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Retour d’expérienceParis tire les leçons de son exercice de crise simulant 50 degrés

« Paris à 50 degrés » demain ? La capitale tire les leçons de son exercice de crise

Retour d’expérienceLes connaissances des Parisiens en matière de bons gestes semblent insuffisantes, mais la bonne nouvelle, c’est que les habitants et habitantes ne sont pas du tout réticents à l’idée de se préparer aux crises
Première leçon: il va falloir augmenter le nombre de lieux rafraîchis, car ces derniers ne sont pas en nombre suffisants, notamment pour le personnel de secours. (Image: le Trocadéro en octobre 2023).
Première leçon: il va falloir augmenter le nombre de lieux rafraîchis, car ces derniers ne sont pas en nombre suffisants, notamment pour le personnel de secours. (Image: le Trocadéro en octobre 2023). - MIGUEL MEDINA / AFP
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

Vous ne vous en êtes pas aperçus, mais en octobre dernier, il a fait 50 degrés à Paris. Du moins, dans la tête d’une cinquantaine de Parisiens et Parisiennes, invitées à un exercice grandeur nature de scénario de crise. Ce mercredi 31 janvier, la Mairie de Paris, Anne Hidalgo, et ses partenaires (Police et pompiers) ont rendu public les conclusions de cette expérience, une sorte de « retex » comme on dit en langage militaire (« retour d’expérience »), pour essayer de mieux anticiper une éventuelle canicule hors normes, comme le prévoient les scientifiques d’ici 2078 (et peut-être même bien avant).

Plus de lieux rafraîchis

Première leçon : il va falloir augmenter le nombre de lieux rafraîchis, car ces derniers ne sont pas en nombre suffisants, notamment pour le personnel de secours. « Aujourd’hui, il y a des lieux pour abriter de la chaleur, pour les personnes inscrites sur le fichier Reflex [fichier qui recense les personnes fragiles qui le souhaitent et permet qu’elles soient appelées en période de canicule] notamment, mais ces lieux ne seront pas suffisants, d’où l’enjeu d’identifier des lieux supplémentaires à très court terme », a fait valoir Pénélope Komitès, adjointe en charge de la prospective Paris 2030, et de la Résilience.

Pour convaincre le plus grand nombre de rejoindre ces lieux rafraîchis, il faudrait aussi que certains puissent prendre en charge les animaux de compagnie, que les personnes concernées refusent, on les comprend, d’abandonner seuls sur place. Et puis il faudrait peut-être aussi trouver un moyen plus efficace d’inscrire plus de monde sur ces fameux fichiers Reflex, un outil qui est aujourd’hui facultatif, alors qu’on constate selon l’adjointe une distorsion entre nombre de personnes inscrites et nombre de personnes vulnérables. « Cela nécessite une modification législative mais on la portera », commente Pénélope Komitès.

Renforcer les connaissances des Parisiens et Parisiennes

L’exercice de crise « Paris à 50 degrés » a aussi permis aux différents partenaires de renforcer leurs liens, pour une collaboration plus efficace. « Il y a des petites choses à améliorer sur les outils de communication », concède Frédéric Lallier, du secrétariat général de la zone de défense et de sécurité de Paris. Mais la « coordination » semble être un des maîtres mots de cette matinée. Y compris au niveau des habitants et habitantes, qui ont pour certains spontanément prêté main-forte à leurs voisins ou voisines. Frédéric Lallier espère pouvoir structurer ces réseaux de solidarité et de bienveillance en s’appuyant sur des commerces locaux ou professionnels du soin.

Enfin dernière leçon, alors qu’une méga canicule pire que celle de 2003 pourrait très bien pointer le bout de son nez dès cet été, selon les chercheurs et chercheuses, l’état des connaissances des Parisiens et Parisiennes en matière de bons gestes semble lacunaire. « On a l’impression que tout le monde est au courant, mais en réalité une grande partie de la population a une certaine méconnaissance des bons gestes pour éviter coup de chaleur », alerte Pénélope Komitès.

« Certains habitants par exemple n’avaient pas le réflexe de ne pas cuisiner de plat chaud, alors qu’ils peuvent avoir ce réflexe quand ils sont dans un autre pays ou contexte », précise Ziad Touat, chef de projet chez Crisotech, l’entreprise de conseil qui a accompagné la mairie pour l’exercice. D’autres ne savaient pas qu’il était recommandé d’appliquer du linge mouillé sur les enfants lors d’un coup de chaleur. Pour remédier à cela, la mairie planche sur un Centre d’éducation des populations aux risques, encore à l’état d’élaboration.

Un nouvel exercice de crise en 2025

La bonne nouvelle, c’est que les habitants et habitantes ne sont pas du tout réticents à l’idée de se préparer aux crises. Alors que la Mairie de Paris craignait au départ un effet « anxiogène » de ce scénario d’un Paris à 50 degrés, « les habitants sont plutôt rassurés de voir que ces scénarios sont envisagés », confie Pénélope Komitès : « Je crois qu’on peut se dire qu’on peut simuler des crises sensibles sans faire peur, y compris en impliquant des enfants. »

C’est l‘un des enjeux essentiels pour se préparer aux crises, celui de diffuser une culture du risque. L’épisode récent d’une institutrice qui a sauvé un enfant victime de malaise cardiaque le démontre, pour l’adjointe à la résilience : apprendre les bons gestes est décisif.

La bonne réception de l’exercice grandeur nature « Paris à 50 degrés », tant dans la population que du côté du corps enseignant, encourage la mairie et ses partenaires à poursuivre l’aventure en 2025. « Pas en 2024, je crois qu’on a un petit truc prévu cet été », plaisante Pénélope Komitès, en référence aux Jeux olympiques. Mais en 2025, un tel exercice pourrait être reconduit « autour d’une cyberattaque, ou d’une sécheresse sévère, on verra », lance l’adjointe, qui veut « poursuivre la dynamique engagée ».

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