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EDUCATIONLa mixité sociale a-t-elle progressé dans les lycées avec Affelnet à Paris ?

Réforme d’Affelnet : Les lycées sont-ils devenus plus mixtes socialement ?

EDUCATIONLe système d’affectation dans les lycées de Paris a été réformé en 2021. Depuis, la composition sociale des établissements a changé, selon le rectorat de Paris
Le lycée Montaigne, à Paris (6e) le 12 février 2020.
Le lycée Montaigne, à Paris (6e) le 12 février 2020. - Clément Follain / 20 Minutes / Clément Follain / 20 Minutes
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • La procédure Affelnet permet d’affecter les élèves parisiens de 3e dans les lycées de leur académie.
  • Depuis la réforme de 2021, ils sont affectés prioritairement sur cinq lycées de proximité et un index de position sociale (IPS) donne des points bonus aux élèves issus de collèges défavorisés.
  • Le rectorat de Paris tire un bilan positif de ces changements, qui ont permis d’ouvrir davantage les portes de certains établissements très demandés.

«L’affectation en lycée n’a pas vocation à être un concours », estime Christophe Kerrero, le recteur de l’académie de Paris. Pourtant, beaucoup de parents de lycéens parisiens veulent que leurs enfants fassent leur scolarité dans un établissement réputé. L’ancienne version d’Affelnet, le système d’affectation au lycée, n’avait pas réussi à brasser suffisamment les élèves. Ce qui aboutissait à un paysage très contrasté, avec d’un côté des établissements d’élite et de l’autre, des lycées de relégation.

La réforme d’Affenet mise en place en 2021 vise à supprimer cet effet ghetto, en invitant chaque élève de postuler prioritairement à cinq établissements de son secteur, situés à 25 minutes maximum de transport de chez lui. Un nombre de points lui sont attribués, lui permettant d’accéder ou non à tel ou tel lycée. Un bonus lui est accordé en fonction de la proximité de l’établissement de son domicile, un autre s’il est boursier, un autre en fonction du profil social de son collège (dit bonus IPS). Si l’élève a effectué sa scolarité dans un collège très défavorisé, il aura donc plus de points.

Lamartine et Voltaire davantage demandés

Deux ans après, l’heure est au bilan et il est plutôt positif. Il faut dire qu’après la première année de mise en œuvre de la réforme, plusieurs ajustements ont été effectués : le bonus IPS attribué à chaque collège a été actualisé et certains secteurs ont été modifiés. Résultat des courses : en l’espace de deux ans, la réforme a entraîné une diminution de 39 % de la ségrégation sociale entre les lycées publics par rapport à 2019 et une baisse de la ségrégation sociale de 30 %.

« En favorisant l’accès des élèves des collèges IPS moyen [600 points] ou faible [1.200 points] aux lycées les plus demandés, le bonus IPS a contribué à diversifier le profil social et scolaire des élèves admis dans ces établissements », explique Julien Grenet, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris et président du comité de suivi de la réforme Affelnet à Paris. Exemple avec Duruy (7e arrondissement), Charlemagne (4e) ou Fénelon (6e), où la sociologie des élèves est désormais plus variée.

« Le changement de secteur pour certains lycées très courus comme Condorcet [9e] ou Chaptal [8e], a fait aussi diminuer le nombre de vœux émis par les élèves en faveur de ces établissements », poursuit l’économiste. A l’inverse, les lycées Lamartine (9e) ou Voltaire (11e), qui n’étaient pas très demandés, accueillent désormais des élèves plus performants et plus socialement favorisés qu’avant la réforme. Plus important encore : la réforme d’Affelnet ne semble pas pour l’heure avoir accéléré la « fuite » vers le privé, sachant que 41 % des lycéens parisiens y sont déjà scolarisés.

Henri-IV et Louis-le-Grand sur Affelnet !

