Ile-de-France : Valérie Pécresse veut inciter la RATP à descendre du bus

TRANSPORTS En raison de la pénurie de conducteurs, plusieurs lignes de bus ne fonctionnent que partiellement, c’est notamment le cas dans Paris et la petite couronne

Guillaume Novello
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Valérie Pécresse présidente d'Ile-de-France Mobilités a fait le point ce mardi sur les difficultés rencontrées par les transports en commun en Ile-de-France.
Valérie Pécresse présidente d'Ile-de-France Mobilités a fait le point ce mardi sur les difficultés rencontrées par les transports en commun en Ile-de-France. — G. Novello
  • « Il y a manque de conducteurs, une pénurie qui empêche les opérateurs de réaliser l’offre définie par Ile-de-France Mobilité et suscite la colère des voyageurs », a constaté ce mardi matin Valérie Pécresse lors d’une conférence de presse.
  • Le principal point noir est le service de bus de la RATP à Paris et en petite couronne qui affiche environ 25 % d’offre non réalisée.
  • La présidente de la région Ile-de-France a annoncé une série de mesures pour recruter des conducteurs avec notamment une prime de 2.000 euros à la formation de ces métiers.
  • De son côté le syndicat Solidaires dénonce une dégradation des conditions de travail qui font fuir les employés, notamment dans la perspective de l’ouverture à la concurrence.

Des RER supprimés, des bus qui se font désespérément attendre… La rentrée n’est pas joyeuse pour les usagers des transports en commun franciliens. C’est pourquoi Valérie Pécresse a réuni ce mardi matin en tant que présidente d’Ile-de-France mobilités (IDFM) les opérateurs sous contrat pour savoir de quoi il en retournait et leur mettre aussi un coup de pression.

« Il y a manque de conducteurs, une pénurie qui les empêche de réaliser l’offre définie par IDFM et suscite la colère des voyageurs », a d’emblée constaté Valérie Pécresse. Elle a rapidement évacué la question du ferroviaire qui « devrait être réglée à partir de la semaine prochaine » malgré un début de mois délicat notamment sur les lignes D et C du RER. Sur cette dernière, « dès la semaine prochaine, 6 trains seront rétablis », a indiqué la présidente d’IDFM. Et de fait, il ne manque plus que 50 conducteurs sur 2.650, selon les données de la SNCF. Côté métro, c’est sur de bons rails puisqu’« on est à 96 % de réalisation de l’offre IDFM », affirme Valérie Pécresse.

La RATP est dans le dur

Mais concernant les bus, c’est une autre salade, sachant que la situation est différente selon les territoires et les opérateurs. « Nous avons des réseaux peu impactés et un réseau en très grande difficulté, celui de Paris-petite couronne opéré par la RATP, note la présidente d’IDFM. En moyenne hors RATP, c’est -2 % de réalisé par rapport aux objectifs. » A l’opposé, en septembre, la RATP est à 26 % d’offre non réalisée (ONR) sur son secteur, soit un bus sur quatre qui ne circule pas. Et la situation devrait rester compliquée pendant tout l’automne.


La zone critique est la zone centrale de la région francilienne.
La zone critique est la zone centrale de la région francilienne. - IDFM

D’après le transporteur, celle-ci s’est fortement dégradée depuis l’été où on n’était « qu’à » 10 % d’ONR. Selon les chiffres de la RATP rapportés par Valérie Pécresse, dans ces 26 %, il y a 17 % liés à la pénurie de conducteurs, 6 % de pertes structurelles liés à la difficulté de circuler dans Paris et sa banlieue et 3 % de causes sociales et grèves. La pénurie qui est le principal facteur explicatif est générée par des difficultés de recrutement — la RATP veut embaucher 1.500 conducteurs mais elle est bloquée à 700 — et de nombreux arrêts de travail. Valérie Pécresse a d’ailleurs insisté sur « les 500 arrêts de travail frauduleux et 130 procédures de licenciement en cours en rapport avec ceux-ci à la RATP ».

« 26.000 euros brut pour un jeune qui démarre »

Concernant les problèmes de recrutement, la RATP veut « mettre les bouchées doubles », notamment avec « une grande campagne de communication dans la première quinzaine d’octobre pour attirer davantage de conducteurs », « des partenariats avec Pole emploi, des jobs dating, et dans certains pôles une prime de cooptation entre 300 et 500 euros », indique Jean-Yves Leclercq, directeur financier de la RATP et futur directeur par intérim, après le départ de Catherine Guillouard. Pour lui, le métier reste « très attractif avec des perspectives », soit « 26.000 euros brut pour un jeune qui démarre ». Il a ajouté que la RATP a récemment « augmenté de 2 % la valeur du point » et « verser des primes sur les plus bas salaires ».

Des annonces qui font rire jaune Alexis Louvet, co-secrétaire général de Solidaires RATP. « Ce n’est que la troisième hausse en 10 ans et celle d’août ne représente qu’1/5e de l’inflation », dénonce-t-il. Pour lui, cette situation est en germe depuis longtemps et contrairement à ce qu’a répété Valérie Pécresse ce mardi, a tout à voir avec l’ouverture à la concurrence en 2025. « On nous prépare à la privatisation en nous répétant qu’on est trop chers qu’il faut faire des efforts, ce qui conduit à une déprime collective », s’inquiète Alexis Louvet.

Appel à la grève ce jeudi

A cela s’ajoute la modification des conditions de travail du 1er août dernier en préparation de l’ouverture à la concurrence et qui revient pour les conducteurs à « bosser plus pour gagner moins ». Selon lui, cela se traduit par un nombre croissant de démissions et des arrêts maladie en cascade : « Sur l’ensemble des 17.000 salariés du réseau bus, il y a 2.000 arrêts maladie. » Ce lien entre privatisation des lignes et manque de personnels avait déjà été soulevé par Fabien Guillaud Bataille, élu régional (PCF) qui siège à la commission des transports, la semaine précédente. Selon lui, « la transformation de force d’un contrat de travail de droit public en contrat privé a engendré 200 démissions ».

Valérie Pécresse balaie ce lien de causalité et appelle à « la mobilisation générale des Franciliens sur le métier de conducteur de bus » avec toute une batterie de mesures : le respect par les opérateurs du cahier régional des exigences sociales pour assurer la qualité la vie au travail, une prime de 2.000 euros pour tous ceux qui s’engagent dans ces formations de conducteur et l’ouverture d’un CAP de conducteur de transport routier et voyageurs dès la prochaine rentrée… La présidente d’IDFM annonce également faire « appel aux conducteurs retraités en cumul emploi/retraite » pour pallier les manques de personnel.

Elle demande aussi « au gouvernement de prendre sa part » en réduisant notamment les délais administratifs pour qu’un conducteur puisse prendre le volant, notamment le délai de délivrance du permis. Enfin elle a dénoncé un « usage abusif du droit de grève » qui « désorganise le service de la RATP ». Qui n’a pas fini d’être désorganisé puisqu’un appel à la grève national a été relayé par Solidaires et la RATP pour ce jeudi pour un retour aux conditions de travail d’avant août et une augmentation de salaire de 300 euros net.