une information judiciaire pour « outrage » et « provocation ». Ce n'est pas la première fois. Déjà en 2002, une procédure avait été lancée, mais avait abouti à un classement sans suite, le délai de prescription étant de trois mois dans ce genre d'affaires. « En tout, il a été poursuivi au moins trois fois », précise Me Dominique Tricaud, son avocat. Plusieurs années pendant lesquelles il n'a pas pu développer son activité.

Réquisitions : trois mois avec sursis
A la barre, ce papa d'une petite fille de 4 ans, originaire de la cité des 4 000 à La Courneuve, explique le message qu'il veut faire passer. « Ces vêtements sont un miroir de la société dans laquelle je vis. J'ai peut-être fait preuve de maladresse au début, c'est vrai. Puis j'ai rajouté un K à BAK pour faire Brigade Anti Keufs Korrompus. Pour montrer que je suis pas contre tous les policiers. Seulement ceux qui violent leur code de déontologie », affirme-t-il. Les vêtements créés portent d'autres mentions : « Anti Koke », « Anti Kons », « Anti Kalibre »… Ça ne suffit pas pour convaincre le procureur. « Il pense à son tiroir-caisse. Il sait que ses vêtements peuvent rapporter gros dans certains quartiers », fait-il remarquer. Ses réquisitions sont sévères : trois mois avec sursis pour Stéphane et trois ferme pour son ami, absent au procès, qui avait déjà plusieurs condamnations à son casier judiciaire.Le tribunal clôt l'audience en lui demandant des précisions sur sa situation actuelle. « J'ai liquidé la SARL et suis sans domicile fixe », lâche-t-il. « Et vous garderiez le même nom de marque, quel que soit l'issue ? » Réponse de l'interressé :  «Oui madame ». Le jugement a été mis en délibéré au 16 septembre.