Autre gros symbole d’une plus grande ouverture sociale de certains établissements : depuis la rentrée 2022, les lycées Henri-IV (5e) et Louis-le-Grand (5e) ne recrutent plus leurs élèves parisiens de seconde sur dossier et ont rejoint la plateforme Affelnet. Les places y sont attribuées en fonction des résultats scolaires de 3e, du statut de boursier et de la composition sociale du collège d’origine des candidats.

Résultat : la diversité sociale a déjà nettement progressé dans les deux lycées. Le taux de boursiers a doublé par rapport à la rentrée 2021 (ils sont désormais 17 % à Henri-IV et 24 % à Louis-le-Grand). Entre 2021 et 2022, la part des élèves issus de collèges socialement favorisés est passée de 54 % à 44 %. Ces deux lycées ont même vu le nombre de candidatures bondir de 30 %. « Un vivier d’excellents élèves boursiers se sont sentis plus légitimes à candidater. La médiatisation a joué », souligne Julien Grenet. Une mixité « qui n’a pas entraîné de nivellement par le bas », comme le craignaient certains parents du quartier ! Les performances aux épreuves écrites du brevet des entrants de la rentrée 2022 étaient même légèrement supérieures à celles de la cohorte précédente.

« Les nouveaux élèves ont parfois peur de ne pas être à la hauteur, car ils se retrouvent qu’avec des élèves qui étaient les premiers de leur classe de 3e. Mais seulement une vingtaine est en difficulté scolaire en cours d’année. Les enseignants ont appris à gérer une plus grande hétérogénéité des élèves », commente Stéphanie Motta-Garcia, proviseure du lycée Henri-IV.

Encore des progrès à faire

Il reste cependant des freins aux progrès de la mixité dans les lycées parisiens. « A commencer par l’absence d’intégration à Affelnet des établissements privés sous contrat », souligne Julien Grenet. « Il reste encore des lycées de niveau, dans l’ouest de Paris notamment [exemple à Janson-de-Sailly, 16e, ou à Montaigne, 6e], où la mixité ne progresse pas beaucoup », ajoute-t-il. Par ailleurs, certains lycées socialement défavorisés peinent toujours à attirer, comme Emile-Dubois (14e), François-Villon (14e), François-Rabelais (18e), Elisa-Lemmonnier (12e) ou Henri-Bergson (19e).

Le fait que les formations à recrutements spécifiques (les sections internationales, les classes à horaires aménagés…) possèdent leurs propres critères de sélection, constitue aussi un frein à la mixité, souligne l’économiste.

Des pistes pour encore progresser

Pour changer la donne, il faudrait proposer ces formations dans des lycées moins cotés. « C’est ce qui sera fait à la rentrée 2023 avec transfert du double cursus danse-musique de Brassens [19e] à Bergson et les formations sanitaires et sociales de Monod [5e] à Villon. » Le rectorat a aussi décidé de fermer certains lycées en 2023, ou de supprimer la voie générale dans d’autres. Pour améliorer la mixité sociale et scolaire des lycées, encore faut-il aussi que les plus élitistes conservent leurs moins bons élèves après la classe de seconde, car certains d’eux avaient la fâcheuse tendance à s’en débarrasser. Mais selon Claire Mazeron, directrice académique des services de l’Education nationale, c’est moins le cas désormais. « On a pérennisé 4.000 heures supplémentaires pour financer des cours de soutien scolaire dans les établissements accueillant des publics hétérogènes. »


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La majorité des établissements proposant au moins sept spécialités au bac, ils ne peuvent plus utiliser l’argument selon lequel ils ne possèdent pas la filière correspondant le profil de l’élève. « Nous avons aussi mieux réparti les classes de 1re STMG dans les lycées pour que certains élèves ne soient pas obligés de quitter leur établissement s’ils veulent se diriger vers la voie technologique. A la rentrée 2023, Henri-IV, Hélène-Boucher (20e) et Victor-Hugo proposeront ainsi cette voie. Et selon Christophe Kerrero, Affelnet va encore bouger dans les prochaines années : « C’est une réforme qui se fait dans le temps et qui nécessite chaque année d’être réajustée pour faire en sorte qu’elle soit plus équitable. »

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