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INFO « 20 Minutes »A Paris, le tri des déchets alimentaires des particuliers, c’est fini

Paris : Le « bac à compost » des particuliers va disparaître

INFO « 20 Minutes »Le taux d’usage des poubelles marron, ces poubelles de déchets alimentaires disponibles dans les 2e, 12e et 19e, arrondissements, « est famélique », selon Emmanuel Grégoire, le Premier adjoint
Un bac pour collecter les déchets alimentaires, en expérimentation dans le 19e arrondissement.
Un bac pour collecter les déchets alimentaires, en expérimentation dans le 19e arrondissement. - G. Novello / 20 Minutes
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

L'essentiel

  • Expérimentée à Paris dans trois arrondissements (2e, 12e et 19e) depuis 2017, la collecte des déchets alimentaires va être arrêtée par la mairie.
  • Trop coûteux pour une utilisation trop faible, selon la ville, qui compte à la place généraliser les poubelles de déchets alimentaires dans les Trilibs, des stations de tri disponibles dans les rues.
  • « Pour ma part je n’irai pas faire 200 m pour aller déposer mon compost » s’insurge un habitant qui reproche à la mairie de n’avoir « pas fait assez de publicité » sur le sujet.

C’est la fin d’une histoire qui n’a jamais décollé. La Ville de Paris va mettre fin en septembre prochain à la collecte des déchets alimentaires dans les résidences et habitations de trois arrondissements parisiens (2e, 12e et 19e), qui était en place depuis 2017, selon nos informations. L’expérimentation n’a selon la Mairie de Paris jamais trouvé son public. « Le taux d’usage est famélique, fait savoir Emmanuel Grégoire, le Premier adjoint. On ne peut pas faire tourner des camions à vide. Il y a un sujet d’optimisation de la dépense publique ».

La mairie a néanmoins l’obligation de trouver une solution de tri des biodéchets pour tous les habitants et habitantes d’ici au 1er janvier 2024, à la suite d'un texte européen et de la loi antigaspillage de 2020. A la place de le collecte individuelle, une quatrième boîte marron sera donc ajoutée aux 383 Trilib disponibles dans les rues de Paris. Ces boîtes sont mises à disposition des Parisiens et Parisiennes qui ne disposent pas de bac jaune ou blanc pour le tri, « le plus souvent faute de place », indique la mairie.

« A moins de trois minutes » à pied

Environ 500 nouveaux bacs à biodéchets seront disponibles dans les rues de Paris d'ici fin 2024, a annoncé jeudi la mairie. Ces bacs devront se trouver « à moins de trois minutes » à pied du domicile de « tous les Parisiens », a expliqué l'adjoint à la propreté Antoine Guillou jeudi en marge d'une présentation du dispositif à la presse.

Des boîtes pour les déchets alimentaires sont déjà en place dans certains marchés, qui ont permis, selon la mairie, de récolter 500 tonnes de biodéchets en 2021, contre 2.600 tonnes dans les résidences des trois arrondissements en test, la même année.

« Je n’irai pas faire 200 m pour aller déposer mon compost »

Ce changement de braquet désespère les habitués de la petite poubelle marron :

« C’est une ineptie. Cela va inciter les gens à ne pas le faire. C’est plus facile de descendre en bas de chez toi que de faire 100 ou 150 m. C’est sûr que ça peut apporter des désagréments si tu le laisses trop longtemps, j’ai déjà eu des petits moucherons à cause de ça, mais si tu le descends régulièrement, une fois tous les deux jours, ça arrive très peu. Pour ma part je n’irai pas faire 200 m pour aller déposer mon compost » s’insurge François Grenier-Godard, habitant du 19e qui trie depuis plus de deux ans. Il reproche à la mairie de n’avoir « pas fait assez de publicité » sur le sujet.

« C’est une énorme connerie. Si personne ne le fait quand c’est dans la résidence, personne ne va le faire à l’extérieur. Et ce sont des déchets compliqués à transporter, ça pue, les sacs compostables se cassent… Ils ne se sont pas interrogés sur les vraies raisons pour lesquelles ça ne marchait pas. En Italie, par exemple, on collecte les déchets qu’on ne trie pas qu’une fois par semaine, et les biodéchets par contre trois fois par semaine. Cela incite à trier les restes alimentaires, sinon les poubelles classiques débordent… La France est le seul pays à n’avoir pas compris ça », regrette Salvo Manzone, un habitant du 19e, par ailleurs membre du Conseil d’administration de Zéro Waste France. « C’est beaucoup moins motivant, ça ne va pas dans le bon sens », regrette aussi Giulietta, une voisine.

« C’est dommage pour ceux qui s’en servaient, il faut se déplacer plus loin, mais c’était un impératif pour unifier la collecte, explique Andréas Pilartz, adjoint à la propreté dans le 19e. 60% seulement des immeubles en sont dotés dans le 19e, on a rencontré beaucoup de problèmes auprès des gardiens, et la collecte est surdimensionée par rapport au tonnage récolté. » Mais l'élu assure se « battre » pour que certains immeubles qui participaient bien puissent garder la collecte, qui sera maintenue dans l'arrondissement jusqu'en juin.

Des déchets brûlés

Les déchets alimentaires représentent presque un tiers des ordures ménagères. Lorsqu’ils sont recyclés, ils sont transformés en terreau pour les agriculteurs ou en biogaz pour faire rouler les bus et les camions à benne de la Ville de Paris. Non triés, ils sont brûlés.

Selon Alexandra Gentric, coordinatrice nationale gestion des biodéchets à l’Ademe, seulement un petit quart de la population française aura une solution déployée par une collectivité à l’échéance du 1er janvier 2024. Mais pour les autres collectivités, aucune sanction n’est actuellement prévue.

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