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La grande confusionProvinciaux ou étrangers, les touristes pour financer les transports ?

JO de Paris 2024 : Touristes ou locaux… Mais qui va payer les transports franciliens ?

La grande confusionValérie Pécresse a annoncé, ce lundi, des tarifs spécifiques et très chers pendant la période des Jeux olympiques et paralympiques
L'annonce de Valérie Pécresse, présidente d'Île-de-France Mobilités, a créé la confusion
L'annonce de Valérie Pécresse, présidente d'Île-de-France Mobilités, a créé la confusion - Aymeric Guillonneau / IDFM / IDFM
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Ce lundi, la présidente d’Île-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, a annoncé la mise en place de tarifs spécifiques pour les transports en commun pendant toute la période des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 (du 20 juillet au 8 septembre 2024).
  • Destinés à financer le surcoût lié à l’événement, ces tarifs n’impacteront pas les Franciliens abonnés au réseau de transport. Toutefois, selon Île-de-France Mobilités et le Comité Paris 2024, les touristes et visiteurs seront aussi incités à passer outre en anticipant leurs achats.
  • Mais alors qui pourra bien financer ces 200 millions de surcoûts ?

Valérie Pécresse s’est fait une place dans l’actualité. Absorbés par la passe d’armes entre Anne Hidalgo, maire de Paris, et les deux ministres macronistes, Amélie Oudéa-Castéra et Clément Beaune, respectivement en charge des sports et des transports, on aurait presque oublié que c’est Île-de-France Mobilités (IDFM) qui gère les transports en commun dans la région.

Ce lundi, sa présidente s’est chargée de nous rafraîchir la mémoire avec l’annonce d’une tarification spécifique pour les JO de Paris 2024, et la création d’un passe Paris 2024 « qui permettra aux visiteurs de se déplacer dans toute l’Ile-de-France » et dont les montants seront presque doublés par rapport à la tarification habituelle.

Les Parisiens normalement épargnés

Quatre euros le ticket, 16 euros la journée, et 70 euros la semaine, certains usagers ont dû tousser en découvrant le coût du transport pendant les JO. Ce ne sera pas le moment de faire fausse route. « C’est le juste prix », estime Valérie Pécresse, pour qui il n’est « pas question que les Franciliennes et Franciliens payent » le surcoût engendré par les Jeux olympiques qu’elle estime à 200 millions d’euros (logistique, infrastructures, plus grande fréquence de passage et personnels supplémentaires).

Car la présidente de région a tenu à rassurer ses administrés : si ces tarifs seront exclusifs sur le réseau, les Pass annuels et mensuels du Navigo ne seront pas touchés (de même que les Pass Liberté +, Imagine’R et Senior). Si IDFM peut se targuer de compter 5 millions d’abonnés à son réseau de transport, cela signifie qu’il en reste une grande partie qui ne l’est pas (sur les plus de 7 millions restants, gageons qu’une partie n’emprunte pas ou très rarement les transports).

Seront-ils aussi condamnés à se ruiner ? Non répond IDFM, contacté par 20 Minutes, qui a prévu ce cas de figure : les autres pourront anticiper en se procurant des titres de transport avant la période d’augmentation.

Touristes, sortez les billets…

Ce sera donc aux touristes de payer le prix fort, surtout les détenteurs de places pour assister aux joutes olympiques puisque ces passes sont faits pour leur permettre de profiter des épreuves et se balader entre les différents sites et animations que la Ville de Paris et la région leur proposeront pendant la grande fête du sport. Une manière de faire porter le poids de ces investissements sur d’autres acteurs que les usagers du quotidien.

Un sacré retournement de situation puisque jusqu’à la fin de l’année 2022, le projet initial du Comité Paris 2024, organisateur des Jeux, était d’offrir le transport gratuit à tous les détenteurs d’une place. Une décision annulée comme l’explique, ce mardi, Michael Aloisio, directeur général délégué de Paris 2024 : « Cela aurait coûté 45 millions d’euros. C’est un choix d’équilibre financier, d’optimisation.

L’événement doit se faire sans laisser de charges derrière lui. » D’autant que cette ligne d’économie « n’incite pas à un changement de comportement ». Pour résumer, même si on fait payer les touristes, ils prennent les transports, alors pourquoi se priver. Ils passent donc du rien au double.

…Sauf si vous anticipez aussi

Enfin double, pas tout à fait puisque IDFM ne souhaite pas étrangler les visiteurs qui ont déjà dû se saigner pour acheter les places pour les JO, réserver un hôtel ou un Airbnb à tarif spécial et le transport. « Le tarif à la journée sera inférieur au tarif habituel, 16 euros contre 20,60 euros à partir de 2024. Avec un prix dégressif d’un euro par jour », explique un cadre d’IDFM. Mais avec un tarif à la semaine de 70 euros au final, contre 30 euros en temps normal.

Surtout, selon IDFM, cette mesure est destinée à pousser les touristes, eux aussi, à anticiper leurs transports en réservant en ligne à l’avance pour « éviter de créer des queues interminables devant les distributeurs et des bouchons devant les guichets et tourniquets ». Une bonne nouvelle pour les usagers du quotidien et mais aussi pour les touristes qui paieront moins cher.

Pour s’en assurer, Paris 2024 assure même que de gros moyens de communication seront déployés pour informer les détenteurs de billets des moyens dont ils disposent pour anticiper leurs achats de titres de transport. Tout le monde est gagnant.

Mais alors qui va payer ?

Mais si les Franciliens ne paient pas plus cher, et que les touristes non plus… qui va payer le surcoût des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ? Les officiels ou accrédités ? Non, puisque pour eux, la gratuité a été maintenue.

C’est la grande confusion qui inquiète plusieurs élus, en premier lieu desquels Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis, département oh combien concerné par les Jeux qui a appris la nouvelle dans la presse. « Je suis abasourdi par cette mesure. Il y a pourtant des cadres de discussion pour cela, le conseil d’administration d’IDFM, le comité mobilité… Nous n’étions pas informés. »

Les élus demandent des garanties

Outre sa surprise, l’élu craint pour sa population : « Je demande des garanties pour les habitants de la Seine-Saint-Denis, et plus largement de la région, il n’est pas question que cette mesure ait un impact sur leur pouvoir d’achat. »

« Le père de famille qui veut emmener ses enfants au Parc Astérix, et non pas aux Jeux olympiques, il va payer combien ? Et l’étudiant qui n’a pas d’argent et qui trouve un boulot au milieu de l’été ? Tous les habitants n’ont pas la latitude financière pour prendre un pass mensuel ou annuel, mais pas non plus toujours pour anticiper l’achat de titres de transport. »

Même incompréhension pour David Belliard, adjoint de la maire de Paris en charge des transports et membre du conseil d’administration d’IDFM : « On veut faire payer 70 euros par semaine à des gens qui viennent de régions et dépensent déjà énormément ? Tout le message est là : on transforme les transports en produit de luxe. On nous a raconté la main sur le cœur que ces jeux seraient un grand événement populaire, mais ce ne seront que les jeux des “Happy few” (rares privilégiés en VF). »

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