règlements de comptes au palais de justice

William Molinié

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La juge Isabelle Prévost-Desprez.
La juge Isabelle Prévost-Desprez. — IBO / SIPA

Elle contre-attaque. Dans un livre à paraître demain (lire encadré), la présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), Isabelle Prévost-Desprez, met directement en cause Philippe Courroye, le procureur de la République, réputé proche de Nicolas Sarkozy. « On m'a placée sous surveillance […]. Lors des audiences que je présidais, je voyais désormais un membre du parquet s'installer dans la salle sans autre motif apparent que de venir écouter », écrit la magistrate spécialisée dans les dossiers politico-financiers.

Décisions opposées au procureur
Cela fait plusieurs mois, déjà, que les tensions entre les magistrats du siège et du parquet se font sentir dans ce tribunal. Tout aurait débuté au procès du compte bancaire piraté de Nicolas Sarkozy, en juillet dernier. Isabelle Prévost-Desprez avait pris une position opposée à celle du parquet de Nanterre. Rebelote dans l'affaire Liliane Bettencourt. Dans celle concernant l'ancien maire d'Asnières, un autre proche du président de la République, cité dans une affaire de trafic d'influence, le procureur lui a reproché vertement d'avoir pris contact directement avec les parties civiles. « Pour avoir rendu […] des décisions qui ont apparemment déplu en haut lieu, je me suis retrouvée de nouveau attaquée », dénonce-t-elle. Contacté hier, Philippe Courroye, n'a pas souhaité se prononcer avant d'avoir lu l'ouvrage.

Nanterre, « chasse-gardée » de l'état

Dans son livre, « Une juge à abattre », Isabelle Prévost-Desprez dénonce les actions du parquet : « Le tribunal de Nanterre [...] fut aussi un laboratoire grandeur nature de ce que pouvait être la justice de demain. [...] L'objectif était simple : faire valider par le tribunal des procédures cousues main par le parquet », écrit-elle. 245 pages, éditions Fayard, 16 €.