Mairie de Paris : Anne Hidalgo décide d’augmenter la taxe foncière de 50 %

DOULOUREUSE Le taux actuel de la taxe foncière de 13,5 % sera augmenté de 7 points a annoncé ce lundi la maire de Paris Anne Hidalgo

Guillaume Novello
— 
Mauvaise nouvelle pour les propriétaires parisiens, Anne Hidalgo a décidé d'augmenter la taxe foncière.
Mauvaise nouvelle pour les propriétaires parisiens, Anne Hidalgo a décidé d'augmenter la taxe foncière. — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Anne Hidalgo a annoncé ce lundi une hausse de la taxe foncière, son taux passant de 13,5 % à 20,5 %.
  • La maire de Paris justifie cette hausse par l’inflation et le refus du gouvernement d’aider les collectivités locales à faire face. Réduite à devoir choisir entre diminuer les services publics ou les investissements de la mairie, elle a décidé d’actionner le levier fiscal.
  • Selon Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communiste et citoyen, « pour un appartement de 50 à 60 m², ça fait environ une augmentation de 250 euros ».

Elle a fini par s’y résoudre. Anne Hidalgo a annoncé ce lundi midi par un communiqué sur Twitter la hausse de la taxe foncière (TF) à Paris. Celle-ci augmentera de 7 points, ce qui revient à une hausse de plus de 50 % puisqu’elle passera de 13,5 % à 20,5 %. Et pourtant, il y a à peine un an, Paul Simondon, adjoint à la maire de Paris en charge des finances, refusait cette éventualité assurant à 20 Minutes que « la municipalité est attentive au pouvoir d’achat des Parisiens ».




Mais l’inflation est passée par là. « Par rapport à 2021, notre facture d’énergie s’est alourdie de 100 millions d’euros », note Paul Simondon. « Le coût des denrées alimentaires pour les cantines a augmenté de 40 % », ajoute Nicolas Bonnet-Oulaldj, le président du groupe communiste et citoyen récent coauteur d’un rapport sur L’avenir des finances locales à Paris. Il avance également la décision du gouvernement de relever le point d’indice des fonctionnaires pour expliquer le manque de 400 millions d’euros pour boucler le budget de 2023. « On savait que ce serait très compliqué », confie l’élu parisien.

Le gouvernement en accusation

Et sur le sujet, Anne Hidalgo n’épargne pas le gouvernement. « Toutes les communes de France sont aujourd’hui confrontées à une situation très difficile qui, malheureusement, n’a pas été prise en compte par le gouvernement », écrit-elle dans son communiqué. Elle lui reproche d’avoir rejeté des amendements permettant notamment de taxer davantage les propriétaires de logements vacants et de résidences secondaires, ou de relever la taxe de séjour pour les hôtels de luxe. « Avec cette dernière, on avait la possibilité de récupérer jusqu’à 200 millions d’euros, mais l’amendement a été balayé par le 49.3 », regrette Nicolas Bonnet-Oulaldj. « Ça ne coûtait rien à l’Etat ni aux Parisiens et faisait contribuer des gens qui ne sont pas très regardants à la dépense sachant qu’aujourd’hui ils paient au maximum 5 euros par nuitée même quand celle-ci coûte plusieurs milliers d’euros », appuie Paul Simondon.



Face à cela, la maire de Paris dit être confrontée à un double choix : « soit dégrader nos services publics », « soit réduire nos investissements dans la transition écologique ». « On a fait un plan de sobriété énergétique, dans l’administration, mais on veut maintenir la qualité des services publics par exemple en gelant le tarif des cantines », explicite Paul Simondon. Anne Hidlago a donc décidé de faire appel « à la solidarité des propriétaires parisiens », en augmentant la taxe foncière. « C’est un vrai effort qui est demandé », concède d’ailleurs l’adjoint aux finances.

Mais, précise Anne Hidalgo, « seront exonérés à 100 % de la taxe foncière les propriétaires qui auront investi dans la rénovation thermique de leur appartement et ceux qui rencontrent des difficultés économiques. » Sauf que, selon David Alphand, vice-président du groupe d’opposition Changer Paris, l’exonération pour rénovation thermique ne pourra être appliquée en 2023, car « la délibération instituant l’exonération aurait dû être votée en Conseil de Paris avant le 1er octobre, ce qui n’a pas été le cas, en vertu de l’article 1383-0 B du Code général des impôts ». « Non seulement, cette hausse spolie les propriétaires mais en plus, elle est mal ficelée », dénonce l’élu du 16e arrondissement.

Une manne de 500 à 600 millions d’euros

« Nous avions le taux de TF le plus bas de France, avec cette hausse, la première depuis 2011, on revient dans la moyenne, défend l’élu communiste. Pour un appartement de 50 à 60 m², ça fait environ une augmentation de 250 euros. » Les recettes supplémentaires sont estimées à 580 millions d’euros, largement de quoi boucler le budget et surtout de « continuer la politique d’investissements en construisant des pistes cyclables, des équipements sportifs, des crèches… ».

Parmi les élus écologistes qui évoquaient ces derniers temps la nécessité d’une hausse de la taxe foncière, Emile Meunier salue « une décision nécessaire et courageuse ». Il insiste en ajoutant que « ces nouveaux financements doivent servir en priorité à l’adaptation de la ville au réchauffement climatique et à soutenir les personnes les plus pauvres dans la crise ».

« Une trajectoire budgétaire insoutenable »

Pour l’opposition, en revanche, c’est une autre musique que l’on entend. « Anne Hidalgo passe à la taxe et les Parisiens vont le payer », dénonce David Alphand. Pour lui, la maire lui donne raison car cette hausse « confirme une trajectoire budgétaire insoutenable » dénoncée depuis longtemps et le fait qu’Anne Hidalgo est « prise dans le toboggan de la dette ».



« Il y a une absence de volonté d’Anne Hidalgo de faire des économies, souligne David Alphand. Par exemple, le projet de réaménagement du Champ-de-Mars et du Trocadéro, estimé à plus de 100 millions d’euros n’est pas du tout prioritaire et devrait être abandonné. » Cette décision de hausse de la taxe foncière doit encore être votée au prochain Conseil de Paris mais le débat d’orientation budgétaire se fera sans les élus d’opposition qui annoncent son boycott ainsi que celui de la prochaine commission des finances prévue ce mercredi. « On n’a pas reçu les documents budgétaires dans les temps et on n’aura pas le temps de bien les étudier à temps, c’est du mépris à l’égard des élus », ne décolère pas David Alphand. Le prochain Conseil de Paris s’annonce électrique.