Paris : Un dispositif spécifique d’accueil des victimes de violences conjugales

Violences faites aux femmes Le commissariat du 13e arrondissement dispose d’un dispositif spécifique pour accueillir ces victimes en toute discrétion

Mathilde Desgranges
— 
Une équipe de la brigade locale de protection de la famille s'occupe des dépôts de plaintes pour violences conjugales (Illustration).
Une équipe de la brigade locale de protection de la famille s'occupe des dépôts de plaintes pour violences conjugales (Illustration). — V. Wartner / 20 Minutes
  • Le commissariat du 13e arrondissement dispose d’un dispositif spécifique d’accueil des victimes de violences conjugales.
  • Les victimes sont prises en charge par les agents de la brigade locale de protection de la famille, dans des locaux dédiés.
  • Vendredi, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le préfet de police Laurent Nuñez, s’est rendu sur place.

« Veuillez désigner la couleur correspondant au motif de votre venue », indique un écriteau à l’entrée du commissariat du 13e arrondissement. « Code orange », doivent annoncer les victimes de violences conjugales. Pour les victimes d’autres infractions, c’est « code bleu ». Depuis un peu de deux ans, le commissariat parisien a mis en place un dispositif spécifique d’accueil des victimes de violences conjugales. Vendredi, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le préfet de police Laurent Nuñez s’est rendu sur place.

Le dispositif vise à accueillir « en toute discrétion », et par des personnes spécialisées, les victimes de ces violences. Il n’est déployé qu’en journée, sur les horaires d’ouverture du commissariat. De nuit, les victimes peuvent être prises en charge mais seulement via une procédure classique.

Déploiement du « code orange »

Toute personne qui pénètre dans le commissariat et se présente en tant que victime est d’abord invitée à monter au premier étage. Là, il suffit que la victime prononce le « code orange » pour que les agents déploient leur dispositif. L’un d’entre eux se charge alors d’accompagner la victime au 3e étage du bâtiment, dans les locaux de la brigade locale de protection de la famille (BLPF). Neuf fonctionnaires, dont trois officiers de police, des psychologues et des assistantes sociales, l’accueillent. Une équipe exclusivement féminine, « à l’exception des deux chefs », nuance l’une des agentes.

Une discussion informelle et, souvent, un entretien avec la psychologue, précèdent le dépôt de plainte. Les auditions ne se font pas dans l’open space mais, en toute discrétion, dans une pièce dédiée. Pour s’y rendre, il faut passer par une autre pièce, au décor peu habituel dans un commissariat. Dessins d’enfants placardés aux murs, jouets en plastique mal rangés, et canapés tailles réduites meublent une petite salle de jeux. Les enfants de certaines victimes, qui n’auraient eu d’autres choix que de venir accompagnées, peuvent y patienter pendant le dépôt de plainte.

Peu de places en hébergement d’urgence

« Certaines femmes refusent de porter plainte tant qu’elles ne sont pas assurées d’avoir une place dans un centre d’hébergement d’urgence, explique le commissaire du 13e arrondissement. D’autres, après avoir porté plainte, ne veulent plus rentrer chez elles. » Trouver une place prend parfois « plusieurs heures de travail » aux agents de la BLPF. Mais, cela représente un « enjeu crucial », estiment les agents de la police judiciaire. Pour ne pas les laisser sans solution, « on a un peu bricolé au début, affirme le maire de l’arrondissement, Jérôme Coumet. Puis cela s’est institutionnalisé. »

Dans les meilleurs cas, les agents trouvent une place dans l’un des trois centres avec lesquels ils travaillent, à Paris ou en petite couronne. Parfois, ils font appel au Samu social, « mais il y a beaucoup d’attente ». Il arrive aussi qu’un hôtel offre une chambre pour dépanner. En dernier recours, une pièce du commissariat, où se trouve notamment un kit d’hygiène, peut accueillir une victime. « Ces situations de mise à l’abri restent assez rares, nuance Alexia, assistante sociale. Cela se présente une ou deux fois par mois. »


A Paris, 1.400 policiers formés sur les violences conjugales

Tous les commissariats parisiens ne disposent pas du même dispositif d’accueil, mais « tous procèdent à un accueil différencié des victimes de violences conjugales » selon Loubna Atta, porte-parole de la préfecture de police. En 2021, 1.400 policiers avaient été formés à l’accueil des victimes de violences conjugales à Paris par des différents prestataires, selon les derniers chiffres de la porte-parole. Si ceux qui sortent d’école ont été sensibilisés sur le sujet, la formation des agents en poste se poursuivra dans les mois et années à venir.