La liberté de ton des blogs au tribunal

©2006 20 minutes

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La blogosphère locale attend ce procès avec impatience

Ceux qui y gravitent devraient être nombreux cet après-midi devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, qui fait jurisprudence en matière de presse

Accusé par la ville de Puteaux (Hauts-de-Seine), Christophe Grébert, auteur de monputeaux

com, est le premier blogueur à y comparaître pour diffamation

Le litige remonte à avril 2004

Le journaliste de radio publie sur son site un extrait d'un article du Parisien où figure le témoignage d'une ancienne employée municipale

Elle met en cause sa direction qui l'aurait licenciée parce que trop bavarde sur l'attribution de marchés publics

La mairie nie et l'accuse d'incompétence

Le quotidien comparaît en même temps que le blogueur qui, dans son commentaire, avait qualifié ce témoignage de « sérieux »

La polémique a pris de l'ampleur, Christophe Grébert se chargeant lui-même de médiatiser le conflit pour en faire un exemple de résistance citoyenne

« C'est lui qui fait de ce procès une tribune, qui sera celle de son humiliation », prédit Jean-Marc Fédida, l'avocat de la ville de Puteaux

Christophe Grébert craint qu'une condamnation à une amende n'en entraîne d'autres et aboutisse à son « asphyxie financière »

Car cette affaire n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan d'impertinence du blogueur

« Au départ, le contenu devait être plutôt fête au village, se défend-il

Les incohérences de la politique municipale ont fait évoluer le concept

» Rendu célèbre pour ses enquêtes de terrain, sa liberté de ton, Christophe Grébert se plaint de « harcèlement »

Intimidations, insultes, allusions homophobes

Soutenu par Reporters sans frontières et le comité de protection des blogueurs américains, il accuse la mairie d'avoir utilisé, durant deux ans, tous les moyens pour lui interdire l'accès au conseil municipal

« Mensonges, bassesses, provocations », répond Puteaux

over-blog

com, qui propose une tout autre vision de cette guéguerre politique

Car Christophe Grébert, 37 ans, ne cache pas son militantisme

Après le choc politique du 21 avril 2002, il a pris sa carte au PS

Ses frais de justice ont été financés par ses partisans et « des internautes du monde entier »

Candidat en 2008 ? « J'y pense, mais ce n'est pas à moi d'en décider

» Son procès sonnera peut-être le lancement d'une carrière politique

Bruno Faure