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BilanLa Ville de Paris clame avoir planté 63.000 arbres, mais ce chiffre divise

Paris : La mairie annonce avoir planté 63.000 arbres depuis 2020, mais ce chiffre divise

Bilan« 63.000 arbres, ça ne veut pas dire grand-chose, c’est trompeur. Essentiellement, ils plantent des tiges. Il faut voir le nombre d’arbres qui vont prospérer », critique Véronique Baldini, du groupe Changer Paris
Le Pterocaryer de Chine du Jardin des serres d'Auteuil, planté en 1905, fait partie des arbres remarquables de Paris.
Le Pterocaryer de Chine du Jardin des serres d'Auteuil, planté en 1905, fait partie des arbres remarquables de Paris.  - Guillaume Bontemps / Ville de Paris / Ville de Paris
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

L’objectif paraissait grandiose, voire intenable. Pendant la dernière campagne électorale des municipales, la maire, Anne Hidalgo, promettait de planter « 170.000 arbres » sur toute la durée du mandat. Plus d’un tiers de cet objectif serait atteint, selon la présentation du bilan de la deuxième année du « plan Arbres » ce lundi après-midi en commission du Conseil de Paris. « Plus de 63.000 arbres ont été plantés depuis le début de la mandature », a annoncé Christophe Najdovski, adjoint à la végétalisation, qui rappelle que plus de 25.000 arbres ont été plantés lors de la dernière saison de plantation, en 2022-2023.

Cette année comme l’an dernier, la majorité des arbres plantés par la ville l’ont été dans les bois et sur les talus du périphérique. Sur les 25.000 plantations, plus de 11.500 entourent le boulevard urbain, tandis que 7.300 ont servi à « renaturer les bois ». Les arbres dans les rues sont au nombre de 800, correspondant à environ 80 rues parisiennes qui ont reçu en moyenne une dizaine d’arbres. Près de 2.700 arbres ont été plantés dans les cimetières et près de 2.500 servent au renouvellement, étant donné, nous apprend Christophe Najdovski, qu’il faut abattre chaque année 3.000 des quelque 200.000 arbres que compte Paris « pour cause phytosanitaire ».

« On ne peut prendre le risque qu’un arbre dépérissant tombe sur des passants. Mais ce chiffre de 3.000 est stable et plutôt en baisse, et les abattages pour des projets urbains sont minoritaires en matière de volume par rapport aux abattages phytosanitaire », rassure l’adjoint à la végétalisation.

61 à 84 % de mortalité pour la méthode Miyawaki

Les chiffres des plantations donnent le tournis et sont invérifiables pour le quidam. Surtout, ils sont de plus en plus gigantesques, sans que le paysage parisien n’ait l’air de refléter ces milliers d’arbres annoncés à grand renfort de communication. « Cette saison de plantation va être une saison absolument impressionnante, on va planter 40.000 arbres dans Paris », a par exemple annoncé la maire elle-même, lors de la présentation à la presse du plan climat. Mais peut-on mettre dans le décompte les petits plants forestiers de quelques centimètres, au même titre que les arbustes ou que les petits arbres de 10 ou 20 ans d’âge ? « Nous ne savons toujours pas de quel type de plantations il s’agit », déplore l’élue écologiste Chloé Sagaspe.

D’autant que beaucoup de ces plantations sont effectuées selon une méthode à la mortalité très élevée, la méthode Miyawaki. « Mise au point par le botaniste japonais Akira Miyawaki, elle consiste à planter densément des essences d’arbres natives de la région. Cette densité est doublement bénéfique pour leur développement. Sous terre, elle crée une forte synergie racinaire entre les arbres ; à l’air libre, elle suscite une compétition vertueuse pour l’accès à la lumière », explique la mairie sur son site. Mais une étude européenne fait état de 61 à 84 % de mortalité des arbres 12 ans après la plantation.

« Un gland, c’est un arbre » ?

Or les plantations sur le périphérique seraient largement effectuées selon la méthode Miyawaki, critique le groupe Changer Paris : « Les chiffres des bois et du périphérique permettent à la Ville de « gonfler » ses statistiques ». « 63.000 arbres, ça ne veut pas dire grand-chose, c’est trompeur. Essentiellement, ils plantent des tiges. Il faut voir le nombre d’arbres qui vont prospérer. Et avant que ces arbres-là ne soient source de fraîcheur, c’est au moins 30 ans d’attente, et ils ne vont pas tous atteindre 30 ans » commente Véronique Baldini, conseillère de Paris du 16e arrondissement déléguée aux espaces verts et à la propreté.

Interrogée sur ce sujet par 20 Minutes en conférence de presse de présentation du plan Climat, Anne Hidalgo a fait mine de ne pas comprendre la question : « On ne s’est pas amusés à mettre [dans le décompte] toutes les petites pensées, on a planté des petits arbustes dans les bois et on plante aussi de très grands arbres, et sur les places ce sont des arbres qui ont entre 10 et 15 ans ». Un stratagème qui lui permet d’éluder la critique, sans y répondre. Plus tard, lors d’une réunion en plus petit comité, la maire et son Premier adjoint persistent : « Un gland, c’est un arbre ».

« On n’aura pas 170.000 arbres au final, quand on plante des forêts il y a une sélection naturelle qui se fait », reconnaissait plus humblement Christophe Najdovski, interviewé l’an dernier sur ce sujet.


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