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INTERVIEWSelon le président de Smovengo, le nombre de Vélib’doit doubler

« Le réseau Vélib’ est sous-dimensionné… » selon Stéphane Volant, président de Smovengo

INTERVIEWLe président de l’entreprise Smovengo répond aux accusations faites sur la qualité de service du Vélib’en Île-de-France
Les Vélibs électriques, en bleu, représentent 40% de la flotte actuelle mais 65% des kilomètres parcourus. (Illustration).
Les Vélibs électriques, en bleu, représentent 40% de la flotte actuelle mais 65% des kilomètres parcourus. (Illustration). - Clément Follain / 20 Minutes / Clément Follain / 20 Minutes
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Ce mardi 20 juin, le SAVM, le syndicat public en charge des mobilités partagées de la région, a publié un rapport sur l’audit portant que le Vélib’sur la période 2018-2022.
  • Selon les déclarations du SAVM, le service Vélib’va devenir rentable en 2023. L’entreprise Smovengo, en charge de l’exploitation du service, devrait, elle, accuser un déficit de 114 millions d’euros à la fin de son contrat en 2032.
  • Des propos qui ont fait réagir Stéphane Volant, président de Smovengo qui répond à ces propos pour 20 Minutes.

Cinq années après avoir récupéré l’exploitation du réseau Vélib’à JCDecaux, la société Smovengo, consortium regroupant quatre entreprises (Fifteen, Indigo, Mobivia, Moventia), continue de faire jaser en Île-de-France. Le mardi 20 juin, le SAVM, le syndicat public en charge des mobilités partagées de la région, a publié un rapport de l’audit portant sur le
Vélib’ pour la période 2018-2022.

Selon le communiqué de presse publié par le syndicat mixte, le déficit de la société Smovengo est estimé à 113 millions d’euros mais le service est désormais « rentable » et sa pérennité « n’est pas en jeu ». Néansmoins, face au constat fait dans le rapport (Vélos hors-service ou en mauvais état, stations vides ou au contraire pleines) le syndicat a rappelé Smovengo à ses obligations. Une communication qui n’a pas été du goût de la société qui a tenu à réagir dans la foulée par la voix de son président, Stéphane Volant.


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Vous semblez avoir été piqué par les déclarations du SAVM, vous n’êtes pas d’accord avec les conclusions de l’audit publiées ?

Plusieurs choses me chiffonnent dans la communication qui a été faite par le SAVM et notamment par son président, Sylvain Raifaud. Tout d’abord, je trouve assez étrange que ce communiqué ait été fait de manière unilatérale. Nous sommes partenaires dans le projet Vélib’, cela aurait dû être un communiqué partagé. Mais passons. Je suis surtout surpris des annonces qui ont été faites mais aussi de la manière dont elles sont commentées.

Vous n’êtes pas d’accord avec la lecture de l’audit ?

Premièrement, Monsieur Raifaud annonce que le service est désormais rentable, or l’audit ne comprend pas les chiffres de 2022 pour une raison très simple : ces chiffres sont encore chez les commissaires aux comptes ! Et le budget de 2023 a été construit à 300.000 euros près. Avec cela, nous ne remboursons pas notre dette.

Mais surtout l’audit ne dit pas que Smovengo est devenu rentable. Il est clairement écrit que « le modèle économique du contrat n’est pas équilibré ». Nous avons investi 209 millions d’euros depuis l’origine du projet. L’audit avance un bénéfice de 95 millions d’euros sur la période 2022-2032. Ce qui signifie une perte de 114 millions à la fin de notre contrat.

Monsieur Raifaud réagit en responsable d’une collectivité publique, qui peut repousser sa dette « ad vitam aeternam ». Mais pour une entreprise comme la nôtre, un tel taux d’endettement ne nous permet plus d’investir et de continuer à avancer.

Or c’est précisément ce que le SAVM vous demande, d’investir sur la qualité de service « insuffisante », de déployer plus de personnel pour la régulation…

Tout d’abord, je tiens à rappeler que je ne suis pas décideur public et que je ne décide pas des orientations. Je ne fais que des propositions. Mais pour ce qui est de la manière d’améliorer le service, de la gestion des vélos et des personnels, c’est à moi de parler et à personne d’autre.

