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REGRESSIONLes bébés meurent plus en France, et particulièrement en Ile-de-France

Les bébés meurent plus en France, et particulièrement en Ile-de-France

REGRESSIONPrès de quatre enfants franciliens sur mille meurent avant de fêter leur premier anniversaire, et ce chiffre est en augmentation depuis 2012
Un bébé (illustration)
Un bébé (illustration) - M.LIBERT  / 20 MINUTES
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

L'essentiel

  • Entre 2000 et 2020, plus de 13.000 enfants de moins d’un an sont morts, dont près de la moitié dans la première semaine de vie.
  • La mortalité infantile a augmenté partout en France, mais particulièrement en Ile-de-France, selon une étude de l’Observatoire régional de santé.
  • L’augmentation de l’âge des femmes au premier accouchement, du diabète et de la précarité font partie des facteurs qui expliquent cette augmentation locale, mais les causes restent à explorer de manière scientifique, expliquent des chercheurs et chercheuses à 20 Minutes.

C’est un triste constat de régression. Depuis une dizaine d’années, la mortalité infantile a augmenté en France, et particulièrement en Ile-de-France. Cela augmente partout mais « l’augmentation de ce taux semble plus marquée en Île-de-France qu’au niveau national », écrit L’Observatoire régional de santé, l’ORS, dans une étude parue en juin. Concrètement, le taux de mortalité infantile (TMI) moyen est estimé à 3,95 décès pour 1.000 naissances vivantes au cours des 19 dernières années en Île-de-France contre 3,63 pour mille en France métropolitaine.

La situation n’est certes pas la même selon les territoires, qui ont leur propre histoire. La Seine-Saint-Denis connaît une mortalité infantile bien plus élevée (autour de 5 pour mille) que tous les autres départements, tandis que les Hauts-de-Seine et la Seine-et-Marne ne connaissent aucune augmentation.

La France a régressé de la 5e à la 18e place

Au total, en Île-de-France, entre 2000 et 2020, ce sont plus de 13.400 décès qui ont été comptabilisés chez les moins d’un an, dont près de la moitié (47,8 %) dans la première semaine de vie. Et c’est notamment dans cette tranche d’âge là, qu’on appelle mortalité néonatale précoce, qu’on enregistre la plus vive augmentation (en moyenne, de 2,52 % par an). « L’Île-de-France présente la plus forte mortalité des 0-6 jours du pays depuis 2012 », écrit l’ORS. Les enfants âgés de 7 à 27 jours meurent aussi très légèrement plus, mais de manière moins significative, tandis que la mortalité dite post-néonatale (28-365 jours) recule.

Ce signal d’alarme est d’autant plus inquiétant que la mortalité infantile continue de baisser dans la plupart des autres pays européens, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Alors que la France était située en 5e position des pays de l’OCDE en la matière, elle a reculé progressivement, pour être désormais au 18e rang.

Pauvreté et malbouffe augmentent

Les explications de cette augmentation sont multiples. Il y a d’abord des facteurs économiques et sociétaux, comme l’augmentation du diabète, de l’obésité maternelle, liée à la malbouffe. Mais aussi l’augmentation de la pauvreté, qui amène un plus grand nombre de personnes à moins prendre soin d’elles, et de leur grossesse. « Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne s’améliore pas sur le champ de la précarité » lâche à 20 Minutes Maylis Telle-Lamberton, épidémiologiste à l’ORS. Son observatoire a publié un vaste diagnostic régional de la santé des Franciliens, qui montre une tendance à l’augmentation de l’obésité massive.

Les femmes aussi accouchent de leur premier enfant de plus en plus tard, et particulièrement en Ile-de-France. « La santé périnatale est marquée par une augmentation de l’âge des femmes au premier accouchement, de la morbidité gravidique (diabète gestationnel et hypertension) ainsi que du pourcentage de personnes couvertes par l’aide médicale d’état. Ces augmentations sont probablement pour partie responsables d’indicateurs de santé périnatale plus défavorables en Île-de-France qu’ailleurs » écrit l’ORS dans son diagnostic.

Des hypothèses qui mériteraient d’être creusées

Enfin d’autres facteurs plutôt liés à l’évolution du système de santé, pressurisé, ou de la médecine entrent en compte, comme les progrès de la réanimation néonatale, qui pourrait « encourager des réanimations des nouveau-nés très fragiles et peu viables », « ce qui peut augmenter artificiellement la mortalité néonatale précoce », explique l’ORS. « A un moment on s’est demandé si on ne laissait pas les enfants qui avaient une malformation congénitale naître, pour qu’ils puissent avoir des funérailles, ce qui n’est pas possible s’ils sont déclarés morts avant », explique le professeur Martin Chalumeau, pédiatre à l’hôpital Necker, chercheur à l’Inserm et coauteur d’une étude remarquée sur le sujet de la mortalité infantile l’an dernier, qui constitue le point de départ de l’étude de l’ORS.

Mais toutes ces explications ne sont que des hypothèses, qui mériteraient d’être creusées en profondeur, estime le professeur, qui juge que « la France ne se donne pas les moyens d’explorer l’origine de cette mortalité ». Il plaide pour plus de données sur les actes de décès : « On a le sexe, la date de naissance et la date de décès mais on ne sait pas l’origine géographique, si la maman est migrante, si elle a des pathologies pendant la grossesse, le niveau de revenus, le niveau d’éducation, s’il y avait une malformation congénitale grave… » Une évolution du certificat de décès néonatal doit faire prochainement l’objet d’un arrêté.

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