« Cette hausse du pass Navigo est injuste et absurde », dénonce David Belliard

INTERVIEW Vice-président d’Ile-de-France Mobilités, David Belliard déplore la très probable augmentation du pass Navigo et affirme qu’il y a « un manque d’anticipation de Valérie Pécresse, qui en porte une lourde responsabilité »

Propos recueillis par Guillaume Novello
David Belliard dénonce « l’inaction totale du gouvernement » sur la question du financement des transports franciliens.
David Belliard dénonce « l’inaction totale du gouvernement » sur la question du financement des transports franciliens. — Bertrand GUAY/AFP
  • Le pass Navigo pourrait bien passer à 90 euros après le refus par le Sénat d’un amendement mettant davantage à contribution les entreprises pour faire face à l’explosion des coûts de l’énergie.
  • Vice-président écolo d’Ile-de-France Mobilités, David Belliard s’oppose avec force à cette hausse qu’il juge « injuste et parfaitement absurde » et déplore un manque d’anticipation de Valérie Pécresse.
  • Pour lui, le gouvernement a fait « le choix de ne pas demander d’effort supplémentaire aux entreprises et de laisser payer les usagers ».

La question n’est plus de savoir s’il y aura une hausse du pass Navigo, mais de combien. Valérie Pécresse, la présidente d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), autorité organisatrice des transports, affirme avoir besoin de 950 millions d’euros supplémentaires en 2023 en raison de l’explosion des coûts de l’énergie. Mercredi soir, un amendement LR au projet de loi de finances proposait d’augmenter le versement mobilités, ce qui aurait eu pour conséquence de limiter à 5 euros la hausse du pass Navigo. Mais le texte, auquel s’est opposé le gouvernement, a été rejeté par les sénateurs. On se dirige donc vers un scénario à 90 euros par mois qui devrait être acté lors d’un conseil d’administration le 7 décembre. David Belliard, adjoint EELV à la voirie à la Mairie de Paris et vice-président d’IDFM nous livre son sentiment sur la situation.

Comment réagissez-vous à la hausse probable du pass Navigo à 90 euros ?

Cette hausse du pass Navigo est à la fois injuste et parfaitement absurde. On est en train de dire que dans un monde où on a une accélération des dérèglements climatiques et où il nous faut aller vers des mobilités qui sont les plus propres possibles, nous allons mettre à contribution celles et ceux qui tous les jours ont le courage de prendre des transports en commun, c’est-à-dire des mobilités moins carbonées et qui en plus subissent la dégradation de la qualité des transports publics. C’est absurde. Et c’est injuste car on est en train de pénaliser des personnes qui, soit n’ont pas le choix, soit n’ont pas les moyens d’utiliser d’autres types de mobilités. Dans le même temps et pour mettre en perspective, on a mis 7,5 milliards d’euros pour aider à payer l’essence des voitures, c’est un non-sens historique.

Qui est responsable de la hausse ? L’inflation, IDFM, le gouvernement ?

Ce qu’on paye, ce sont les choix politiques qui ont été faits, notamment par la droite régionale et Valérie Pécresse, et l’inaction totale du gouvernement. La situation financière difficile des transports et d’IDFM est connue depuis très longtemps. Ça fait plus de deux ans que les élus écologistes et de gauche au conseil d’administration d’IDFM demandent un travail approfondi sur le financement des transports publics depuis la crise du Covid-19. Sans réponse. Il y a aujourd’hui un manque d’anticipation de Valérie Pécresse, qui porte une lourde responsabilité dans cette hausse.

Comment alors financer les transports en commun ?

Il y a un levier facilement actionnable : faire sauter les plafonds du versement mobilité, qui met à contribution les entreprises. C’était une demande d’IDFM puisque nous avions obtenu le vote d’un soutien à cette mesure lors d’un précédent conseil d’administration. Les groupes Renaissance et LR au Sénat se sont opposés à cette augmentation qui aurait pu éviter la hausse du prix du pass Navigo. Ces gens, que ce soit le gouvernement ou la droite, ont fait le choix de ne pas demander d’effort supplémentaire aux entreprises et de laisser payer les usagers alors qu’ils sont déjà entassés comme des sardines dans des transports en commun qui ne fonctionnent pas. On est dans un monde injuste et absurde.




Avez-vous d’autres pistes pour financer les transports en commun ?

A très court terme, le seul qui peut agir c’est le gouvernement. Clément Beaune [le ministre des Transports] nous explique à longueur d’interviews que les transports en commun, c’est éminemment prioritaire mais dans le même temps, laisse les usagers en plan face à des difficultés majeures dans les transports en commun et une augmentation du pass Navigo. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. A moyen et long terme, il nous faut des grands états généraux du financement des transports en commun en France pour que ça devienne véritablement une priorité d’action. Il nous faut aller chercher des outils de fiscalité qui feront davantage payer les plus aisés et surtout celles et ceux qui utilisent des transports plus polluants.

Valérie Pécresse a également demandé aux collectivités locales de fournir un effort supplémentaire. Que fera la ville de Paris ?

La ville de Paris prendra sa part, comme ça a été demandé par IDFM. Paris a toujours pris ses responsabilités en matière de transports en commun. C’est notre priorité, donc dès le début, nous avons annoncé que nous acceptons cette contribution supplémentaire. Mais en contrepartie, nous souhaitons une amélioration de la qualité de service et des transports qui sont accessibles à tous. Là on est sur 180 euros de hausse par an [avec le scénario d’un pass Navigo à 90 euros], c’est énorme.

Dans le même temps, la qualité du service s’est dégradée, notamment à la RATP. Comment faire face ?

Une des raisons des difficultés de la RATP est l’ouverture à la concurrence. Ce processus fragilise profondément l’opérateur et fait perdre de l’attractivité à l’opérateur, rendant plus difficile le recrutement des conducteurs de métro et de bus. Il y a une forme de dumping social qui fait qu’on réduit les conditions sociales des agents de la RATP pour gagner en productivité. Or c’est une entreprise qui délivre un service majeur et que le monde entier nous envie ou plutôt nous enviait. On est en train de casser quelque chose qui fonctionne. La mise en concurrence est parfaitement idéologique. Jusqu’à maintenant le service a fonctionné. Il y a plein de choses à améliorer, je ne dis pas le contraire. Mais ce n’est pas le fait que des entreprises privées pourront demain opérer des lignes de bus à Paris dans un système kafkaïen qui va changer les choses. Au contraire, je pense qu’aujourd’hui ça empire les choses.

Les défenseurs de l’ouverture à la concurrence arguent que celle-ci pourrait permettre de faire baisser les coûts et donc le prix du pass Navigo…

Je n’ai pas d’exemple de mise en concurrence qui a permis de faire baisser les coûts. Ça n’existe pas. Transdev opère une ligne en Seine-Saint-Denis où l’ouverture à la concurrence a déjà commencé, et qu’est-ce qui se passe ? Grèves, dégradation de service. Parce qu’à un moment donné, il faut bien payer les agents et les coûts de service. Il faut arrêter avec cette chimère de la concurrence qui aboutirait systématiquement à une baisse des prix pour l’usager ou le consommateur. La seule chose qui peut faire baisser le pass Navigo c’est un investissement massif des pouvoirs publics. Ce serait bon pour le budget et bon pour le climat.

Une réunion des élus et élues de gauche le 30 novembre

Face à la hausse programmée du pass Navigo, les élues et élus de gauche et écologistes d'IDFM tiendront une réunion publique siégeant le mercredi 30 novembre à 19 heures, à l'AGECA (11e arrondissement).