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LES ANNEES FIOLESNicolas Flamel transformant le plomb en or, une fake news séculaire

Nicolas Flamel transformant le plomb en or, une fake news qui traverse les siècles, Victor Hugo et Harry Potter

LES ANNEES FIOLESNicolas Flamel est connu comme étant le plus grand des alchimistes, créateur de la pierre d’immortalité. « 20 Minutes » et le site RetroNews vous dévoilent à l’occasion d’Halloween les vies des sorcières et sorciers de chez nous
La façade de la maison de Nicolas Flamel, située au 51 rue de Montmorency, dans le 3e arrondissement de Paris.
La façade de la maison de Nicolas Flamel, située au 51 rue de Montmorency, dans le 3e arrondissement de Paris. - Guilhem Vellut / Wikimedia
Guillaume Novello

Guillaume Novello

L'essentiel

  • Halloween approche et avec elle son cortège de sorcières et sorciers. Profitant de l’occasion et en partenariat avec RetroNews le site de presse de la BNF, 20 Minutes vous propose une série d’articles sur les magiciens de nos contrées.
  • Libraire parisien, Nicolas Flamel est réputé pour être le plus grand des alchimistes, un des rares parvenus à créer la pierre philosophale, capable de transformer le plomb en or et de garantir l’immortalité à son utilisateur.
  • La légende a fortement imprégné la culture populaire de Victor Hugo à Harry Potter, et pourtant Nicolas Flamel ne s’est jamais adonné à l’alchimie.

La fake news est tellement ancrée dans la culture que votre dévoué serviteur était à deux doigts de demander l’aide de ses collègues du service Fake Off de 20 Minutes. Et pour cause Nicolas Flamel, le plus célèbre des alchimistes, n’a jamais pratiqué l’alchimie. Tout ce qui est raconté sur lui et la pierre philosophale dans le premier roman des aventures d’Harry Potter est donc faux. C’est dur à encaisser, mais rassurez-vous le choixpeau magique existe bel et bien.

A présent, revenons à Nicolas Flamel et sa légende, grâce à des archives de presse sélectionnées par RetroNews, et parfois contradictoires tant une légende ne peut exister sans de multiples versions. Notre homme naît probablement en 1330 à Pontoise et s’installe à Paris comme libraire-copieur. A la page, dans un article du 8 septembre 1932, le décrit comme un « humble écrivain public dont l’échoppe s’abritait entre les piliers de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie », dont il ne subsiste plus aujourd’hui que la tour-clocher, connue sous le nom de Tour Saint-Jacques.



Le même journal précise que l’échoppe mesurait « deux pieds et demi de long sur deux de large (dit Sauval) ». Or Nicolas Flamel et sa femme Pernelle, (ou Bernelle ou encore Petrenelle) « dotèrent Paris d’un asile pour les veuves et les orphelins, de quatorze hôpitaux, trois chapelles, rentèrent sept églises et l’hospice des quatre-vingts […], etc. ». Et le journal de s’interroger : « Etant donné le caractère incontestablement honnête de ce couple, leur fortune est restée une énigme. » Sauf si Nicolas Flamel était en réalité un alchimiste !

La quête de la pureté

Avant de poursuivre, faisons appel à Olivier Lafont, ancien président de la Société d’histoire de la pharmacie et auteur de De l’alchimie à la chimie, pour en savoir plus sur cette discipline. « L’alchimie prend naissance aux IIe et IIIe siècle en Egypte autour des temples d’Hermès, raconte l’historien. C’est autant une quête spirituelle que matérielle, à la recherche de la perfection. » D’ailleurs les alchimistes qui se disent philosophes d’où la pierre philosophale, se rattachent à la philosophie hermétique, du dieu Hermès, qui a donné la signification actuelle du terme.

Fanas de perfection, les alchimistes cherchent à atteindre la pureté via les métaux. Ceux-ci « sont classés en fonction de leur pureté, reprend l’historien. Les plus purs sont l’argent et l’or et les moins purs, le fer, l’étain, le plomb. » D’où l’expression « changer le plomb en or », aller de l’impur vers le pur. Or « chaque métal est censé être composé de soufre et de mercure et plus un métal est pur, moins il a de soufre et plus il a de mercure », précise Olivier Lafont. Pourquoi du soufre ? Parce qu’à l’époque, les minerais de métaux sont des sulfures et quand on les chauffe pour les purifier, se dégage du dioxyde de soufre. Et rien ne ressemble plus à du métal en fusion que du mercure.


