Les éboueurs de Paris ne dépareillent pas sur le tapis rouge de la mode

MODE Le créateur Mossi Traoré a mis en lumière les éboueurs de Paris dans sa dernière collection « Hommage aux Invisibles » présentée lors de la Fashion Week

Mathilde Desgranges
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Visuel de la campagne de promotion de la collection « Hommage aux Invisibles » créée par Mossi Traoré.
Visuel de la campagne de promotion de la collection « Hommage aux Invisibles » créée par Mossi Traoré. — ©Michel Dupré / Mossi
  • Lors de la dernière Fashion Week de Paris, début octobre, le créateur de mode Mossi Traoré a présenté sa collection « Hommage aux Invisibles ».
  • Les tenues de cette collection sont inspirées par les uniformes des agents de propreté de la Ville de Paris, caractérisés par leur couleur verte et leurs bandes réfléchissantes.
  • « Nos parents se sont cassé le dos à nettoyer les rues de Paris, explique le créateur. Cette collection, c’est un peu une occasion de leur rendre hommage. »

Plus de vert sur les tapis rouges. Avec sa collection « Hommage aux Invisibles », le créateur de mode Mossi Traoré entend mettre la lumière sur les agents de propreté de la Ville de Paris. Lors de la dernière Fashion Week, début octobre, les mannequins habillés par le créateur arboraient des vêtements couleur vert vif, ou ornés de bandes réfléchissantes. Toutes ont été inspirées par les tenues de travail des éboueurs. « Mon père, comme les pères de pas mal d’amis, était éboueur, explique-t-il. Nos parents se sont cassé le dos à nettoyer les rues de Paris. Cette collection, c’est l’occasion de leur rendre hommage. »

Créée en partenariat avec la Ville de Paris, la collection s’inscrit dans la volonté de la marque de faire preuve d’éthique et d’inclusion. Les pièces seront commercialisées, dès mars 2023, pour une fourchette de prix allant de 135 à 700 euros. Un pop-up store de la marque ouvrira au Printemps Haussmann pour l’occasion.

« Une reconnaissance » pour les éboueurs

« Pourquoi il fait ça ? C’est du recyclage, c’est moins cher, non ? » Rayan, qui a vu les tenues défiler sur son fil Instagram, se montre sceptique. Comprenant qu’il s’agit d’un hommage, il concède, le sourire aux lèvres, que « c’est super. On n’a pas assez de reconnaissance dans ce métier. » Son collègue, Mickael, n’a quant à lui jamais entendu parler de la collection. « C’est ressemblant, commente-t-il en regardant des photos. C’est pas mal. » Intéressé par une veste bleue décorée de bandes réfléchissantes, il dit pouvoir porter la tenue au quotidien. Même si, pour lui, c’est un peu comme rester en uniforme. « Enfin, si j’avais les moyens de me l’acheter », nuance-t-il.


Des mannequins habillées avec des tenues de la collection « Hommage aux Invisibles ».
Des mannequins habillées avec des tenues de la collection « Hommage aux Invisibles ». - ©Michel Dupré / Mossi

« La mienne reste bien au chaud dans sa housse, lui réplique son collègue Ludovic. Je n’ai jamais eu d’habits aussi cher alors j’y fais très attention. » L’éboueur star de TikTok, se trouve en plein travail, son outil de ramassage de déchets dans une main et une poubelle dans l’autre. Comme à son habitude, il en profite pour faire un live et montrer son quotidien à ses internautes. Mais, en voyant les photos des tenues, il lève immédiatement les yeux. « Ah mais c’est Mossi !, s’exclame-t-il, sans l’ombre d’un doute. Je le connais bien, il a un peu fait de moi son égérie. » Le créateur lui a notamment conçu un haut pour promouvoir la collection.

Renouer avec « les inspirants »

Parce que « la Fashion Week ne doit pas être juste un rendez-vous des people », Mossi a pour ambition de renouer avec « les inspirants ». Après avoir contacté Ludovic sur ses réseaux sociaux, il lui a proposé de devenir son égérie. « Il fait partie de ces hommes et femmes qui inspirent au quotidien », développe-t-il. Le créateur a rencontré différents éboueurs, a passé des heures à décortiquer leurs tenues et à analyser les matières. « Ensuite, on a repris des éléments des uniformes pour les incorporer dans nos propres tenues, détaille-t-il. C’était un vrai challenge créatif. »



Une collaboration « qui s’est très bien passée », se félicite Colombe Brossel, adjointe à la Mairie de Paris en charge de la propreté de l’espace public. Elle souligne les retours très positifs des agents. « Et si [le] prochain challenge, c’était redessiner les uniformes ?, interpelle la Ville de Paris sur son site Internet. Certains ne diraient pas non. » Le créateur évoque bien « des perspectives sur le long terme » dans sa collaboration, sans vouloir en révéler davantage « tant qu’il n’y a rien de concret ».