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INCLUSIONA la Philharmonie, des spectacles où l’on peut rire, gémir, aller et venir

Paris : A la Philharmonie, des spectacles « relax » où l’on peut rire, gémir, aller et venir

INCLUSIONCe dispositif permet d’inclure des personnes « dont le handicap va entraîner des comportements qui sortent de la norme, un besoin de vocaliser par exemple »
A la Philharmonie de Paris, les représentations labellisées « Relax » proposent un dispositif visant à faciliter la venue de personnes dont le handicap est susceptible d’entraîner des comportements atypiques et imprévisibles pendant la représentation.
A la Philharmonie de Paris, les représentations labellisées « Relax » proposent un dispositif visant à faciliter la venue de personnes dont le handicap est susceptible d’entraîner des comportements atypiques et imprévisibles pendant la représentation. - Gil lefauconnier / Philharmonie de Paris
Aude Lorriaux

Aude Lorriaux

L'essentiel

  • Les spectacles « relax » à la Philharmonie ont été imaginés pour accueillir des personnes souffrant d’un handicap intellectuel ou psychique, qui peuvent avoir besoin d’aller et venir, ou de vocaliser leurs émotions.
  • Pour que la séance se passe bien, le personnel est formé et présent en plus grand nombre et le public est informé.
  • Mais ce n’est pas parce que c’est un concert « relax » que vous entendrez forcément des réactions, il y a des concerts où il n’y a pas de bruit.

Imaginez un concert de musique classique, donné à la prestigieuse Philharmonie de Paris, où l’on entend rire, gémir, peut-être crier, entrer et sortir… Bref, un concert pas guindé, où chacun et chacune peut s’exprimer comme il l’entend. C’est le concept des « spectacles relax », imaginés par l’association Culture Relax, pour les personnes avec des handicaps.

« L’objectif est de rendre la culture accessible aux personnes qui en sont trop souvent exclues : autistes, polyhandicapées, souffrant d’un handicap intellectuel ou psychique, atteintes de la maladie d’Alzheimer, etc. dont le handicap va entraîner des comportements qui sortent de la norme, un besoin de vocaliser par exemple, qui du coup dans une séance ordinaire attirent les regards », explique Amar Nafa. Le délégué général de l’association ajoute : « L’œuvre qui est devant elle peut leur procurer des émotions et ils peuvent gémir ou se lever de leur siège, ils ne seront pas jugés en le faisant. »

Un public informé, un personnel formé

Mais attention, ce n’est pas parce que c’est un concert « relax » que vous entendrez forcément des réactions. « Il y a des concerts où il n’y a pas de bruit », précise Sarah Koné, directrice déléguée en charge de la responsabilité sociétale et des nouveaux projets à la Philharmonie. Pour que la séance se passe bien pour tout le monde, personnes handicapées ou valides, le personnel est présent en plus grand nombre et surtout formé pour rassurer ou proposer d’accompagner dans la salle de détente. Le public quant à lui est bien informé qu’il s’agit d’un spectacle dans des conditions un peu différentes, avec un affichage écrit spécifique et une courte présentation orale juste avant la représentation.

L’initiative d’une culture « relax » accueillant tout type de public a commencé au cinéma, en 2005. La Philharmonie s’en est emparée après l’arrivée d’Olivier Mantei, en novembre 2021, ce dernier ayant déjà testé le dispositif à l’Opéra Comique, où il était directeur. « Il y avait un souhait de sa part d’œuvrer pour l’accessibilité dans une dynamique de partage, c’est pour cela qu’on favorise des dispositifs qui permettent d’accéder à la même proposition artistique que pour le reste du public », explique Sarah Koné.



Désanctuariser la culture

Effectivement, les spectacles « relax » ne sont pas une exception au programme réservée aux personnes handicapées, ils sont au contraire choisis dans une programmation déjà établie. Les trois prochaines dates concernent un concert jazz, un spectacle de cirque et enfin le ciné-concert Ernest et Célestine des 16 et 17 décembre prochains, hélas déjà entièrement complet, y compris pour les personnes handicapées (les quotas de place sont différents). « Il n’y a pas de contenu impossible mais c’est important d’avoir des formats courts, car il y a la question du temps d’attention disponible », commente Amar Nafa.

Conséquence de ce choix de programmation, les spectacles sont donc, vous l’aurez compris, ouverts à tout le monde, même sans accompagner de personne handicapée. « Cela participe pour les personnes concernées à un sentiment de normalité, commente Amar Nafa. Et cela permet aussi aux personnes valides de rencontrer des gens qui sont invisibles le plus souvent. »

Des concerts classiques où l’on peut parler, rire, et faire du bruit sans être inquiété ou rabroué, ce n’est d’ailleurs pas complètement nouveau : au siècle des Lumières, l’opéra était, on a tendance à l’oublier, un véritable lieu de sociabilité. « On y faisait du commerce, et les pièces étaient données dans cet environnement. Il ne faut [donc] pas penser qu’on va dénaturer l’œuvre ! », estime Amar Nafa. Une réflexion que partage Sarah Koné : « Pour pouvoir inclure tout le monde, il faut désanctuariser la culture. »

Spectacle de cirque Un contre Un. Mercredi 1er février 2023, 15 heures - Salle des concerts.

Concert Jazz at Lincoln Center Orchestra. Mercredi 14 juin 2023, 20 heures - Grande salle Pierre-Boulez.

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