Pour la qualité de service insuffisante, c’est un constat que nous avons fait également. Les débuts du contrat ont été laborieux, nous avons dû recréer entièrement un service avec le changement d’opérateurs. Et nous avons déjà fait de gros efforts et d’importantes adaptations pour améliorer le service. Nous avons aujourd’hui des moyens doublés, pour la régulation et la maintenance, par rapport à 2018.

Pourtant, entre les vélos régulièrement inutilisables, les stations vides ou, au contraire, surchargées… Beaucoup d’usagers se plaignent toujours. Comment expliquer ces difficultés ?

Nous avons un système en surchauffe. C’est aussi la rançon de la gloire. Nous avons 400.000 abonnés et environ 180.000 utilisations par jour, pour 19.000 vélos. Un vélo est utilisé entre 4 et 7 fois par jour. Mais pour certaines journées, cela peut être plus de 20 fois. Si seulement 5 % d’utilisateurs prennent un Vélib’en heure de pointe, cela suffit à vider certaines stations quand d’autres débordent.

Je tiens à noter que le SAVM demande davantage de régulation. Or nous atteignons les objectifs sur ce point, d’ailleurs nous n’avons jamais eu de pénalités, malgré les marées d’utilisateurs que nous voyons chaque jour.


Retrouvez ici notre dossier vélib

Mais il faut comprendre que le réseau est sous-dimensionné. Le Vélib’, malgré tous ses détracteurs est un immense succès, toujours plus encouragé par les coronapistes, par le réchauffement climatique qui poussent les gens à faire du vélo, et par l’appétence pour le vélo électrique. Et cette croissance va encore augmenter avec la fin des trottinettes en libre-service.

Quelle solution proposeriez-vous pour faire face à ces problèmes ?

Il faut investir. Par exemple, à New York, le deuxième réseau au monde de vélos en libre-service (après Paris), ils ont le même nombre de vélos pour deux fois moins de kilomètres parcourus. Je pense que c’est ce vers quoi nous devons aller : Doubler le nombre de vélos. Et en faire de même avec les stations.

Nous avons passé un accord avec le SAVM en décembre dernier, nous achetons 10.000 vélos de plus d’ici à 2024, pour en avoir 3.000 de plus en fonctionnement permanent, ils installent 1.500 bornettes (les appareils d’attache et de recharge des vélibs en station). Les vélos sont commandés, j’ai payé les acomptes. J’attends maintenant de voir les bornettes.

Mais ces investissements demandent des fonds, où pensez-vous les trouver ?

C’est au SAVM de les trouver. Je pense qu’ils ont deux solutions pour augmenter la dotation. Cela peut passer par l’impôt, mais je doute que ce soit ce que des élus veuillent faire. Et la situation est déjà difficile pour beaucoup de gens.

Je leur suggère plutôt d’augmenter le prix des abonnements, comme le préconise d’ailleurs l’audit. Mais le Vélib’est un système extrêmement populaire dans tous les sens du terme. Donc nous ne voulons pas toucher aux tarifs sociaux, qui proposent des abonnements à 1,50 euro par mois. Mais plutôt augmenter progressivement et sensiblement les tarifs des abonnements « premium ». Ceux pour VAE, à 8,5 euros par mois, de quelques euros supplémentaires. On pourrait aussi adapter la grille tarifaire à l’usage. C’est une autre solution.

Pas facile de faire passer cela auprès des usagers…

Je comprends. Mais je dis aux utilisateurs du Vélib’ : Vous êtes 400.000 à l’utiliser, et cela continue de grimper. Vous n’êtes si masochistes, ni idiots. Si vous l’utilisez, c’est parce que vous l’aimez et que vous y trouvez votre intérêt.

Nous avons aujourd’hui le premier réseau de vélos en libre-service au monde, nous pouvons en être fiers. Et vous avez raison de penser que le service n’est pas à la hauteur aujourd’hui. Mais on ne peut pas faire mieux sans augmenter raisonnablement les tarifs pour permettre de doubler le système et le rendre viable.

Le Vélib’, au même titre que la RATP ou la SNCF, c’est toujours plein aux heures de pointe. Mais bon sang que ce système est bon. Mon but aujourd’hui est de sauver ce système. Pour nos 400.000 clients et mes 500 salariés.

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