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À LOUERParis vise les résidences secondaires pour récupérer 100.000 logements

Logement : Pour lutter contre la pénurie, la ville veut remettre les résidences secondaires sur le marché

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Au total, la Ville de Paris estime à près de 100.000 le nombre de logement « mobilisables »
Près d'une résidence secondaire sur deux à Paris est possédée par un Francilien. (Illustration)
Près d'une résidence secondaire sur deux à Paris est possédée par un Francilien. (Illustration) - XAVIER FRANCOLON/SIPA / /SIPA
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Le nombre de logements inoccupés à Paris a explosé ces dernières années, atteignant 18,8 % du parc immobilier en 2020.
  • Près de la moitié de ces logements inoccupés appartient à des propriétaires franciliens, parfois multipropriétaires
  • La Ville de Paris espère remettre sur le marché locatif jusqu’à 100.000 logements grâce à une taxation renforcée des résidences secondaires.

Après toucher son coude avec sa langue, trouver un logement à Paris est peut-être l’une des choses les plus difficiles au monde. Toutes les agences de location immobilière de la capitale peuvent en attester, pour chaque annonce postée, elles peuvent recevoir plusieurs centaines de dossiers de candidatures.

Ce mercredi, une proposition de loi pour rééquilibrer l’offre de logement arrive à l’Assemblée nationale. Une « PPL » à laquelle les élus parisiens ont ajouté des amendements pour lutter contre les logements inoccupés par une taxation renforcée en « multipliant par deux ou par trois la taxe sur les logements vacants et de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires », explique Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge du logement.

Près d’un logement sur cinq inoccupé à Paris

Car c’est la pénurie qui est la principale raison de la tension des logements à Paris. Selon un rapport présenté ce mardi par l’Atelier parisien de l’urbanisme (Apur), le nombre de logements inoccupés a explosé ces dernières années.

De 14,1 % en 2011 selon les chiffres de l’Insee, leur nombre atteint 18,8 % en 2020 (262.000 sur 1,4 million). Près d’un logement sur cinq à Paris est inoccupé, c’est-à-dire qu’il n’est pas une résidence principale. Un chiffre fou au regard de la demande et du mal logement actuel. Résultat, la ville se vide petit à petit, 11.500 habitants par an en moyenne quittent Paris depuis 2011 (alors que le solde était positif les années précédentes).

Ces logements inoccupés sont soit des logements vacants, soit des logements occasionnels (utilisés pour des besoins professionnels), soit des résidences secondaires.

Logements vacants, Airbnb, mais pas que

Pour les premiers, leur part reste sensiblement inchangée ces dernières années (9 % soit 128.000 logements). La grosse partie de cette vacance appelée « frictionnelle » est expliquée par la rotation des ménages entre déménagements et emménagements et tourne en général autour de 7 %. En tout, « seuls » 18.600 sont vacants depuis plus de deux ans.

Ce sont en fait les deux autres catégories qui explosent depuis plusieurs années. Malgré une fiscalité plus dissuasive depuis 2017 (majoration de 60 % de la taxe d’habitation) les résidences secondaires et occasionnelles représentent 9,6 % du parc parisien, rattrapant le niveau national (9,8 %) alors qu’historiquement Paris se situait bien en deçà du fait de son marché immobilier tendu.

Il y a bien sûr le marché du meublé touristique qui tourne à fond (Coucou Airbnb). Rappelons que depuis la loi Alur 2014, il est interdit de mettre en location de courte durée une résidence secondaire à Paris. De ce côté et grâce aux contrôles, la ville espère récupérer 25.000 logements mobilisables à la location en résidence principale. Des logements « détournés de leur usage pour être loués sur des plateformes », selon le directeur général de l’Apur, Alexandre Labasse.

Un pied-à-terre surtout pour… les Franciliens

Le plus surprenant dans le rapport de l’Apur vient des propriétaires de ces logements. Pour près de la moitié (42,5 %), ils sont… franciliens. Une partie d’entre eux peut justifier cette résidence secondaire par le télétravail. En effet, 48 % de la population active francilienne pratiquerait le « home office » et 33 % de ces derniers ont accès à un deuxième logement dans lequel ils peuvent se rendre régulièrement. Un effet sans doute amplifié par le Covid-19.

C’est aussi l’explication qui est donnée pour une grande partie des 38 % de propriétaires qui vivent ailleurs en France, en « province » ou en « région » (selon les préférences sémantiques). Restent 19,5 % des propriétaires qui vivent à l’étranger et qui disposent d’un pied-à-terre ou, pour beaucoup, de capacités financières leur permettant de d’appuyer à fond sur le levier spéculatif.

La Ville de Paris espère remettre 100.000 logements sur le marché locatif

Mais le télétravail n’excuse pas tout. En effet, selon les chiffres de l’Insee, avancés par l’Apur, 64 % des propriétaires de résidences secondaires sont âgés de 60 ans et plus (contre 45 % de l’ensemble des propriétaires parisiens). Mieux, à Paris, 50 % des logements du parc privé appartenant à des particuliers sont possédés par des ménages qui possèdent cinq logements ou plus en France. On est loin du pied-à-terre pour le boulot.

En augmentant la taxation sur ces résidences secondaires (les logements occasionnels pour raison professionnelle ne sont pas concernés), la Ville de Paris espère pouvoir remettre sur le marché jusqu’à 100.000 logements. « Le droit individuel à posséder des résidences secondaires ne doit pas empiéter sur l’intérêt général et le droit à être logé », a commenté Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo.

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