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MobilitéUn jour Paris sans voiture ? Oui, mais à certaines conditions

Un jour, Paris sans voiture ? Oui, mais à certaines conditions

MobilitéCe qui semble une perspective inévitable ne sera rendu possible que par une volonté politique forte et surtout la mise en place des conditions nécessaires selon les spécialistes interrogés
Piste cyclable à Paris (illustration).
Piste cyclable à Paris (illustration). - Philippe Dannic/SIPA / SIPA
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • David Belliard, adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la transformation de l’espace public, des transports et des mobilités, proposait au mois de septembre dernier un « Paris sans voiture » pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Une idée improbable, mais envisageable à plus longue échéance.
  • 20 Minutes s’est posé la question de la faisabilité d’une capitale sans voiture à moyen ou long terme. Pour y répondre, nous avons interrogé Sylvain Grisot, urbaniste spécialisé sur la question.
  • Selon lui, si la fin de l’hégémonie de l’automobile semble inéluctable, il faut, pour transformer la ville qui détient déjà les atouts nécessaires, des alternatives et une volonté politique concrète.

C’est le fantasme des écologistes et le cauchemar de leurs opposants. À la fin du mois de septembre dernier, David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public, des transports et des mobilités proposait un « Paris sans voiture » pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Une mesure « irréaliste » pour une partie du Conseil de Paris.

Si l’échéance s’avère très (trop ?) proche, l’idée d’une capitale sans voiture commence à faire son chemin et 20 Minutes s’est posé la question de la faisabilité d’une telle mesure. Possible, illusoire, inévitable… Une capitale qui vivrait sans le ronronnement des moteurs pourrait ne pas être qu’un doux rêve. Explications.

La voiture occupe une place considérable dans Paris

« Paris a vécu des siècles sans voitures, le tournant s’est fait au cours des années 1970 », explique Sylvain Grisot, urbaniste et auteur de livre « Manifeste pour un urbanisme circulaire ». Selon le spécialiste, si la voiture est aussi présente dans la capitale, c’est en raison d’un choix politique qui a placé la voiture au centre de la ville : « La voiture a été le choix de la facilité, c’est le couteau suisse de la mobilité par excellence, avec elle, tout est accessible. »

Aussi, depuis près de cinquante ans, le cœur du développement urbain a battu au rythme de l’automobile. Extension des voies, créations de parkings, aménagement de la voirie… « L’étalement ne posait pas de problème, et l’emplacement des points stratégiques ne posait pas question », ajoute Sylvain Grisot.

Si bien qu’aujourd’hui, la voiture occupe une place considérable dans l’espace urbain. Plus de 50 % selon David Belliard. Un chiffre abondé par Sylvain Grisot : « Il faut ajouter à la voirie existante le stationnement. Entre les places de parking à l’air libre et les parkings privés… Tout cela pour des véhicules qui sont inactifs 95 % du temps. Avec les nuisances importantes qui vont avec, le bruit, la pollution… La voiture est le moyen de transport le moins efficace en énergie et en espace. »

Transports en commun, vélos électriques… Les solutions existent

Une ère bientôt révolue selon l’urbaniste. Car si beaucoup voient dans la fin du pétrole l’avènement des énergies alternatives (hydrogène, électrique,…), Sylvain Grisot, lui, y voit la fin de l’hégémonie de la bagnole : « Je ne suis pas sûr que la voiture électrique soit l’avenir de la mobilité, en ville du moins, nous ne sommes pas sûrs d’avoir la production d’énergie verte nécessaire et des batteries qui vont avec. Pour des dizaines d’années, la voiture électrique devrait rester assez sélective. »

Pas forcément un problème pour Paris qui dispose des atouts nécessaires pour se passer de l’automobile. « Paris est un cas à part dans les grandes villes, dans le sens de l’effacement de la voiture. Un réseau de transports hors du commun, un réseau de mobilités douces important et en expansion, et, il ne faut pas l’oublier, une petite taille qui privilégie le moyen de transport le plus important à Paris : La marche. »

