« Ile-de-France Mobilités va recruter 1.000 agents de sécurité supplémentaires », annonce Valérie Pécresse

INTERVIEW Constatant une hausse de l’insécurité dans les transports franciliens, Valérie Pécresse, la présidente d’Ile-de-France Mobilités, annonce un accroissement de la présence d’agents de sécurité sur le réseau

Propos recueillis par Guillaume Novello
Valérie Pécresse souhaite pouvoir utiliser la reconnaissance faciale aux portiques de contrôle.
Valérie Pécresse souhaite pouvoir utiliser la reconnaissance faciale aux portiques de contrôle. — Aymeric Guillonneau
  • Valérie Pécresse, la présidente d’Ile-de-France Mobilités, présente à 20 Minutes ses mesures pour renforcer la sécurité dans les transports franciliens.
  • Elle promet le recrutement de 1.000 agents de sécurité supplémentaires d’ici à 2027 pour porter leur effectif total à 5.000. Elle réclame d’ailleurs au gouvernement la création d’une police régionale des transports unifiée.
  • La présidente de la région Ile-de-France se dit en outre favorable à l’utilisation de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale, notamment pour repérer « des personnes terroristes dangereuses recherchées ».

Valérie Pécresse veut mettre le paquet sur la sécurité dans les transports en commun francilien. Dans un entretien avec 20 Minutes, la présidente d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) expose les différentes mesures qu’elle entend mettre en place, notamment le recrutement d’un millier d’agents de sécurité, et les demandes qu’elle adresse au gouvernement.

Pourquoi vouloir ajouter des agents de sécurité aux 4.000 déjà présents sur le réseau alors que le trafic de voyageurs est plutôt stable ?

On a constaté une remontée inquiétante des faits de violence dans les transports en commun depuis la fin du Covid-19, alors que la fréquentation est plus faible qu’en 2019. Et j’ai pris l’engagement pendant la campagne des régionales que les Franciliens se sentiraient davantage en sécurité dans les transports et c’est pour ça que nous lançons le recrutement de 1.000 agents supplémentaires d’ici à 2027. Et je rappelle qu’IDFM met 160 millions d’euros par an pour assurer la présence humaine pour la sûreté dans les transports.

Comment coordonner tous ces agents ?

Je veux convaincre le gouvernement de créer une police régionale unifiée des transports. Je l’ai demandé récemment à Emmanuel Macron. Elle sera très utile lors des JO car le risque terroriste ou d’accident grave sera plus fort. Le principe, c’est de mettre sous le commandement d’IDFM les agents de la SNCF de la Suge [sûreté générale] SNCF, de la RATP du GPSR [groupe de protection et de sécurité des réseaux] et les sociétés privées qui s’occupent des bus. Nous voulons avoir une autorité fonctionnelle sur ces agents dont le statut ne changera pas. Ils interviendront au plus vite et au plus près de l’agression.

Et l’idée c’est de mettre cette police régionale aux côtés de la police nationale dans le CCOS [centre de coordination opérationnelle de sûreté] que nous venons de financer à la préfecture de police, et où est regroupée la supervision de toutes les caméras de vidéoprotection du réseau RATP, SNCF et de la police.

En attendant cette police régionale des transports, que faites-vous ?

Je vais créer des brigades régionales de sûreté [BRS] auprès d’IDFM composées de trois agents de sécurité privée. Au total, on va recruter 100 personnes et on les fera intervenir dès qu’il y a un problème et on les maintiendra sur site pour épauler les effectifs le temps de ramener le calme. Ces BRS sont là pour préfigurer la police des transports que j’appelle de mes vœux.

J’ai aussi demandé à Gérald Darmanin de remettre les effectifs de 2012 de la police nationale. Je me bats depuis dix ans pour que les 1.350 policiers et gendarmes qui étaient sur le réseau, soient rétablis. Les agents que nous finançons ne sont pas des policiers, ils ne peuvent pas prendre de plaintes, n’ont pas de pouvoir d’enquête, même s’ils sont armés et assermentés.

Que pensez-vous de l’apport des nouvelles technologies, notamment de l’intelligence artificielle (IA), dans le domaine de la sécurité ?

IDFM finance déjà pour 1,2 million euros le laboratoire d’intelligence artificielle de la RATP et nous soutenons aussi une expérimentation de la SNCF. Le problème c’est que ce ne sont que des expérimentations et moi ce que je souhaite vraiment, c’est que l’on passe de l’expérimentation à l’utilisation à grande échelle sur le réseau. Comment peut-on faire ça ? Il nous faut une loi qui l’autorise, c’est ce que j’ai demandé la semaine dernière au président de la République. Nous demandons de pouvoir utiliser l’IA. Par exemple pour repérer au plus vite les colis suspects qui bloquent complètement le réseau. Il faut aussi qu’on puisse l’utiliser pour repérer des cas de fraude.

Et concernant la reconnaissance faciale ?

En toute responsabilité, et je l’ai dit au président de la République, au moment des JO de 2024, nous sommes capables avec les 80.000 caméras sur le réseau et le fait que toutes les gares ont des valideurs de ticket, de mettre en place de la reconnaissance faciale dans les gares pour des personnes terroristes dangereuses recherchées. Parce qu’on est en risque terroriste, ça me paraît important d’apporter plus de sécurité avec une restriction minime de liberté puisqu’il s’agit juste de déterminer, si la personne qui passe le portique est une personne recherchée.

La perspective des JO devrait nous amener à traiter ce sujet. Le gouvernement ne veut pas en parler, c’est tabou. Je pense qu’il faut briser le tabou et regarder dans quels cas ça se justifie.

Avez-vous eu le sentiment d’avoir été entendue par le gouvernement sur vos demandes ?

J’ai eu le sentiment que la perspective d’organiser les JO réveille les consciences. Et il y a eu les violences autour du Stade de France [lors de la finale de Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool] qui ont ouvert les yeux du gouvernement sur le risque sécuritaire que peuvent représenter des mouvements de foule. Mais maintenant il faut agir.



Vous souhaitez ouvrir une formation pour les agents de sécurité privée. Qu’en est-il ?

On travaille avec la branche professionnelle de la sécurité privée pour créer une formation spécialisée dans les transports. On demande une évolution de leurs prérogatives, par exemple pour pouvoir sortir quelqu’un du réseau. Vous vous rendez compte qu’un agent de sécurité privée qui voit un type violent ne peut pas le sortir du réseau, il est obligé d’appeler ses collègues de la Suge ou du GPSR. Par ailleurs, nous avons mis une prime de 2.000 euros pour tous ceux qui viendraient se former dans les métiers de la sécurité dans la perspective de renforcer les effectifs en Ile-de-France.