Grains de sable dans l'engrenage Dassault

William Molinié

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Le maire UMP, Jean-Pierre Bechter, remplace l'avionneur Serge Dassault.
Le maire UMP, Jean-Pierre Bechter, remplace l'avionneur Serge Dassault. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Des policiers en civil autour de l'hôtel de ville et des agents devant la salle du conseil. Au premier étage de la mairie de Corbeil-Essonnes (Essonne), les élus ont voté, lundi, les délibérations dans le calme mais sous le regard des forces de l'ordre. Le mois dernier, des jeunes du quartier des Tarterêts s'étaient introduits dans la salle et avaient réclamé avec véhémence « du travail ». Des jobs qui leur auraient été promis par l'ancien maire UMP, Serge Dassault.

Ambiance pesante
Depuis l'annulation du scrutin des municipales de 2008 par le tribunal administratif de Versailles (lire ci-contre) et l'inégibilité de Serge Dassault pour un an, c'est le bras droit de l'avionneur, Jean-Pierre Bechter, élu en octobre dernier, qui dirige la ville. « Ce jeu de chaises musicales a multiplié les incidents depuis le début de l'année », confie un fonctionnaire. Fin mars, la résidence de l'industriel, « Le clos des pinsons », a été cambriolée. Et il y a quinze jours, un message plutôt explicite - « Dassault, dehors ! » - a été tagué sur la façade de la mairie. « L'atmosphère est vraiment pesante en ce moment. C'est comme si on était dans une période préélectorale », confie un élu de l'opposition. Lundi, Jean-Pierre Bechter a déposé un recours devant le Conseil d'Etat contre la nouvelle annulation des dernières municipales, prononcée le 26 mars dernier. « C'est parce qu'il y a eu 27 voix d'écart qu'on en fait un scandale. Mais bon, s'il faut refaire un scrutin, Dassault sera tête de liste et je serai second », assure-t-il.
En face, les personnalités locales de gauche essayent déjà de s'entendre pour arriver unies dès le premier tour. « Ce sera la seule façon de battre Dassault », avance Carlos Da Silva, la figure PS de la ville. L'UMP de Corbeil a désormais tout intérêt à faire durer l'instruction du Conseil d'Etat pour que les élections aient lieu après juillet, mois durant lequel l'inéligibilité de Serge Dassault doit prendre fin. Ce dernier, jamais parti, se prépare à réintégrer son fauteuil. Pour preuve, il loue toujours son bureau, au titre de sénateur.

Chronologie

Juin 1995 : 1re élection de Serge Dassault à Corbeil-Essonnes.Mars 2001 : Réélection grâce à une gauche divisée.Mars 2008 : 3e élection avec 170 voix d'avance devant Bruno Piriou (PC). 8 juin 2009 : Le Conseil d'Etat annule le scrutin de 2008, au motif que le sénateur a effectué des « dons d'argent » en faveur d'habitants. Il est inéligible pendant un an.4 octobre 2009 : Jean-Pierre Bechter (UMP), le bras droit de Dassault, gagne avec 27 voix d'avance.26 mars 2010 : Le tribunal administratif de Versailles annule le scrutin. 26 avril 2010 : Recours de Bechter devant le Conseil d'Etat.