Mais l’adjoint d’Anne Hidalgo comme l’urbaniste s’accordent sur un point : le changement ne se fait pas naturellement. « Paris n’a pas été créée pour la voiture à l’origine. Comme elle a été adaptée à la voiture, il est possible de la réinventer », explique David Belliard. Une vision sur laquelle s’accorde Sylvain Grisot, à une condition près : « Cela ne se fait pas du jour au lendemain, il faut des freins à l’utilisation de l’automobile, mais surtout, des alternatives. »

Limiter la place de la voiture et favoriser les alternatives

Pour les freins, Sylvain Grisot suggère la création de quartiers » fermés » : « Un seul point d’entrée et de sortie. Ainsi, on peut accéder au quartier et y circuler, mais on ne peut pas le traverser. » À cette idée, l’urbaniste ajoute la limitation de la vitesse à 30 km/h comme c’est le cas dans la plupart des zones de Paris, mais avec l’utilisation massive de radars pour s’assurer de son application.

De la même manière, la suppression progressive des places de stationnement découragerait l’utilisation des voitures : « À Amsterdam récemment, par exemple, quand les habitants déménageaient, on supprimait leurs places de stationnement. Ce n’était pas une perte pour les nouveaux arrivants, mais un gain pour la ville. » Les intervenants interrogés n’oublient toutefois pas l’importance de garder une place pour les transports importants comme les secours, les livraisons pour les commerces ou les déplacements des personnes à mobilité réduite (PMR)

Pour les alternatives, outre les transports en commun qui continuent de se développer dans la capitale et son agglomération, selon Sylvain Grisot, l’espoir réside beaucoup dans le vélo électrique : « Il est efficace au niveau énergétique, prend très peu de place dans l’espace public et surtout convertit des gens qui pourraient ne pas être ouverts au vélo, comme les seniors ou les personnes moins sportives. »

Tous les critères sont réunis… ou presque

Si le vélo est un point central du développement de Paris sans voiture, Sylvain Grisot rappelle que l’encourager ne suffit pas : « Paris est dans une phase intermédiaire. On trouve les alternatives, mais pas encore les infrastructures adaptées. Mélanger des poids lourds et des vélos, ça ne peut pas bien se passer. En mêlant les vélos à la circulation, on multiplie les risques sur la route. il faut également former les usagers à la circulation comme le fait de lever la main pour dire qu’on ralentit, etc. Cela passe par l’éducation à l’école et en entreprise comme cela se fait aux Etats-Unis. »

Mais si Paris regroupe tous les critères pour devenir une ville sans voiture, elle ne peut le faire seule. « On ne peut transformer ainsi une ville sans y intégrer l’ensemble de la métropole », explique Sylvain Grisot. Car oui, si Paris semble se suffire à elle-même, elle vit aussi grâce aux millions de « banlieusards » qui tous les jours viennent y travailler et la faire vivre. Des habitants hors Paris qui, pour beaucoup, privilégient la voiture, parce que leur trajet quotidien est long, pénible et/ou inaccessible en transport.

« Pour encourager toute la région, nous devons miser sur l’intermodalité, et l’encourager, confie David Belliard. D’où qu’il vienne, un habitant de la région parisienne doit pouvoir arriver à Paris en train, puis trouver le métro ou le bus qui le mènera à son lieu de travail, ou éventuellement finir son trajet à vélo. »

Une culture à s’approprier

Une solution envisagée par Sylvain Grisot qui cite les pays nordiques en exemple : « C’est une culture à s’approprier. Il est normal pour un travailleur d’avoir deux vélos dans ces pays. Un pour se rendre de son domicile à la gare, et un autre pour se rendre de la gare d’arrivée à son travail. » Mais pour cela, il faut la création de parking à vélos dédiés et surveillés.

Pour l’élu comme pour l’urbaniste, un Paris sans voiture (ou presque) ne relève pas de l’utopie, mais d’une volonté politique et surtout de la mise en place des conditions sine qua non à sa réalisation. Réponse en 2050 ?

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