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JUSTICELe grand hôpital Paris-Nord à Saint-Ouen verra-t-il le jour ?

L'hôpital Grand Paris-Nord à Saint-Ouen verra-t-il le jour ?

JUSTICEAlors que la déclaration d’utilité publique du futur hôpital Paris-Nord à Saint-Ouen a été annulée par le tribunal administratif de Montreuil lundi, le projet qui devait sortir de terre en 2028, a sérieusement du plomb dans l’aile
Juste avant la fin de son mandat, François Hollande avait inauguré le site du futur campus du Grand Paris-Nord.
Juste avant la fin de son mandat, François Hollande avait inauguré le site du futur campus du Grand Paris-Nord. - GONZALO FUENTES / POOL / AFP / AFP
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • Alors que les travaux de démolition ont commencé sur le site de l'ex-usine PSA Peugeot Citroën à Saint-Ouen, le tribunal de Montreuil a annulé la déclaration d’utilité publique du projet de l'Hôpital Grand Paris-Nord, qui devait se construire à cet endroit.
  • La justice a assuré que ce nouvel établissement, censé remplacé les hôpitaux Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris et Beaujon à Clichy, aboutirait à une « diminution non compensée de l’offre de soins ».
  • « C’est ce qu’on dit depuis le début, éructe Denis Vemclefs, membre du collectif « Pas ça, pas là, pas comme ça » contre le projet de l'Hôpital Grand Paris-Nord et élu d'opposition à la mairie de Saint-Ouen. Il y a une réelle baisse de l’offre de soins pour les populations de nos territoires, sachant qu’elles sont déjà fragilisées, paupérisées, avec des difficultés sociales ».

«Nous n’avons jamais été contre un nouvel hôpital, on était contre ce projet-là », souffle, soulagé, Denis Vemclefs, membre du collectif « Pas ça, pas là, pas comme ça » contre le projet de l'Hôpital Grand Paris-Nord. « Un hôpital en plus, pas un en moins comme le propose l’AP-HP », complète celui qui est aussi habitant et élu municipal d’opposition de Saint-Ouen. La décision du tribunal administratif de Montreuil annoncée lundi est une première victoire en ce sens : la justice a annulé la déclaration d’utilité publique en raison d’une « diminution non compensée de l’offre de soins ». « C’est la raison sur laquelle tout le monde, personnels soignants, syndicats hospitaliers, élus, riverains et habitants, se rejoint, elle est centrale, mais elle n’est pas la seule à rendre ce projet aberrant »;

Pour rappel, ce projet, lancé en 2013, avec un budget estimé à 1,3 milliard d’euros, doit aboutir à la construction d’un campus hospitalo-universitaire à l’horizon 2028. Il est prévu sur le site de plus de sept hectares de l’ancienne usine PSA Peugeot Citroën dans la ville de Saint-Ouen, qui a été vendu par Stellantis à l’AP-HP en 2021. Baptisé Hôpital Grand Paris-Nord, il doit normalement remplacer les hôpitaux Bichat, situé dans le 18e arrondissement de Paris, ainsi que Beaujon à Clichy, et permettre d’accueillir des activités de recherche et d’enseignement. Sauf que le compte n’y est pas : selon le tribunal de Montreuil, « l’opération conduisait à diminuer, à périmètre constant, le nombre de lits d’hospitalisation de 1.131 à 941, le nombre de places en ambulatoire de 207 à 173 et le nombre de naissances pouvant être accueillies de 3.238 à 2.000 », a-t-il indiqué.

Une offre de soins dégradée

« C’est ce qu’on dit depuis le début, éructe Denis Vemclefs. Il y a une réelle baisse de l’offre de soins pour les populations de nos territoires, sachant qu’elles sont déjà fragilisées, paupérisées, avec des difficultés sociales. On l’a vu pendant la crise Covid : alors qu’on est le département le plus jeune de France, nous avons enregistré la plus forte surmortalité pendant la première vague du printemps 2020 ». Du côté de l’AP-HP, le curseur a été placé sur la qualité : modernisation des infrastructures, synergies, bilan environnemental amélioré et des dispositifs comme des lits hôteliers ou une amélioration du taux de rotation en ambulatoire. Peu convaincant pour la justice administrative qui a considéré que « les inconvénients de l’opération l’emportaient sur ses avantages ».

« Notre proposition de base tablait sur une rénovation et une extension de l’hôpital Bichat, puisqu’il reste du foncier disponible autour de l’établissement, une rénovation de Beaujon et la construction en Seine-Saint-Denis d’un nouvel hôpital de taille moyenne, d’environ 500 places, énumère encore Denis Vemclefs. Le tout dans un rayon de deux kilomètres, donc sans réelle incidence sur l’éloignement des services ». Les opposants au projet avaient aussi demandé l’inversion des sites entre l’hôpital et l’université pour permettre aux futurs patients d’arriver sur le boulevard Victor Hugo, via le RER C et la ligne 14, dans une station accessible aux personnes à mobilité réduite. « Mais l’AP-HP s’est entêtée à n’écouter personne », commente l’élu.

Déjà plusieurs alertes avant cette décision

L’Assistance publique des hôpitaux de Paris avait déjà connu de premières alertes. Dans un avis rendu en 2021, l’Autorité environnementale invitait l’AP-HP à revoir son projet, en pointant notamment des problèmes d’accessibilité, de nuisances sonores et des lacunes dans l’étude d’impact, « muette sur les émissions de gaz à effet de serre liées au projet, en phase construction et en phase opérationnelle », soulignait-elle alors. Le projet en l’état installerait le campus hospitalier sur la ligne 13, une ligne déjà largement saturée et pour laquelle l’accès PMR n’est pas évident. Cette revendication supplémentaire, plutôt portée par les riverains que par le personnel soignant, n’a pas non plus été prise en compte. « Installer cet hôpital en plein cœur de ville, déjà bien saturé niveau circulation, est complètement inadapté et inapproprié », assure l’élu d’opposition à la mairie de Saint-Ouen.

« Cette décision de justice est une première victoire, une vraie satisfaction car le tribunal administratif nous donne raison sur le fond. Il y a des problèmes de procédure mais ce n’est pas ce que l’on retient en premier : pour le tribunal, l’AP-HP prévoit bien de réduire l’offre de soin et le droit à la santé pour les habitants de nos territoires », résume Denis Vemclefs. Pour l’heure, les travaux de démolition ont commencé sur le site de l’ancienne usine, « les nuisances sonores pour les riverains et les habitants aussi », ajoute l’élu.

De son côté, l’AP-HP a déjà annoncé dans un communiqué son intention de faire appel du jugement auprès de la cour administrative d’appel de Paris, s’étonnant d’un « raisonnement à la fois inattendu et contestable » de la justice. L’Hôpital Paris-Nord n’a pas fini de diviser.


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