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Augmenter la proportion de mercure est ce qu’on appelle la transmutation des métaux ou « grand œuvre ». « Quand on transforme le métal en argent, on obtient la pierre blanche puis la pierre rouge ou philosophale quand on parvient à obtenir de l’or, précise l’historien. Mais les alchimistes ne cherchent pas l’or pour l’or, mais pour la pureté. »

Le livre d’Abraham le juif

Mais revenons à notre libraire/alchimiste. « Un jour de l’an 1357, Nicolas Flamel, pour dix florins, acheta un livre étrange à couverture de cuivre », relate un article de Comoedia, du 21 juin 1912. Cet ouvrage est « un livre sur l’alchimie par Abraham le juif, qui enseigne en des termes simples la transmutation des métaux », poursuit le Chicago Tribune du 7 juin 1931, qui précise toutefois que le livre valait deux florins. Au contraire, selon un article de Gringoire du 22 février 1935, avant que le journal ne vire collaborationniste, l’ouvrage « était rédigé dans une langue telle qu’il ne réussit point à en pénétrer le sens caché ».



Nicolas Flamel entreprend donc de se rendre en Espagne à la recherche de sages juifs qui pourraient l’aider, et prend comme couverture à son voyage ésotérique un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il finit par rencontrer Maître Canches qui lui explique la signification des lignes d’Abraham. Et après encore des années de labeur, Nicolas Flamel toucha au but, rapporte Le Petit Marseillais dans un article du 17 janvier 1939 :

« Cela se passa le 25 avril 1582, comme il le raconte lui-même dans le manuscrit qu’il laissa. Je fis, dit-il, la projection avec la pierre rouge sur semblable quantité de mercure, en présence encore de Pernelle seule, en la même maison, […], sûr les cinq heures du soir, que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur très certainement que l’or commun, plus doux et plus ployable. » »

En possession, de la pierre rouge ou philosophale, « Nicolas Flamel devint colossalement riche, si riche que, ne sachant à quoi employer son argent, il se mit à élever des monuments à sa propre gloire », affirme Le Monde illustré du 15 juillet 1899. Mais la pierre permettait également d’atteindre l’immortalité. Et le journal enchaîne : « Il fit semblant de trépasser le 22 mars 1417. Pétrenelle, sa femme, l’avait, par simulacre également, précédé de vingt ans dans la tombe ; mais la vérité est qu’il leur restait, à tous les deux, mille ans à vivre. » Ainsi Le Petit Marseillais cite « l’abbé Villain déclarant l’avoir vu en 1761 à une soirée de l’Opéra » !

Des fouilles dans les caves

Evidemment, à la mort (réelle ou supposée) de l’alchimiste, les amateurs tentèrent d’acquérir ses différents immeubles car « ils espéraient découvrir quelques-uns des secrets du célèbre alchimiste ». Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo a d’ailleurs fait de l’archidiacre Claude Frollo un de ces apprentis alchimistes :

« Il est certain qu’on l’avait vu souvent longer la rue des Lombards et entrer furtivement dans une petite maison qui faisait le coin de la rue des Écrivains et de la rue Marivault. C’était la maison que Nicolas Flamel avait bâtie, où il était mort vers 1417, et qui, toujours déserte depuis lors, commençait déjà à tomber en ruine […]. Quelques voisins même affirmaient avoir vu une fois, par un soupirail, l’archidiacre Claude creusant, remuant et bêchant la terre dans ces deux caves […]. On supposait que Flamel avait enfoui la pierre philosophale dans ces caves. »

Cette maison a finalement été détruite et ne doit pas être confondue avec la maison de Nicolas Flamel située rue de Montmorency. Figurant parmi les plus anciennes de Paris, elle a été bâtie par le libraire mais rien ne prouve qu’il y a habité. Et Comoedia nous donne des nouvelles du bâtiment au début du XXe siècle : « La Ville a consacré 15.000 francs pour que cette maison de Nicolas Flamel reste comme elle est. Un hôtel meublé est installé aux étages supérieurs et un marchand de vin occupe le rez-de-chaussée. Le bistro XXe siècle a succédé à l’alchimiste du Moyen Age. »



Or comme on est à Paris, quand la légende dépasse la réalité, on imprime la réalité. Et la réalité c’est que Nicolas Flamel n’a jamais été alchimiste. Et pour expliquer sa fortune, qui n’était pas si colossale que ça, le Chicago Tribune assure que ses activités d’écrivain public étaient florissantes et ajoute : « En fin de compte, il a acquis une grande richesse, qu’il a investie dans des maisons et les a louées à un loyer minimum. » La pierre, valeur refuge. Et Olivier Lafont d’enfoncer le clou : « Nicolas Flamel n’a jamais vraiment rien écrit d’intéressant sur l’alchimie. »

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