Hauts-de-Seine : Des culottes menstruelles gratis distribuées aux collégiennes avec de précieux conseils

CADEAU Avec l’opération « Toutes culottées », le département et l’Institut des Hauts-de-Seine luttent contre la précarité menstruelle et les déchets

Aude Lorriaux
Lisa, étudiante sage-femme, prodigue à ces collégiennes de l'établissement Emile-Zola à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, des conseils et explications sur le cycle menstruel notamment, juste avant de leur remettre une culotte menstruelle.
Lisa, étudiante sage-femme, prodigue à ces collégiennes de l'établissement Emile-Zola à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, des conseils et explications sur le cycle menstruel notamment, juste avant de leur remettre une culotte menstruelle. — Aude Lorriaux
  • En France, 2 millions de jeunes femmes et de jeunes filles affirment ne pas avoir les moyens de s’acheter régulièrement des protections hygiéniques.
  • C’est pour lutter contre cette précarité menstruelle et limiter les déchets que le département des Hauts-de-Seine et l’Institut des Hauts-de-Seine ont lancé l’opération « Toutes culottées », qui vise à équiper 25.000 collégiennes de culottes menstruelles.
  • En sus de cette distribution, une formation de trente minutes lève certains tabous et renseigne les jeunes femmes sur des concepts importants pour leur vie intime.

« Un tampon ça ne se garde jamais la nuit, ça se change toutes les 4 heures, sinon il y a un risque de choc toxique », explique devant un groupe de cinq ou six jeunes collégiennes toutes coites, une étudiante en médecine. Nous voici au collège Emile-Zola à Suresnes (Hauts-de-Seine), dans une salle remplie de jeunes filles à qui quatre animatrices expliquent les rudiments essentiels de leur corps. Pertes blanches, mycoses, vulve, cycle menstruel… Pendant trente minutes, les voici dotées de concepts clés pour leur vie intime. Et en guise de récompense au bout de cette demi-heure d’attention, une culotte menstruelle gratis.

L’opération « Toutes culottées », lancée par le département des Hauts-de-Seine et l’Institut des Hauts-de-Seine, vise à distribuer 25.000 culottes menstruelles à toutes les collégiennes du département, de la 5e à la 3e. Quatre-vingt-dix-huit collèges ont été sollicités et déjà une dizaine a participé à l’opération, pour à la fois remédier à un réel problème de précarité menstruelle – en France, 2 millions de jeunes femmes et de jeunes filles affirment ne pas avoir les moyens de s’acheter régulièrement des protections hygiéniques – et un problème écologique : dans sa vie, en moyenne, une femme jette 10.000 à 15.000 protections périodiques.

« J’ai appris comment mettre un tampon »

Le petit plus de la distribution de culottes est qu’elle s’accompagne d’une vraie formation, très appréciée visiblement des jeunes filles. C’est selon Bénédicte de Kerprigent, la directrice générale de l’Institut des Hauts-de-Seine, parce qu’elles « n’ont pas ces renseignements dans leur famille ». Et effectivement, quand on les interroge, la demi-heure d’explication a de vraies vertus. « J’ai appris comment mettre un tampon », glisse Safaa, 13 ans, en 4e. « J’ai trouvé ça utile. Les pertes blanches, ou pourquoi on a nos règles, je connaissais pas », complète Eglantine*, qui trouve comme Safaa que leurs interlocutrices étaient « très gentilles et très claires ».

« On lève beaucoup de tabous au niveau de la transmission de cette hygiène intime rendue invisible. Par manque de temps les médecins n’en parlent jamais, on ne parle pas des pertes blanches, des mycoses, etc. Là, elles ont une information complète qui déjoue les fausses idées », commente Bénédicte de Kerprigent. Effectivement, « même en classe de 3e, elles ont souvent vu des choses fausses », confirme Lisa, étudiante sage-femme de 21 ans, qui vient de prodiguer un petit cours aux adolescentes que 20 Minutes a interrogées. « Je trouve ça essentiel d’en parler pour qu’elles n’aient pas d’inquiétude, complète Lisa. Et recevoir une culotte pour les règles, c’est quand même pratique ! »

« Je suis contente qu’on m’en offre une »

Outre les nouvelles connaissances acquises, bon nombre de collégiennes repartent avec l’envie de tester la culotte menstruelle qu’on leur a donnée, de la marque Blooming, fabriquée en France. « J’ai jamais utilisé, ça m’a donné envie. Ça évite le gaspillage, je suis sensible à l’écologie. Le problème, c’est le prix des culottes [qui coutent entre 15 et 30 euros pièce]. Je suis contente qu’on m’en offre », commente Nada, également en 4e.

Ou l’envie de tester à nouveau, pour certaines : « J’avais déjà testé mais j’avais pas aimé. J’avais l’impression que c’était comme une couche, que j’avais des fausses fesses, lâche Eglantine, provoquant un rire général. Je vais retester ».

* Le prénom a été modifié.