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TRAVAUXL’amphithéâtre de la discorde entre Polytechnique et LVMH dans le 5e

Paris : Y a-t-il encore une épine dans le pied de la célèbre école Polytechnique ?

TRAVAUXLe groupe LVMH a débuté un chantier gigantesque sur le site de l’ancienne école Polytechnique dans le 5e arrondissement de Paris pour y construire un centre de conférence pour l’X, qui n’est pas au goût de tous
Le bâtiment de l'école Polytechnique dans le 5e arrondissement de Paris est en travaux, le 26 septembre 2023.
Le bâtiment de l'école Polytechnique dans le 5e arrondissement de Paris est en travaux, le 26 septembre 2023. - L. Gamaury/20 Minutes / 20 Minutes
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • Alors que les étudiants de Polytechnique ont fait leur rentrée sur le campus de Palaiseau, la question de la gouvernance de l’école est au cœur des préoccupations.
  • Depuis le 17 septembre, l’X n’a plus ni président, ni conseil d’administration, alors que patientent plusieurs dossiers qui divisent, et notamment celui de la rénovation de la « Boîte à claque » par LVMH, dans le 5e arrondissement de Paris.
  • « On parle de creuser en sous-sol un immense amphithéâtre d’au moins 500 places et de recouvrir la cour historique du bâtiment d’une verrière pour en faire un centre de conférence de luxe », s’exclame un représentant de « Polytechnique n’est pas à vendre ».

«Une convention un peu baroque entre LVMH et Polytechnique pour la rénovation des bâtiments du 5e arrondissement à Paris ». Au détour d’une conversation avec Me Guillaume Hannotin, conseil du collectif « Polytechnique n’est pas à vendre » sur un autre lieu emblématique du Paris historique, les cours de tennis du jardin du Luxembourg, la formulation interpelle. Que se passe-t-il donc rue Descartes, ex-siège historique de l’X, dont la majorité du campus a déménagé à Palaiseau en 1976 ?

En cette période de rentrée scolaire, la très célèbre école d’ingénieurs française, dont une partie des anciens et actuels étudiants s’est battue ces dernières années pour empêcher l’installation à même le campus de Saclay d’un pôle de recherche Nouvelles énergies et électricité TotalEnergies ou du centre de recherches sur le luxe durable LVMH, a encore plusieurs dossiers à traiter, dont celui de la « Boîte à claque » et… de sa gouvernance. « A l’heure actuelle, il n’y a personne à la tête de Polytechnique, pas de conseil d’administration non plus. Et aucun intérim n’a été nommé alors que cela commence à faire plusieurs jours que la présidence est vacante. On imagine que des décrets d’intérim vont rapidement être publiés. », s’inquiète un représentant de « Polytechnique n’est pas à vendre ».

Une gouvernance à redéfinir

« On est dans une situation extrêmement baroque, de stand-by », ajoute-t-il. Baroque décidément, le terme semble être à la mode pour qualifier l’X, alors même que l’école d’ingénieurs française renvoie plutôt une image d’austérité au grand public. La faute à LVMH ? Le groupe de luxe, dirigé par Bernard Arnault, lui-même ancien polytechnicien, se défend de toute influence sur l’établissement public et assure n’agir qu’en tant que mécène sur le chantier de la « boîte à claques ». « Il est attaché aux bâtiments, au lieu », précise LVMH, qui assure que cette rénovation a été décidée « par pure philanthropie. Bernard Arnault a un lien particulier à l’X et le choix de ce chantier vient aussi de ce sentiment d’attachement personnel ». Un chantier estimé en 2019 à 30 millions d’euros. Soit.

