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INCLUSIONBientôt un salon de coiffure pour les enfants en situation de handicap ?

Yvelines : Une habitante des Mureaux veut créer un salon de coiffure pour les enfants en situation de handicap

INCLUSIONSiham Yara, mère d’un enfant autiste, souhaite créer un salon de coiffure adapté pour ces enfants
Siham Yara (Illustration).
Siham Yara (Illustration). - © Siham Yara / Siham Yara
Mathilde Desgranges

Mathilde Desgranges

L'essentiel

  • Une entrepreneure muriautine compte ouvrir un salon de coiffure adapté aux enfants en situation de handicap « pour leur apporter la dignité, la fierté et la beauté qu’ils méritent ».
  • Son salon, L’EXTRATYPIK, sera itinérant afin de pouvoir se rendre chez des particuliers avec de lourds handicaps et visiter les différents IME du département.
  • « J’en avais marre d’attendre après l’Etat, d’attendre que quelqu’un innove ou fasse quelque chose pour moi », explique Siham Yara. Elle décide alors de créer elle-même la solution à son besoin.

«Son père s’est trompé dans l’orthographe du prénom quand il a déclaré sa naissance à l’état civil », raconte Siham Yara, la mère du jeune Kahyis [qui aurait dû s’appeler Kahys]. Dès la naissance, c’était « un signe qu’il allait être différent », estime-t-elle. Son enfant de onze ans est diagnostiqué autiste entre 2 et 3 ans. Sa vie prend alors un nouveau tournant. En attente d’une place en structure spécialisée, depuis sept ans, elle a arrêté de travailler pour pouvoir s’occuper de son fils. Celle qui travaillait dans le marketing envisage une réorientation. En septembre dernier, elle a achevé sa formation de deux ans pour devenir coiffeuse.

L’entrepreneure des Mureaux (Yvelines) compte ouvrir son propre salon de coiffure L’EXTRATYPIK, adapté aux enfants en situation de handicap « pour leur apporter la dignité, la fierté et la beauté qu’ils méritent ». Elle le conçoit comme un espace itinérant. Sur roues, le salon pourra se déplacer entre les centres spécialisés (IME) où ses services peuvent être nécessaires. Et pour les handicaps plus lourds, elle propose de se déplacer chez le particulier. Elle prévoit d’abord de développer son projet dans les Yvelines. Puis, à terme, d’ouvrir des salons dans l’ensemble de l’Ile-de-France.

« C’est fou que cela n’existe pas encore »

Quand il était plus jeune, Kahyis se faisait coiffer par son grand-père qui « avait beaucoup de patience et qui était coiffeur de profession », explique Siham Yara. Après le décès de ce dernier, Siham a tenté d’emmener son fils dans un salon de coiffure classique. « Cela s’est super mal passé, explique Siham Yara. Comme il a un handicap invisible, personne ne voulait le laisser passer en priorité. Lui ne voulait pas se laisser faire et le coiffeur a vite perdu patience. La coupe s’est finie en dix minutes. » Une épreuve pour Kahyis, qui ne supporte pas le bruit des appareils qui l’entoure dans le salon, mais aussi pour la mère.

« Le regard des gens peut assassiner, poursuit celle-ci. Beaucoup pensent qu’il n’a pas de handicap et qu’il est mal éduqué. Ses réactions ont tendance à les énerver. » Tous deux en ressortent psychologiquement épuisés et traumatisés. « J’ai mis deux jours à m’en remettre », assure-t-elle. A chaque fois qu’il avait besoin d’une nouvelle coupe, Siham Yara changeait de salon dans l’espoir d’avoir une meilleure expérience. « Mais c’était la même chose partout. »

Elle s’est donc mise à la recherche de salons de coiffure spécialisés pour les enfants en situation de handicap, en vain. « C’est fou que cela n’existe pas encore », s’indigne-t-elle. Son idée de créer son propre salon commence alors à germer.

« Maintenant, c’est juste question d’argent »

« J’en avais marre d’attendre après l’Etat, d’attendre que quelqu’un innove ou fasse quelque chose pour moi, explique Siham Yara. Si nous, parents d’enfants en situation de handicap, on ne fait pas changer les choses, on ne peut pas attendre que les autres le fassent. » D’autant que le problème touche un grand nombre d’entre eux. Selon les études qu’elle a menées sur le territoire des Yvelines, seuls 45 % des enfants en situation de handicap fréquentent des salons de coiffure traditionnels.

Siham Yara envisage de mettre en place un salon équipé de matériel de coiffure silencieux, puisque certains enfants peuvent être incommodés par les bruits forts. Des casques antibruit seront à disposition. Elle aimerait également installer des arbres snoezelen avec jeux de lumière colorés, pour capter l’attention des enfants, et aménager des rampes d’accès PMR. Surtout, elle prévoit des séances de coupe d’environ une heure, le temps que l’enfant s’adapte à l’environnement. « Le salon a été dessiné par une architecte d’intérieur et une psychomotricienne, précise-t-elle. Maintenant, c’est juste question d’argent. »

Une question de taille. Construire un seul salon de ce type coûterait aux alentours de 137.000 euros. Siham Yara a donc ouvert une cagnotte en ligne, déjà créditée de 15.260 euros. Elle compte utiliser cet argent pour l’aménagement. En ce qui concerne le reste « [elle] compte surtout sur l’argent des concours », confie-t-elle. D’abord arrivée en seconde place du « Booster des entrepreneurs », elle a récemment remporté l’édition 2023 du Prix des Plurielles, qui « récompense des femmes inspirantes qui, à leur échelle, contribuent à améliorer le quotidien des habitants ». Et son projet n’en est qu’aux prémices.

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