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FAKE OFFL'Ile-de-France donne-t-elle plus d’argent au privé qu’au public ? Prudence

Ile-de-France : Valérie Pécresse donne-t-elle quatre fois plus d’argent aux lycées privés qu’aux publics ? Prudence

FAKE OFFD’après la région, le calcul résulte « d’un défaut de compréhension ». L’argent alloué au public reste supérieur
Valérie Pécresse lors d'une visite du lycée Blaise-Pascal, à Villemomble en Seine-Saint-Denis, en septembre 2020
Valérie Pécresse lors d'une visite du lycée Blaise-Pascal, à Villemomble en Seine-Saint-Denis, en septembre 2020 - ISA HARSIN/SIPA / SIPA
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • Sur une publication virale relayée sur Twitter, une internaute estime qu’en Ile-de-France, il y aurait 4,6 fois plus d’argent donné aux lycées privés qu’aux publics.
  • Cela serait lié au nouveau calcul du montant des Dotations globales de fonctionnement des lycées (DGFL).
  • Or, la Région estime qu’il s’agit « d’un défaut de compréhension » de la part de l’opposition et des syndicats.

Après les transports en commun, Valérie Pécresse doit désormais gérer un nouveau dossier : celui des lycées. Sur Twitter, ce dimanche, l’année a commencé par une publication des plus étranges.

« Pour la première fois de l’histoire, Valérie Pécresse a donné plus d’argent aux 210 lycées privés d’Ile-de-France qu’aux 414 lycées publics. La dotation par élève est de 156 euros dans le public contre 725 euros dans le privé, soit plus de 4,6 fois plus d’argent pour les enfants de bourgeois que pour ceux du populo », estime une ancienne directrice d’école.


Aimée plus de 2.000 fois depuis, la publication ne contient pas de source, mais semble citer le fil Twitter publié le 29 décembre par une conseillère régionale du Parti communiste français (PCF), Céline Malaisé. Selon elle, la droite serait en train de mettre en place « un véritable braquage de leurs caisses ». La cause ? Le vote de la dotation régionale versée aux lycées publics pour leur fonctionnement. 20 Minutes revient sur cette nouveauté, pas si nouvelle selon la région.


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FAKE OFF

Pour Céline Malaisé, comme pour beaucoup d’élus de la gauche et de nombreux syndicats, la baisse des dotations globales de fonctionnement des lycées (DGFL) n’est pas acceptable. « La droite décide de ponctionner les trésoreries des lycées publics au-delà de l’équivalent de trois mois de la dotation annuelle dans la limite d’une ponction de 50 % par an », explique dans son fil Twitter l’élue communiste.

Selon elle, 17 millions d’euros auraient été économisés par la région « aux dépens des lycées publics ». « Résultat : pour la première fois depuis la décentralisation, la dotation régionale aux lycées publics est inférieure à celle des lycées privés (forfait d’externat) : 65,5 millions d’euros contre 69 millions d’euros », calcule-t-elle.

« Un mensonge », selon l’exécutif

Avouons-le, cette histoire de dotations n’est pas des plus simples à comprendre. Nous avons donc interrogé James Chéron, vice-président (UDI) d’Ile-de-France chargé des lycées. « C’est un mensonge que d’expliquer que la région investit moins et consacre moins de moyens pour des lycées du public que pour les lycées privés », se défend d’emblée l’élu.

D’après l’exécutif, le nouveau mode de calcul a en réalité été défini en 2021 pour les années suivantes. « La nouvelle modalité de calcul avait été construite pour tenir compte des critères pédagogiques tels qu’ils sont définis par l’Education nationale. Ce sont par exemple les critères sociaux, comme l’Indice de positionnement social (IPS) », explique James Chéron.

Pas de changement pour 2023

D’accord, mais à quoi ça sert une dotation globale de financement dans un lycée ? Le plus simplement possible, il s’agit de moyens alloués par les collectivités pour assurer le bon fonctionnement d’un établissement. Elles servent notamment à l’entretien des bâtiments par exemple pour des travaux, ou bien des activités pédagogiques comme des voyages.

Mais James Chéron insiste, « rien n’a changé en 2023 ». Au contraire, les dotations auraient même augmenté pour prendre en compte « les circonstances conjoncturelles », notamment l’inflation et la crise énergétique. « Nous avons également intégré, comme nous le faisons tous les ans, les évolutions démographiques. Ce n’est pas vrai pour les établissements, mais nous avons vu, en grande partie, une augmentation du nombre d’élèves, donc une augmentation des dotations globales de fonctionnement ».

L’exception régionale

Dans les autres collectivités, James Chéron explique que les dotations globales sont calculées en réduisant la somme restante de l’année précédente. Ce n’est plus le cas au sein de la région Ile-de-France. « Ça ne veut pas dire qu’on donne moins, ça veut dire que les moyens que l’on attribue – qui sont en augmentation – sont réellement alloués tout en tenant compte de l’état réel de la trésorerie », souligne l’élu UDI.

Désormais, le nouveau mode de calcul prend en compte le fonds de roulement. Grossièrement, il s’agit de l’épargne des lycées, gardée en cas de pépin. « La région estime que certains établissements ont des fonds de roulement trop importants. Elle a donc décidé que ceux qui ont des fonds dont les montants sont supérieurs à plus de trois mois de dépenses de fonctionnement seraient écrêtés », expliquait Sébastien Volpoët, coordonnateur du SNPDEN-Unsa en Ile-de-France, auprès du Parisien.


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Les épargnes mises en difficulté

C’est ce qui expliquerait l’économie de 17 millions d’euros, pointée du doigt par l’opposition. Ce ne serait pas un faux chiffre, selon la région : « C’est le montant de la dotation calculée qui n’est pas versée directement parce qu’il est déjà dans les comptes des établissements. »

D’après James Chéron, l’opposition et les syndicats font fausse route en estimant que ces épargnes auraient pu servir à des investissements dans les mois à venir. « Il y a des réunions de conseil d’administration tous les trimestres dans les établissements. Lorsqu’un gestionnaire pilote un projet pédagogique, il prévoit une dépense. Sa dépense n’est pas encore effectuée, mais elle n’est plus affectée », souligne l’élu. Toutefois, la région promet de résoudre au cas par cas les difficultés financières qui pourraient être rencontrées par les établissements.

Des dotations réglementaires pour le privé

Que répondre à cette comparaison avec les établissements privés ? En réalité, le budget adressé aux lycées n’est pas réellement décidé par la région. « Nous ne décidons de rien sur les forfaits d’externat qui rentrent dans le code de l’Education. Nous faisons une multiplication par le nombre d’élèves et basta », tranche l’élu. Contrairement aux lycées publics, il s’agit donc d’une dotation obligatoire réglementaire qui résulte d’un calcul automatique. Cette somme est bien de 69 millions d’euros, comme l’estime Céline Malaisé.

Or, d’après la région, la DGFL ne peut pas être le seul montant pris en compte pour estimer l’argent alloué aux lycées publics. « Il y a un défaut de compréhension », regrette James Chéron. « Pour les établissements publics, on a une DGFL qui a été calculée à 83 millions d’euros. Quoi qu’il arrive, on a 16 millions d’euros que l’on ajoute à ce calcul brut pour les contrats d’entretien obligatoire, ce qui nous fait un total théorique de quasiment 100 millions d’euros ». Avant de conclure : « Le contexte des moyens consacré par la région aux lycées est une tête d’épingle dans le budget lycée, qui est, en tout, de 1,182 milliard d’euros en Ile-de-France. »

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