Le bâtiment de l'école Polytechnique dans le 5e arrondissement de Paris est en travaux, le 26 septembre 2023.
Le bâtiment de l'école Polytechnique dans le 5e arrondissement de Paris est en travaux, le 26 septembre 2023. - L. Gamaury/20 Minutes

Après cinq ans de gouvernance et un seul mandat, Eric Labaye, le président sortant, qui a fait une grosse partie de sa carrière chez McKinsey, a choisi de ne pas se présenter à sa succession. Son mandat a pris fin le 17 septembre. « En 2018, j’ai décidé de venir à l’École polytechnique pour en faire un leader mondial. Des pas significatifs ont été accomplis (…) » Mais il regrette qu’un « rôle business/enseignement supérieur, en France, soit impossible, alors que ces liens sont favorisés à l’étranger », déclarait-il à l’agence AEF en juin. Les fiascos des projets avec TotalEnergies, décidé du temps de son prédécesseur, et LVMH sur le campus de Palaiseau ont-ils eu raison de l’envie d’Eric Labaye ? Il assure que non. « Mais ça a bien du peser un peu dans la balance même si plusieurs facteurs sont sans doute entrés en jeu, analyse le représentant du collectif « Polytechnique n’est pas à vendre ». Ils ont en tout cas décidé l’Etat à revoir le système de gouvernance, c’est évident. » Mais dans cette période « d’intérim long », quid du dossier de rénovation de la « Boîte à claque » ?

Un projet controversé dans le 5e

Pour LVMH, cette mutation dans la gouvernance n’est pas une inquiétude.

« Le projet est lancé depuis un moment, le chantier avance et qui pourrait remettre en cause la création d’un centre de conférence pour l’X, qui soit à la hauteur de sa renommée internationale et de son prestige, au cœur même de Paris, dans un quartier dynamique, derrière le Panthéon ? » »

Présenté ainsi, pas grand monde. Et pourtant, le collectif d’actuels et d’anciens élèves est particulièrement vigilant, lui qui parle d’un « immense imbroglio » autour de ce chantier, et assure qu’il est « à l’arrêt après une phase de travaux préparatoires en 2021, qui a vu le jardin à l’arrière totalement rasé ».

« On parle de creuser en sous-sol un immense amphithéâtre d’au moins 500 places et de recouvrir la cour historique du bâtiment d’une verrière pour en faire un centre de conférence de luxe, présente un représentant de « Polytechnique n’est pas à vendre ». Or, ce projet pose des questions écologiques majeures en plus d’avoir donné les clés du projet à LVMH sans garantie ni obligation ». Ce que Me Hannotin traduit par : « Il (Bernard Arnault) a les moyens de dépenser de l’argent pour le bien commun, même si ça a un petit air d’appropriation ».

Faire de la « Boîte à claque » un clinquant centre de conférences

Car se pose encore et toujours la question des partenariats publics-privés, serpent de mer très français, qui peine à trouver sa place. Ce qui explique aussi que la genèse de ce chantier date de… 2013, et qu’aucune date de fin n’ait pour l’instant été communiquée. « Ce n’est pas un chantier urgent. Mi-septembre, après une période plus tranquille cet été, les travaux ont repris, notamment sur la toiture. Tout avance bien. Ce qui a pris beaucoup de temps, c’est la phase d’étude et de curage du bâtiment. Il a fallu désamianter et dépolluer pas mal de choses sur un bâtiment vétuste », expose LVMH. Et puis, désamorcer les polémiques et suivre les recours juridiques. D’ailleurs, l’un d’eux est venu du Conseil de Paris où une motion a été déposée en octobre par l’élu écologiste Émile Meunier, pour suspendre les travaux et mettre en place un audit. Mais pour l’heure, la majorité municipale n’a pas donné suite à ce vœu.

« Peut-on arrêter de penser que LVMH va se servir d’un amphithéâtre sous-terrain pour y organiser des défilés et comparer le projet de rénovation de la "Boîte à claque" avec celui de la fondation Louis-Vuitton qui est un objet culturel du groupe », s’agace-t-on en coulisses dans le groupe de luxe. « On espère que cette nouvelle gouvernance saura tenir compte de nos inquiétudes et de nos recommandations, notamment concernant le chantier du 5e arrondissement mais aussi sur le campus de Saclay et son projet de parc d’innovation, actuellement au point mort. Et peut-être préciser le projet de rénovation du bâtiment principal sur le site de Palaiseau, qui doit débuter après les Jeux. », note le collectif « Polytechnique n’est pas à vendre », qui sans parler d’une pause sur le front des dossiers brûlants, sait que les projets fonciers de Polytechnique pourraient marquer le pas en 2024. Comme un goût de trêve olympique, qui ne dit pas son nom.

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