Criminalité Le nouveau patron du 36 quai des Orfèvres présente sa feuille de route

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Directeur de la police  judiciaire parisienne  Vous prenez la tête du 36 quai des Orfèvres, un observatoire privilégié de la criminalité. Quelles sont les infractions  qui émergent ? Celles qui  déclinent ? Aucune ne disparaît, mais un bon nombre d’entre elles se transforment. Notamment à cause des nouvelles technologies de l’information. Aujourd’hui, les proxénètes ne font plus travailler les filles sur le trottoir, mais sur Internet. Les pédophiles recrutent des mineurs sur les « chats », pour prendre des photos. Nous en avons d’ailleurs déjà fait l’expérience : si vous dites que vous êtes une fille de 14-15 ans, vous êtes aussitôt assailli par ce genre de propositions. Les escrocs, eux, se lancent dans les fausses loteries, où il faut avancer de l’argent pour toucher son gain. C’est un fléau en plein boom. Comment la PJ parisienne s’adapte-t-elle ? Nous avons mis sur pied dans les services des groupes spécialisés dans Internet. Une veille technologique importante, à partir des statistiques et des affaires, est également opérée. L’objectif est de repérer le plus tôt possible les nouveaux modes opératoires des malfaiteurs, qui nous devancent sans cesse. Sur quel type d’infraction allez-vous intensifier la répression ? La lutte contre cette cybercriminalité est une de nos priorités. Il y a aussi un gros effort à faire sur les vols avec effraction, dont le taux d’élucidation n’est pas excessif. La lutte contre les vols à la fausse qualité (faux ramoneurs, faux électriciens...) me tient aussi à coeur. Les victimes, souvent des personnes âgées, y perdent énormément, matériellement et psychologiquement. Mais il est difficile de se donner des objectifs chiffrés. Notre devise : être toujours plus performants que l’année précédente. Où en est la lutte contre  les stupéfiants ? En Ile-de-France, la situation s’est stabilisée. On observe néanmoins des glissements dans les types de drogue consommés. La cocaïne, moins chère, prend le pas sur l’héroïne. Le haschich est lui toujours là, car beaucoup de gens croient qu’il n’est pas dangereux. Mais certains cannabis, génétiquement modifiés et cultivés en serres aux Pays-Bas, peuvent faire des ravages. Quelle va être votre réponse face à ce problème ? Il ne faut pas nécessairement faire de grosses saisies, mais plutôt interpeller un maximum de gens. Quitte à ce que les enquêtes durent plus longtemps pour identifier tous les membres du réseau. Nous devons ruiner les organisations de malfaiteurs, non seulement en écrouant les individus mais en leur confisquant les biens acquis malhonnêtement. Les groupes d’intervention régionaux (GIR) sont pour cela de formidables machines à ruiner. Certains policiers prédisaient début 2004 une explosion  du nombre de trafics d’armes démantelés. Il n’en a rien été... Ces trafics ne sont pas aussi répandus qu’on le dit. Il n’y a pas de filières organisées, c’est même plutôt artisanal. Beaucoup de vols à main armée se font encore avec des armes factices. Pendant un temps, l’ex-Yougoslavie a beaucoup approvisionné la région parisienne. Aujourd’hui, cela s’est tassé. Etes-vous favorable  au rapprochement des PJ  de Paris et de Versailles, comme l’ancien préfet  de police Jean-Paul Proust ? L’idée est effectivement dans l’air. L’Ile-de-France est une seule plaque urbaine, et il est clair qu’il faut une coordination opérationnelle plus forte. Les services doivent davantage communiquer, des contacts informels quotidiens doivent se nouer. Mais surtout pas de réunions institutionnalisées : cela est voué à l’échec. La fusion du mythique 36 et du plus grand SRPJ de France n’est donc pas pour demain... Ce serait une révolution. Mais administrativement, c’est compliqué.   Recueilli par William Assayag  et Guillaume Frouin