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Triste constatLa gestion de l’Etat en Seine-Saint-Denis épinglée par un rapport

Seine-Saint-Denis : Désert médical, inégalités scolaires et criminalité, un rapport épingle la gestion de l’Etat

Triste constatLa Seine-Saint-Denis est sous-dotée en matière de santé, justice, sécurité et les inégalités se creusent à l’école, selon un rapport parlementaire de Christine Decodts (Renaissance) et Stéphane Peu (PCF)
Le 23 octobre 2018, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). L'entrée du bâtiment 3 de la préfecture de Seine-Saint-Denis.
Le 23 octobre 2018, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). L'entrée du bâtiment 3 de la préfecture de Seine-Saint-Denis. - Clément Follain / 20 Minutes / Clément Follain / 20 Minutes
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Malgré un plan gouvernemental adopté en 2019, la Seine-Saint-Denis reste le territoire le plus pauvre et sous-doté en matière de santé, justice, sécurité et les inégalités se creusent à l’école, indique jeudi un rapport parlementaire, qui préconise de rendre attractif l’emploi public. Quatre ans après le lancement du plan « L’Etat plus fort en Seine-Saint-Denis », « il n’y a pas eu d’évolution notable », estime le député (PCF) Stéphane Peu, corapporteur du suivi de l’action du gouvernement.

Le département le plus jeune et dynamique de l’Hexagone cumule des difficultés sociales persistantes, avec 27.6 % de la population (1,6 million) vivant sous le seuil de pauvreté. Pour y remédier, 23 mesures ont été engagées s’appuyant sur un premier rapport accablant de 2018. Parmi elles figurent le recrutement de 150 policiers, des crédits supplémentaires pour les hôpitaux ou encore le renforcement des contrôles des logements insalubres. Mais « le compte n’y est pas », selon le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS). « La République revient sur la pointe des pieds », regrette l’élu.

L’école creuse les inégalités

« L’école ne tient pas sa promesse républicaine. Elle ne corrige plus les inégalités de départ mais au contraire les creuse », affirme Stéphane Peu. En 6e, les élèves de Seine-Saint-Denis sont les moins bien classés, en mathématiques et en français. Alors que les enfants sont en difficulté, le rapport note qu' « il y a trop de contractuels et trop d’enseignants jeunes et inexpérimentés ».

Pour y remédier, les parlementaires proposent d’expérimenter un système de formation rémunérée jusqu’au master au profit des étudiants du département se destinant au métier d’enseignant, en échange d’un engagement de dix ans.

Premier désert médical de France

Sur le plan sanitaire, le département « est le premier désert médical de France », « inacceptable », pour Christine Decodts (Renaissance), co-rapporteure. Il y a 49,8 généralistes pour 100.000 habitants, contre 83,5 au niveau national.

Un quart des Séquano-Dionysiens est sans médecin traitant, l’offre de soins psychiatriques et aux personnes en situation de handicap est jugée critique et le taux de places en Ehpad est le plus faible de la région parisienne.

La Seine-Saint-Denis ne dispose que d’environ 1.600 places en institut médico-éducatif et 2.200 enfants sont en attente de place. Conséquence : 44 % sont non scolarisés. Le rapport préconise d' « adopter en urgence un plan sectoriel sur le handicap » et d’augmenter le nombre de places en institut.

Policiers inexpérimentés

La Seine-Saint-Denis détient toujours le triste record du territoire le plus criminogène de France métropolitaine avec le nombre de faits de délinquance rapporté au nombre d’habitants le plus important, soit 427 actes par jour. On recense aussi 200 points de deal.

Face à ces difficultés, les effectifs de police ont augmenté de 5,29 % entre 2018 et 2022 mais la police judiciaire est sous-dotée. Comme pour les enseignants, les policiers sont souvent inexpérimentés et le territoire reste pour beaucoup une école d’application.

La justice classe sans suite à tour de bras

En conséquence « de cette criminalité endémique », le tribunal judiciaire de Bobigny, deuxième juridiction de France, est « engorgé ». Le rapport alerte sur « un fossé béant entre l’inflation du nombre de dossiers à traiter et les effectifs alloués ». En matière pénale, entre 2019 et 2022, le nombre de dossiers reçus par le parquet de Bobigny a augmenté de 27,5 %.

Pour y faire face, les chefs de juridiction ont recours davantage à la comparution immédiate et aux mesures alternatives à l’audience et aux poursuites. Par ailleurs, le nombre de classements sans suite est lui aussi en augmentation. Le taux de réponse pénale à Bobigny est de 59,3 % contre 72,9 % à Paris.

La prison de Villepinte est défaillante avec un taux d’occupation de 183 %, un record en Île-de-France. Si les effectifs en magistrats ont augmenté depuis 2018, les parlementaires soulignent que ceux des greffiers sont très insuffisants.

Donner des logements sociaux aux agents

En conclusion, les rapporteurs appellent à la nécessité de rendre l’emploi public « beaucoup plus attractif » en consacrant « 30 % du contingent préfectoral de logements sociaux » aux agents affectés en Seine-Saint-Denis.

La prime de fidélisation existante, qui est actuellement de 10.000 euros et est « une bonne idée » selon les fonctionnaires interrogés dans le rapport, nécessiterait d’être augmentée à 15.000 euros pour les agents qui restent en poste pendant cinq ans et étendue au personnel soignant.

L’objectif du rapport n’est pas de « chercher à nommer des responsables » assurent les auteurs mais à améliorer la situation du département. Présenté jeudi au comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques, il devrait être débattu devant l’Assemblée nationale avec les ministres concernés.

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