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AménagementLes élus parisiens mettent la pression pour une place du Louvre végétalisée

Paris : Les élus mettent la pression pour une place du Louvre végétalisée, sans restaurant(s) de luxe

AménagementL’exécutif va soumettre au vote du Conseil de Paris un texte demandant pour la place du Louvre « un projet public commun ambitieux », comprenant de la végétalisation et construit en associant la ville
Vue d’artiste imaginant une possible transformation de la place du Louvre, à Paris.
Vue d’artiste imaginant une possible transformation de la place du Louvre, à Paris. - Céline Orsinghe / Paysagiste
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

L'essentiel

  • La présidente du Louvre a annoncé son projet d’aménager l’espace autour de la façade Est du Louvre, qualifié de « terrain vague » actuellement par la maire de Paris Centre.
  • La Ville de Paris va mettre au vote du Conseil de Paris qui se tient cette semaine un texte demandant un projet ambitieux avec de la végétalisation et associant les Parisiens et Parisiennes à travers un mécanisme de concertation.
  • « Ce qui me semble ni légitime ni opportun c’est que le Louvre fasse le projet dans son coin a fortiori avec des partenaires privés et sans la mairie » explique à 20 Minutes Ariel Weil, le maire de Paris Centre, qui se bat depuis des années pour que la place du Louvre soit réaménagée.

«La place du Louvre pourrait être l’un des plus beaux endroits de Paris. Hélas, elle n’est aujourd’hui qu’un délaissé urbain vide et interlope. Au mieux : un terrain vague recouvert de sable. » Ces mots très durs sont ceux d’Ariel Weil, le maire de l’arrondissement Paris Centre. Il réclamait fin mai dans le Journal du Dimanche un projet ambitieux pour aménager ce grand espace aux abords du plus célèbre musée français, au niveau de sa façade Est, de la colonnade Perrault au trottoir. Las, l’affaire se fait en catimini, déplore-t-il, à l’instar des groupes Communiste et Citoyen, Changer Paris (Les Républicains) et Les Ecologistes au Conseil de Paris, qui ont poussé l’exécutif à s’exprimer sur le sujet, pour imposer leur vision du projet.

Selon nos informations, la municipalité s’apprête à voter un texte demandant à ce que « l’État, l’Établissement public du Musée du Louvre, la Mairie centrale, la Mairie de Paris Centre et l’ensemble des parties prenantes construisent un projet public commun ambitieux au profit de toutes et tous pour la place du Louvre », et que « ce projet public intègre les préoccupations légitimes liées aux enjeux climatiques en faisant une place importante à la végétalisation de cet espace et à l’aménagement d’îlots de fraîcheur ».

Un projet de restaurant gastronomique qui irrite

Laurence Des Cars, la cheffe des lieux, l’a annoncé en avril : il y aura bien un projet de réaménagement de l’espace. Mais quel projet ? Pour l’instant, on n’en sait pas grand-chose, si ce n’est ce qui a fuité dans le quotidien La Lettre A. Ce média d’investigation rapportait en mars que la présidente du musée du Louvre aurait envisagé en petit comité avec le milliardaire Bernard Arnault et le président de la république Emmanuel Macron d’installer un restaurant gastronomique à cet endroit.

Une information qui a déclenché les inquiétudes des communistes du Conseil de Paris, notamment, qui ont lancé une pétition le 12 juin dernier, afin de « s’opposer à la privatisation de la place du Louvre » « au profit d’une clientèle de luxe, et non de l’ensemble des Parisiennes et des parisiens ». La veille, dans le journal Le Monde, le maire de Paris Centre regrettait « l’ambition étriquée d’installer un énième restaurant de luxe », un projet par ailleurs démenti par le groupe LVMH auprès de 20 minutes.

Les élus parisiens veulent végétaliser la place

Le sujet s’est ensuite invité au Conseil de Paris qui se tient cette semaine entre les 4 et 7 juillet, puisque pas moins de trois vœux ont été initialement déposés respectivement par le groupe communiste, le groupe Les Ecologistes et le groupe Changer Paris (majoritairement LR). Les trois groupes mettent l’accent sur la nécessité d’un processus de concertation des Parisiens et Parisiennes et les deux premiers s’opposent à l’installation d’un restaurant gastronomique et plus largement à tout espace marchand. Tous enfin s’accordent à dire qu’il faut végétaliser la place, à l’heure où Paris se prépare à vivre sous 50 degrés, en pleine crise climatique.

« Chez les écologistes on pense qu’il faut valoriser une diversité des usages dans le centre et ne pas laisser le secteur du luxe préempter les espaces communs », commente Raphaëlle Rémy-Leleu, une élue écologiste qui portrait le texte de son groupe, retiré au profit du vœu de l’exécutif. « On ne souhaite pas que des espaces publics de ce type-là soient au profit de logiques marchandes », complète Nicolas Bonnet-Ouladj, le président du groupe communiste. Il ajoute : « La priorité c’est de retrouver des espaces de végétalisation dans la ville, on a un espace très grand, dans un arrondissement avec très peu d’espaces verts, la rue de Rivoli c’est un îlot de chaleur ».



« Végétalisation basse »

Ariel Weil, du groupe Paris en Commun (socialistes), n’est pas tant dérangé par le restaurant que par le fait qu’on l’a évincé, lui qui avait commencé à discuter du projet avec l’ancien président du musée, Jean-Luc Martinez. « Le restaurant c’est anecdotique, on n’en sait rien, ce qui est dommageable c’est que le Louvre ait son propre projet. Je ne suis pas contre le sponsoring, néanmoins, ce qui me semble ni légitime ni opportun c’est que le Louvre fasse le projet dans son coin a fortiori avec des partenaires privés et sans la mairie. Il ne peut pas y avoir un projet sans la Ville de Paris »

Le maire de Paris Centre souhaiterait que soit organisé un concours international d’architectes et de paysagistes, et a déjà missionné l’Apur, Atelier parisien d’urbanisme, qui a réalisé des vues d’artiste permettant d’imaginer à quoi pourrait ressembler cette place, avec un jardin et une « végétalisation basse », « pour ne pas masquer les façades ».

Un consensus a été trouvé entre tous ces élus, qui reprend l’idée d’un projet en concertation avec la ville et l’importance de la végétalisation. Même si le texte ne reprend pas l’interdiction explicite d’un restaurant de luxe formulée par les communistes et les écologistes, ces derniers se disent, tout comme le porte-parole du groupe Changer Paris, satisfaits du résultat. Et Nicolas Bonnet-Ouladj de conclure son propos ainsi : « Au moins notre vœu poussera à avoir plus de transparence. »

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