Le classement des villes les plus pauvres d’Ile-de-France

SANS-LE-SOU Au sommet de ce triste podium des villes d’Ile-de-France avec le plus fort taux de pauvreté, Grigny dans l’Essonne et Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis

Aude Lorriaux
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Grigny (Essonne), où se trouve le quartier de la Grande-Borne, fait partie des villes les plus pauvres d'Île-de-France.
Grigny (Essonne), où se trouve le quartier de la Grande-Borne, fait partie des villes les plus pauvres d'Île-de-France. — Samir Benderradji
  • L’Observatoire des inégalités sort ce mardi 6 décembre son rapport sur la pauvreté en France.
  • 20 Minutes a extrait de ce rapport les données pour l’Ile-de-France, la région qui concentre un cinquième des pauvres de France et où il y a le plus de pauvres.
  • Les villes qui concentrent le plus fort taux de pauvreté sont Grigny dans l’Essonne et Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, avec respectivement 44 % et 42 % de pauvres.

C’est en Ile-de-France où il y a le plus de pauvres, selon l’édition 2022 du rapport de l’Observatoire de la pauvreté. Mais où sont ces 1,2 million de pauvres ? 20 Minutes vous propose de découvrir le classement des villes de 20.000 habitants qui ont les plus forts taux de pauvreté, par département (voir en fin d’article).

Bon à savoir avant toute chose : le niveau de pauvreté se définit ici à 60 % du niveau de vie médian, à savoir 60 % de 1.880 euros (1.880 étant la médiane car la moitié de la population vit avec moins que ce revenu). Soit un niveau de pauvreté de 1.128 euros par mois. Ce qui signifie donc qu’à Melun, où il y a un taux de pauvreté de 25 %, un quart de la population vit avec moins de 1.128 euros par mois.

Grigny et Clichy-sous-Bois, « champions » d’Ile-de-France

Sur le podium des villes d’Ile-de-France avec le plus fort taux de pauvreté, deux « championnes » (tristes championnes) se dégagent sans conteste : Grigny dans l’Essonne et Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, avec des taux respectifs de 44 % et 42 %. A contrario des villes comme Le Chesnay-Rocquencourt (Yvelines) et Gif-sur-Yvette (Essonne) sont non seulement les communes où il y a le moins de pauvreté dans la région, mais aussi dans toute la France (elles affichent 5% de pauvreté, mais elles pourraient en réalité avoir un taux inférieur, puisque l’INSEE ne décompte pas les points en dessous de 5%).

Sans surprise, c’est en Seine-Saint-Denis où l’on trouve les villes avec les plus forts taux de pauvreté. Avec 283.000 habitants qui vivent avec moins de 940 euros par mois, (pour les départements, le rapport utilise un seuil de pauvreté situé cette fois à 50 % du niveau de vie médian), c’est le département de France qui compte le plus grand nombre de pauvres. Sur les 20 communes de plus de 20.000 habitants en France où le taux de pauvreté est le plus élevé, six sont situées en Seine-Saint-Denis. A Clichy-sous-Bois, par exemple, le niveau de vie médian est de 1.200 euros, et les 10 % les plus pauvres se contentent de 679 euros par mois.

« La Seine-Saint-Denis c’est un département hors norme de ce point de vue, la pauvreté est très étendue, et à quelques kilomètres seulement des beaux quartiers parisiens ou des Hauts-de-Seine. On a là la quintessence des inégalités territoriales », commente auprès de 20 Minutes Anne Brunner, l’une des directrices du rapport, avec Louis Maurin.

Quand pauvreté rime avec dynamisme

Si on considère le nombre de personnes pauvres plutôt que le taux de pauvreté, c’est dans la capitale que l’on trouve le plus grand nombre de personnes qui vivent avec moins de 1.128 euros par mois, précise le rapport. Soit au bout du compte 307.000 personnes sur une population de 2,2 millions d’habitants. Difficile, surtout lorsqu’on connaît le prix des loyers !

A noter que le taux de pauvreté n’est pas forcément le signe d’un laisser-aller des pouvoirs publics locaux. « Le taux de pauvreté peut être un signe de dynamisme, par exemple à Paris. Parce que la ville offre beaucoup d’emplois, et qu’on peut quitter son pays ou la région pour aller à Paris », rapporte Anne Brunner.

Grigny, autre exemple, ne cesse d’être citée comme l’une des villes les plus pauvres de France, parce qu’elle dispose d’un très grand nombre de logements sociaux, selon Anne Brunner. Sa population ne stagne pas dans la pauvreté, elle est remplacée par de nouvelles qui bénéficient de ces opportunités.

Poches de pauvreté

Enfin en regardant le classement au niveau encore plus près, celui des arrondissements ou des quartiers, on peut trouver des villes qui ont au global un taux de pauvreté relativement faible mais des poches de pauvreté importantes. C’est le cas à Paris, où ce taux est de 15 % en moyenne, mais où il culmine à 48 % dans certains quartiers, comme celui de Folie-Méricourt, dans le 11e.



Si l’on scrute à la loupe toute l’Ile-de-France, c’est à Argenteuil et Bezons dans le Val-d’Oise qu’on trouve les quartiers avec le taux de pauvreté le plus élevé de la région, précisément à Justice-Butte Blanche, qui est l’un des 1.500 « quartiers prioritaires de la ville » que compte la France, comme l’appelle l’administration ces quartiers aux populations aux revenus faibles. Il concentre près de 65 % de pauvres.

A contrario de l’image des « cités » que l’on a parfois lorsqu’on pense aux endroits les moins fortunés, les quartiers les plus pauvres de France ne sont pas situés en Ile-de-France mais… dans le Sud, notamment à Nice, Carpentras, Nîmes et surtout Perpignan.


Les 5 villes de Seine-Saint-Denis avec le plus fort taux de pauvreté :

Clichy-sous-Bois : 42 %

Aubervilliers : 41 %

La Courneuve : 41 %

Pierrefitte-sur-Seine : 39 %

Saint-Denis : 37 %


Les 5 villes de Val-de-Marne avec le plus fort taux de pauvreté :

Villeneuve-Saint-Georges : 34 %

Ivry-sur-Seine : 27 %

Vitry-sur-Seine : 24 %

Orly : 23 %

Choisy-le-Roi : 22 %


Les cinq villes des Hauts-de-Seine avec le plus fort taux de pauvreté :

Gennevilliers : 27 %

Villeneuve-la-Garenne : 25 %

Clichy : 23 %

Nanterre : 21 %

Bagneux : 19 %


Les cinq villes des Yvelines avec le plus fort taux de pauvreté :

Mantes-la-Jolie : 32 %

Trappes : 26 %

Les Mureaux : 25 %

Mantes-la-Ville : 21 %

Poissy : 15 %


Les cinq villes de l’Essonne avec le plus fort taux de pauvreté :

Grigny : 44 %

Corbeil-Essonnes : 27 %

Évry-Courcouronnes : 24 %

Ris-Orangis : 23 %

Les Ulis : 21 %


Les cinq villes du Val-d’Oise avec le plus fort taux de pauvreté :

Garges-lès-Gonesse : 38 %

Villiers-le-Bel : 35 %

Sarcelles : 34 %

Argenteuil : 27 %

Goussainville : 27 %


Les cinq villes de Seine-et-Marne avec le plus fort taux de pauvreté :

Melun : 25 %

Dammarie-les-Lys : 21 %

Meaux : 21 %

Torcy : 18 %

Chelles : 15 %