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SOLIDELe musée du jeu vidéo en Seine-et-Marne profitera-t-il de l’effet Disney ?

Le musée du jeu vidéo à Bussy-Saint-Georges pour 2026 va-t-il bénéficier de l’effet Disney ?

SOLIDESituée à dix minutes en voiture du parc d’attractions, Bussy-Saint-Georges a de multiples atouts pour enfin réussir à installer dans la durée un musée du jeu vidéo en France
Un musée du jeu vidéo doit s'installer en 2026, à 10 minutes à peine de Disneyland Paris, sur la commune de Bussy-Saint-Georges.
Un musée du jeu vidéo doit s'installer en 2026, à 10 minutes à peine de Disneyland Paris, sur la commune de Bussy-Saint-Georges. - IAN LANGSDON  / AFP
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • La municipalité de Bussy-Saint-Georges se réjouit de l’arrivée du « Projet Odyssée », un musée du jeu vidéo, sur son territoire en 2026.
  • La proximité de la ville avec Disneyland Paris est considérée comme un atout stratégique pour attirer les visiteurs et les fans de divertissement.
  • Le choix de Bussy-Saint-Georges, en grande couronne parisienne, s’explique par le coût du foncier et la proximité avec un écosystème ludique important.

«Être presque collé à Disney est une chance pour nous, c’est clair », assume Fabien Goupilleau, conseiller municipal délégué aux jeux vidéo, à l’e-sport et à la communication digitale de Bussy-Saint-Georges. Aux côtés du youtubeur Tev et du collectionneur Ludovic Charles, la municipalité de Seine-et-Marne, située à une grosse trentaine de kilomètres du cœur de la capitale, se réjouit de l’arrivée du projet sur son territoire en 2026.

Avec une campagne de financement qui affiche plus de 2,2 millions d’euros ce jeudi, le « Projet Odyssée » a même reçu l’attention du président de la République. Dans un message vidéo diffusé sur la chaîne Twitch de Tev, « Ici Japon », Emmanuel Macron s’est enthousiasmé. « Je voulais simplement vous apporter mon soutien et mon haut patronage à votre projet de musée du jeu vidéo, un musée actif, une cité vivante ».

Située sur la branche est du RER A, à deux stations de Disneyland Paris et une de la Vallée Village, la situation de Bussy-Saint-Georges pourrait être vraiment stratégique pour attirer les visiteurs hors de Paris intra-muros, et diriger les fans de divertissement. « La proximité avec Disney laisse sans doute espérer aux promoteurs que le musée pourrait attirer une clientèle au-delà des frontières franciliennes », analyse Laurent Chalard, docteur en géographie et consultant en aménagement du territoire.

Une passion commune

« On attend 100.000 personnes par an dans nos projections, annonce Fabien Goupilleau. Donc oui, on espère attirer des visiteurs hors Île-de-France, et même des touristes venus de pays francophones comme la Belgique ou le Luxembourg ». Sûr de son coup, l’élu municipal raconte comment ce partenariat a pris forme.

« « On ne peut pas vraiment parler de candidature. Je suis, à titre personnel, abonné à la chaîne de Tev et dès le 1er février, jour où il a publié sa vidéo pour annoncer le projet et préciser qu’il cherchait un lieu, j’ai immédiatement pensé à notre projet de pôle ludique, qui était alors en phase de concours. J’ai tout de suite appelé le maire pour qu’on chamboule nos plans et qu’on intègre ce projet de musée du jeu vidéo dans le dossier. Alors que j’imaginais des dizaines et des dizaines de mails de candidature – Tev a quand même un million d’abonnés –, il m’a répondu le lendemain et en quarante-huit heures, c’était acté ! » »

A Bussy-Saint-Georges, la mairie a décidé il y a plusieurs années déjà de développer un pôle ludique, avec notamment une Game Arena, une salle de spectacle orientée e-sport et jeux vidéo de 1.500 places. « Elle pourra accueillir également concerts, pièces de théâtre, conférences, mais ce sera une des premières salles de France avec la labellisation e-sport ready », précise Fabien Goupilleau. Intégrer le « plus grand musée du jeu vidéo du monde » semblait donc une évidence. « C’est une façon d’enrichir notre offre pour que les visiteurs passent la journée entière sur le site », ajoute-t-il.

Pourquoi s’installer en grande couronne ?

Pour Laurent Chalard, les raisons d’une installation si loin du centre de Paris sont multiples. Mais la principale est, pour lui, le coût du foncier. « En général, pour les projets culturels qui ne bénéficient pas d’un financement des gros groupes comme celui de Bernard Arnault ou François Pinault, c’est difficile de dégager les moyens financiers pour s’implanter au cœur de la capitale. On va donc rechercher des terrains peu chers urbanisables qui se trouvent en grande couronne, et particulièrement dans les villes nouvelles ». Bingo ! Bussy-Saint-Georges, encore presque un village en 1990 avec ses 1.500 habitants, compte plus de 30.000 habitants, et a pour objectif la barre de 40.000 en 2030 et 50.000 en 2050.

Construite au bord de l’autoroute A4, dans la partie orientale de Marne-la-Vallée, elle est à proximité d’un écosystème ludique important. « D’abord, il y a eu la création de Disneyland Paris en 1992, puis celle de la Vallée village avec ses magasins de marque, et enfin les Villages Nature Tourisme en 2017, rachetés par Centerparcs en 2022, énumère Laurent Chalard. Ce qui a fait évoluer le temps de séjour des visiteurs d’un ou deux jours pour visiter le parc d’attractions à une semaine voire plus pour profiter de ce territoire ». Il ajoute que Bussy-Saint-Georges « a la plus forte concentration de population d’origine asiatique, plutôt sino-vietnamienne, mais c’est la même sphère culturelle que le Japon ». Ce qui valide aussi le projet de village japonais prévu par Tev, « pour aider financièrement le musée puisqu’il est très compliqué de faire vivre un musée sur le long terme. Sans aide de l’état ou donations des fondations, il faut trouver d’autres sources de revenus », complète Fabien Goupilleau.

Des atouts non négligeables

Ainsi, Bussy-Saint-Georges a de nombreux atouts et compte sur ce projet pour bénéficier de retombées financières. « C’est une commune de classe moyenne, sans problème particulier, mais son centre-ville n’a pas pris. On est dans une ville nouvelle, et on parle déjà de refaire le centre-ville alors qu’il n’est vraiment pas vieux !, note Laurent Chalard. Pour l’heure, elle souffre clairement de la concurrence commerciale de Val d’Europe tout proche, les habitants prennent leur voiture et y ont accès en dix minutes ».

Fabien Goupilleau ne s’en cache d’ailleurs pas. « On a un tissu associatif sportif et culturel mais on manque d’espaces ludiques privés. L’occasion était trop belle. Et puis, en n’étant à même pas dix minutes du plus grand parc d’attractions européen, on espère que les visiteurs vont se dire "pourquoi ne pas s’arrêter au musée du jeu vidéo sur le retour ?" ». « Il faut voir à quoi va ressembler cet espace, complète Laurent Chalard. Les jeux vidéo intéressent enfants et ados, mais aussi une population qui a 30-40 ans, souvent issue de la masse de la classe moyenne. Mais avec de tels projets, on n’est jamais sûrs que la sauce prendra ». Ce ne sont pas les tentatives à Schiltigheim du Pixel Muséum, qui a tenu trois ans, ou du musée du jeu vidéo de l’Arche de la Défense, ouvert seulement dix jours en 2010, qui diront le contraire.

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